‹ Considérations sur la salubrité de l'Hôtel-Dieu et de l'Hospice de la charité de LyonChapitre 14 sur 35 · IV · texte numérisé non relu

IV

Largeur de la fenêtre

Hauteur de la fenêtre, de l’accoudoir

au linteau

Salles St-Charles et St-Paul.

Du parquet à l’accoudoir, hauteur. .

Largeur de la fenêtre

Hauteur de la fenêtre, de l’accoudoir

au linteau

SALUBRITÉ DE l’üÔTEL-DIEU.

Salle des femmes fiévreuses.

Du parquet à l’accoudoir , hauteur. . 3 45

Largeur de la fenêtre ...... 1 32

Hauteur de la fenêtre , de l’accoudoir au linteau 3 38

Ces fenêtres sont munies de châssis fixes avec des compartiments mobiles qu’on ouvre à volonté en bas ou en haut, suivant le besoin ; et, en outre, dans la plupart des salles on vient d’ajouter à la partie moyenne et supérieure de chaque croisée un carreau de vitre qui s’ouvre en se renversant : de telle sorte que cette ventilation supérieure dont les malades ne s’aperçoivent point, par une impression d’air extérieur plus ou moins froid, chasse promptement les miasmes en ascension et concentrés dans la haute région de l’atmosphère confinée.

Les effets de ces carreaux de vitres, ainsi disposés depuis peu de mois, sont tellement satisfaisants qu’il sera bon de les multiplier, afin que chaque croisée de l’Hôtel-Dieu en soit pourvue. Ce sera, suivant l’observation de plusieurs médecins de l’établissement, un nouveau moyen d’accroître encore les chances de guérison.

Que , pendant l’action de ces courants d’air supérieurs, on ouvre les ventilateurs pratiqués de chaque côté des salles à fleur du parquet , il en résulte que les couches inférieures de l’air, chassées

SALUBRITÉ DE l’üÔTEL-DIEU.

vers le plafond, trouvent leur issue par les ouvertures élevées, et que l’air de la salle est promptement renouvelé, presque sans le secours des châssis mobiles de plus grande dimension. Néanmoins ceuxci peuvent encore fonctionner sans que l’air extérieur vienne frapper directement sur la couche des malades.

Dans une des grandes villes de France, nous avons vu un bel hôpital nouvellement construit, qui présente, sous le rapport de la disposition de ses fenêtres beaucoup trop rapprochées du parquet, des inconvénients si grands, que les médecins y redoutent également et la stagnation de l’air et son renouvellement , à cause des accidents causés par une ventilation trop directe et par cela même dangereuse dans beaucoup de cas.

Heureusement affranchies de ce danger et pourvues d’une aération bien combinée , nos salles n’ont point l’insalubrité qu’on pourrait supposer. Et en effet, y rencontre-t-on dans le département de la médecine ces affections endémiques signalées dans plusieurs grands hôpitaux et que les malades y contractent d’une manière à peu près constante et inévitable, à certaines époques de l’année? y voit-on de ces maladies engendrées par un air vicié, qui revêtent un caractère de malignité et deviennent des foyers d’infection? y observe-t-on des irradiations contagieuses partant des lits occupés par des individus atteints de fièvres graves? Nullement. Et dans le vaste département

de la chirurgie , la pourriture d’hôpital n’y est-elle pas ignorée ? n’y voit-on pas les plaies , primitivement d’un mauvais caractère, s’y terminer par une guérison assez prompte ? Ne sont-ce pas là des preuves que nos fiévreux et nos blessés vivent dans un milieu qui n’est point insalubre ? C’est que, à la faveur de l’élévation de son vaisseau et du renouvellement de l’air , chacune des salles donne à ses malades toute la quantité nécessaire d’air respirable, qui semble leur manquer par le voisinage trop rapproché des lits. Quand on ne se rend pas compte de ces dispositions , on est naturellement porté à préjuger des résultats très différents de ceux que nous avons la satisfaction d’obtenir.

Il ne faut pas, toutefois, que cette explication apologétique justifie le rapprochement trop grand de nos lits ; il ne faut pas quelle nous empêche de poursuivre les améliorations et les réformes devenues nécessaires, et, on peut le dire, indispensables; par exemple : Nous cherchons depuis longtemps et vainement le moyen d’établir deux salles spéciales destinées aux varioleux , hommes et femmes , afin de les isoler et de prévenir les funestes effets de la contagion qu’ils propagent autour d’eux, et qui chaque année , fait de nombreuses victimes. Nous aurions besoin encore de quelques pièces séparées pour les malades atteints de délire bruyant, ou d’affections chirurgicales accompagnées d’odeur fétide.

On sent la nécessité, pour le bon ordre de la maison, d’établir des parloirs destinés aux Frères et aux

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Sœurs. Les archives, trésor précieux, devraient ctre réunies dans un local unique , commode et digne de leur importance. Plusieurs autres arrangements de détail, dont l’énumération serait trop longue, ne peuvent s’accomplir qu’à l’aide de nouveaux locaux et de l’espace qui nous manquent absolument. Il est donc urgent que l’Hôtel-Dieu sorte de cet état de gêne et de compression pour s’étendre , selon ses besoins toujours croissants, sur le terrain qui lui appartient.

Qu’on mette en location les parties de l’édifice impropres au service hospitalier, telles que les boutiques des rez-de-chaussée : rien de mieux ! Mais détourner de sa destination une seule parcelle de ce périmètre concédé aux malades pauvres, et qui doit être l’objet d’un respect inviolable et religieux, c’est plus qu’une faute! On parviendra, nous en avons la confiance, à se créer des ressources pécuniaires, indispensables sans doute, ailleurs et par d’autres moyens ; et l’Hôtel-Dieu restera maître de ce sol qui est son bien propre et qui ne peut supporter, sous aucun prétexte, des envahissements si préjudiciables à la cause de l’humanité souffrante.

Ce nouvel état de choses qui se prépare, et qui s’accomplira pour le bien de la population ouvrière de l’enceinte de Lyon, n’en exigera pas moins la création de plusieurs petits hôpitaux soit à la Croix- Rousse, soit à Vaise ou à la Guillotière. Car l’Hôtel- Dieu, hôpital général, recevant, ainsi que l’indique sa dénomination, une foule de malades étrangers à

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la ville et au département, est devenu insuffisant par rapport aux besoins de la classe ouvrière. Depuis quinze ans l’Hôtel-Di eu possède, il est vrai, plusieurs nouvelles salles et admet les malades civils dans celles qu’occupaient les militaires. Mais, il faut bien le reconnaître, cette augmentation des secours hospitaliers n’est nullement en proportion avec l’accroissement de la population lyonnaise, qui depuis vingt-cinq ans s’est accrue d’un cinquième ou d’un quart, et continue encore à s’accroître (1).

Conviendrait-il de multiplier les lits à l’Hôtel- Dieu? Non certainement. C’est au contraire à en restreindre le nombre, ou du moins à en régulariser la disposition, que doivent tendre tous nos efforts. Qu’on jette un coup d’oeil sur les salles Ste-Marie, St-Maurice, etc., qui contiennent 150 lits : ne reconnaît-on pas la nécessité d’affecter aux malades qui y sont traités, des locaux plus convenables? car enfin ce sont là des greniers. On a cherché

(1) Ces lignes étaient écrites depuis longtemps , lorsque M. Vaïsse, conseiller d’Etat, chargé de l’administration du département du Rhône, a manifesté la même pensée. Sur l’invitation de ce magistrat, qui veille avec une sollicitude si éclairée aux intérêts de la population lyonnaise, une Commission, nommée dans le sein du Conseil d’administration des Hôpitaux , s’est transportée plusieurs fois à la Croix-Rousse (novembre et décembre 1853), à l’effet d’examiner les emplacements les plus propres à l’installation d’un hôpital : on a donc lieu d’espérer que cette utile création ne sera pas différée.

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à les approprier aussi bien que possible à leur destination actuelle, sans parvenir toutefois à les transformer en salles de malades bien conditionnées. Remarquez que ces emplacements peuvent devenir fort utiles : il s’agirait d’en faire des salles réservées pour les circonstances extraordinaires, des salles d’en cas. Qu’une épidémie vienne à éclater dans nos murs , où placerait-on les malades ? dans ces salles supplémentaires. C’est là une éventualité qui ne se présentera pas , nous aimons à le penser. Mais tous les ans n’avons-nous pas des réparations à entreprendre dans nos salles? Pendant leur durée, n’est-on pas obligé de refuser des malades? et ceux qui sont déjà reçus ne se trouvent-ils pas exposés à des influences incommodes et parfois très nuisibles? Si des salles réservées ou de rechange s’ouvraient alors pour suppléer aux salles en réparation, ne serait-ce pas là un véritable bienfait ? Tel est précisément l’excellent parti que l’Administration pourrait tirer des salles établies sous les combles, et désignées par les noms de salles Ste-Marie, St- Maurice, etc. Elles donneraient encore la facilité, au moyen de quelques agencements peu coûteux, de créer de petites salles pour certains malades dont la présence est fatigante ou dangereuse dans les rangs des malades.

Ces considérations d’une haute importance sont très dignes d’appeler l’attention la plus sérieuse de la part du Conseil.

Au reste, ces diverses améliorations ne peuvent

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se réaliser que par suite de l’accomplissement d’un double projet : l’achèvement de l’Hôtel-Dieu et la translation de l’Ecole de médecine hors de l’enceinte hospitalière. Elles y sont liées intimement, et ne forment qu’une des parties qui constituent l’ensemble du système.

La première partie de cette proposition, c’est-àdire l’achèvement de l’édifice , n’est point une idée nouvelle. Déjà , en 1844, la Commission des immeubles s’en était occupée. Organe de cette Commission, à laquelle il s’était adjoint, M. Delahante , président du Conseil, lut dans la séance du 27 décembre de la même année, un lumineux rapport que je regrette de ne pouvoir reproduire en son entier (1).

« Il faut, disait M. le Rapporteur en parlant

de l’Hôtel-Dieu, le tenir constamment, par d’utiles améliorations, au niveau des besoins et des misères

qu’il est appelé à soulager Dans toutes les salles

le plancher supérieur est à une hauteur bien suffisante; ce n’est point le volume d’air qui manque aux malades, c’est un air plus pur; c’est un plus large espace autour de leur lit. Couchés presque côte à côte les uns des autres, ils se trouvent là sous l’impression de leurs propres souffrances et de cel-

(1) La Commission était composée de MM. Delahante, Delore, Reyre, Vidal, de Vàuxonne, Arnaud, de Mannevieüx

et DE PoLINlÈRE.

SAL'l'fiRITJÊ DE i'hÔTEL- DIEU. 97

les dont ils ont le triste spectacle. Un rang de lits semble ne former qu’un seul lit.... L’insuffisance de locaux convenables pour les malades n’est que trop démontrée par la nécessité où l’Administration s’est trouvée de convertir de vastes greniers en infirmeries, où sont traités plus de cent malades, que vous vous affligez de voir si mal placés.... Donnons donc à nos onze cents malades l’emplacement nécessaire à la couche où ils viennent chercher la guérison de leurs maux; éloignons le plus possible leurs lits les uns des autres, et reportons le trop-plein des infirmeries dans de nouvelles salles. Préparons des dortoirs moins étroits, plus commodes pour les serviteurs des malades.... Que faut-il, Messieurs, pour faire tout ce bien? Compléter l’Hôtel-Dieu, comme édifice hospitalier

« Hésiterions-nous aujourd’hui, Messieurs, à demander la démolition des huit maisons, chancelantes de vétusté, qui restent à reconstruire sur les rues de la Barre et Bourgchanin?...Nous conseillons l’accomplissement de ce projet pour satisfaire à un besoin hospitalier parfaitement constaté , en présence duquel notre Administration ne saurait demeurer inactive.... Nous dirons des huit maisons à démolir ce que nous disions de celles qui ont déjà disparu (pour la création du promenoir) : elles sont dégradées, d’un entretien dispendieux, et menacées d’une chute plus ou moins prochaine. L’ancienne Administration avait acquis toutes ces maisons pour les faire tomber et les reconstruire sur lin nouveau

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plan; s’il en reste encore trois à acquérir, c’est que les efforts tentés pour ces acquisitions, par vos prédécesseurs ou par vous-mêmes, ont été inutiles... »

M. le Rapporteur exposait ensuite les avantages qui résulteraient pour nos malades, de l’exécution de ce projet, qui fut ajourné par les prétentions exagérées du propriétaire de la seule maison qui reste , aujourd’hui, à acquérir.

Deux ans après, je présentai au Conseil, dans sa séance du 19 août 1846, un rapport préalablement soumis à l’examen d une Commission composée de onze membres , qui en avaient approuvé la teneur et les conclusions; il avait pour objet de démontrer la nécessité non-seulement de rachèvement de l’Hôtel-Dieu, mais encore de la translation de l’Ecole de médecine hors de notre claustral.

L’Ecole*resserre et comprime l’asile destiné aux malades pauvres et qui doit leur appartenir; elle envahit des locaux réclamés .par les besoins du service hospitalier. Son amphithéâtre de dissection, élevé dans l’une de nos cours , est nuisible à la pureté de l’air. Que nous ayons un dépôt des morts et un amphithéâtre à l’usage des médecins et des chirurgiens de l’Hôtel-Dieu, c est là une de ces obligations auxquelles il faut se soumettre; mais que l’Ecole, établissement universitaire, reste implantée sur le périmètre de cet hôpital et porte préjudice à sa constitution hygiénique , c’est ce qui ne doit pas être toléré. — A Paris, on a pris soin d éloigner des hôpitaux les amphithéâtres anatomiques : et à

Lyon, ce serait au moment où, par des sacrifices pecumaires énormes, on s’est efforcé d’assainir 1 Hotel-Djeu et de le soustraire à l’influence nuisible des boucheries situées dans la partie nord du claustral, que l’on conserverait dans la partie opposée de ce même édifice, et sous l’action des vents du imdi, un foyer d’infection encore plus redoutable. La plus simple logique repousse une telle tolérance, qui se rattache à des idées rétrogrades et n est plus en rapport avec le progrès de l’hygiène et ses utiles applications. Car nous ne parlons pas au projet qu’on avait formé de consacrer à l’Ecole dans le cas où elle serait érigée en Faculté les terrains bâtis le long de la rue de la Barre et à l’entrée de la rue Bourgchanin. Cet espace serait tellement msuffisant pour satisfaire aux exigences de développement que comporte une Faculté de medecme, que le projet en question deviendrait tout-a-fait inexécutable.

Que 1 Ecole de médecine de Lyon, si florissante et si digne de la considération publique, poursuive sa destinée et soit toujours l’un des plus utiles et des plus beaux ornements de notre cité ; que même elle prenne un plus grand essor et se transforme en Faculté : nous applaudirons de grand cœur à sa prospérité; mais il ne faut pas que celle-ci soit obtenue aux dépens de notre grand établissement hospitalier, qui souffre d’une servitude nuisible à

son développement et à la salubrité des salles de ses malades.

100 SA.LU JBR1TÈ DE l’ HOÏEL-DIEÜ.

Toutes ces idées, au reste , se trouvant exposées d’une manière circonstanciée dans mon rapport spécial de 1846, je dois me borner aujourd’hui à les rappeler. Heureux si ce faible aperçu peut ramener l’attention du Conseil sur cette importante question, qui avait excité de chaleureuses sympathies et dont les esprits n’ont été distraits que par les graves préoccupations de la Révolution de 1848 et de ses suites !

Cependant il est impossible qu’on ne travaille pas, dans un temps peu éloigné, à l’achèvement de l’Hôtel-Dieu; car les mauvaises maisons qu’il s’agit de démolir à cet effet, tombent de vétusté et ne sont plus guère susceptibles de réparations, d’ailleurs fort coûteuses. Une autre considération milite en faveur de l’exécution de ce projet, c’est que les idées relatives à ce digne couronnement de vos œuvres, rentrent dans le courant actuel des idées du Gouvernement et se lient intimement aux projets que mûrit la haute Administration de notre cité, en faveur de la régénération de la salubrité publique. Je crois convenable d’énumérer rapidement les avantages qui découleront de cette grande opération, et que le plan annexé à ce rapport permet de saisir dans leur ensemble :

1° La Cour méridionale de l’Hôtel-Dieu est déblayée des maisons lézardées et entièrement caduques dont elle est encore obstruée, maisons dont l’une sert de logement aux élèves internes, et les autres sont encore louées au public. La cour méri-

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dionale présente une surface d’une plus vaste étendue que la plus grande de nos cours, appelée Saint- Martin: bornée à l’ouest par la grille du promenoir qui se prolonge jusqu’à la rue de la Barre, cette cour reçoit une large ventilation venant de la place Louis-le-Grand. Le dépôt des morts et l’amphithéâtre des travaux anatomiques y sont réunis dans un pavillon isolé, entouré de verdure et ventilé de toutes parts.

2° Dans le corps de batiment qui règne le long de la rue de la Barre :

On installe les bureaux de l’Administration , et l’on trouve toute faite pour les séances du Conseil et les concours, une salle vaste et commode qui est devenue d’une nécessité urgente ;

On loge convenablement les élèves internes;

On place les ateliers pour la confection du linge de la chirurgie, des matelas, etc.;

Il reste encore des locaux suffisants pour contenir des dortoirs de Frères et des salles de malades en remplacement des salles Ste-Marie , St- St-Maurice , St-Roch , etc.

3° On peut enfin démolir le bureau du secrétariat, indûment et fort mal placé dans une galerie dont les arcades seraient rouvertes, et faire disparaître ces ignobles baraques provisoires servant aux bureaux, qui déparent la cour du jardin de la pharmacie et nuisent à son aération. Un courant d’air, pris sur la rue de l’Hôpital, pénètre dans cette enceinte déblayée, agrandie et plantée de nouveaux

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arbres; il correspond, par une ventilation transversale, avec celui qui arrive du quai dans la cour Ste- Marie. On dote ainsi d’un promenoir fort utile les salles dites des Quatre-Rangs et occupées par les femmes fiévreuses.

Ce sont là de nouveaux éléments de salubrité qui vont faire sentir leur influence dans les localités opposées du nord et du sud , et qui réagiront de proche en proche sur toutes les parties de l’édifice et de ses cours intermédiaires.

Nous savons ce que veut dire ici le mot influence et quels en doivent être les salutaires effets ; et c’est parce que nous en sentons profondément tout le prix que nous faisons des voeux ardents pour la réalisation de ce double projet, rachèvement de l’Hôtel-Dieu et la translation de l’Ecole de médecine hors du claustral. Est-ce dans le but d’augmenter le nombre des admissions? Nullement. Tous les auteurs s’accordent sur ce point, qu’un hôpital qui contient de 1,000 à 1,200 malades peut se maintenir dans de bonnes conditions de salubrité , mais que ce ne serait pas sans imprudence qu’on dépasserait cette limite, à moins de multiplier considérablement les moyens d’aération. Mais il est important que notre Hôtel-Dieu, désormais affranchi des servitudes qui lui sont étrangères, reste maître sur son terrain , puisse s’y étendre sans gène et obtenir enfin des locaux spacieux dont il est privé, et qui pourtant sont indispensables aux besoins du service. Pour ne citer qu’un

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seul fait, croirait-on que le fourgon de la panneterie et les chariots des approvisionnements séjournent dans les cours, exposés à la pluie, parce que l’espace manque absolument pour les abriter sous des remises?

On voit que, dans le système de 1844, les constructions ne s’arrêtaient pas à l’angle de la rue de la Barre et de la rue Bourgchanin, qu’elles empiétaient sur cette dernière rue , pour y remplacer les maisons caduques; tandis que, dans celui que je propose, le corps de batiment complémentaire se terminerait à cet angle, où viendrait le rejoindre la grille du promenoir, prolongée sur l’emplacement des maisons caduques abattues (voir le plan). Cette différence essentielle dans les deux projets est delà plus haute importance au point de vue de l’aération et de la salubrité. Quant aux locaux qui devaient être fournis par les constructions sur la rue Bourgchanin, ils se trouveraient remplacés très amplement par la possession de ceux qui sont actuellement occupés par l’Ecole de médecine.

Dans le projet de 1844, le devis estimatif dressé par M. l’Architecte des hôpitaux portait à 640,000 fr. la dépense totale des reconstructions. Si l’on défalque de cette somme les 150,000 fr. qu’auraient coûté les travaux sur la rue Bourgchanin , il est évident que la construction faite seulement sur la rue de la Barre n’excéderait pas une dépense de 490,000 fr.

C’est beaucoup, il est vrai. Mais il s’agit de faire

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un grand bien; et vous avez prouvé que le désir de multiplier les moyens de secours avait semblé multiplier aussi vos ressources, car vous avez pu suffire à des dépenses souvent répétées et fort considérables.

Si l’on récapitule les sommes payées pour les travaux accomplis à l’Hôtel-Dieu depuis le 1er janvier 1830 jusqu’au 31 décembre 1852, on obtient le résumé suivant :

Travaux ordinaires pour les ré- fr. c.

parations annuelles 590,888 74

Ce qui fait, en chiffre moyen, une dépense annuelle de 25,690 fr.

80 cent.

Travaux extraordinaires , en y comprenant : la construction de l’aile méridionale et du corps de bâtiment sur la rue de la Barre , la création du promenoir, la restauration de la façade occidentale, etc. 1,011,153 04 La création du passage substitué à un foyer d’infection doit figurer dans ce tableau, puisque ce passage fait partie intégrante de l’édifice. . 399,614 73

Total.

Il est vrai que les capitaux employés à la construction du passage et à celle du corps de bâtiment sur la rue de la Barre sont pécuniairement productifs, puisque ce corps de bâtiment est loué à la

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ville pour l’Ecole de médecine , au prix annuel de 1 6,000 fr., et que le passage procure par la location des boutiques un revenu de 20,000 fr. ; mais d’un autre côté l’Administration s’est privée de 20,000 fr. de rente environ, par la démolition des maisons que remplace la plantation d’arbres du promenoir. Ainsi donc, les produits annuels du passage ne font que couvrir le déficit d’une valeur pécuniaire à peu près égale.

Il m’eût été facile de reproduire ici le tableau détaillé, année par année, de toutes les dépenses. Mais comme il ne s’agissait pas de dresser un compte financier, j’ai cru devoir me borner à mettre en évidence ces groupes principaux de chiffres qui résument tout; ils suffisent pour donner la preuve que l’Administration , noblement inspirée, a su s’élever à la hauteur de sa mission dont elle a compris la portée et le but.

Malgré l’ordre sévère et la stricte économie avec lesquels ces dépenses ont été ordonnées, y aurait-il quelque opposition chagrine disposée à se récrier, et à blâmer leur extension? S’il en était ainsi, à tous ces chiffres de dépenses ordinaires et extraordinaires qui, en définitive, n’ont trait qu’à des matières d’argent, il n’y aurait, pour toute réponse, qu’à opposer d’autres chiffres d’une valeur bien plus précieuse , puisqu’ils représentent la vie et la mort des hommes. Oserait-on se plaindre des frais de la culture quand ils produisent de tels fruits ?

Vous avez dépensé de l’argent ! mais dans l’espace

106 SALUBRITÉ DE l’hOTEL-MEU.

de 15 ans 3ù,385 malades pauvres ont reçu des secours dont ils auraient été privés, et, sur la masse totale des malades, il y a eu 311 décès en moins que dans les années précédentes.

Vous avez dépensé de l’argent! mais dans l’espace de 15 ans vous avez arraché à la mort 4,834 malades, qui, sans ces dépenses intelligentes et libérales , auraient fatalement succombé. Jamais argent, nous le répétons, a-t-il été mieux employé ? En présence de ces résultats, n’êtes-vous pas émus par ce sentiment de joie intime que donne un grand succès ? et le bonheur des familles auxquelles vous avez conservé des membres qui en sont les soutiens, ce bonheur, dis-je, ne le partagezvous pas?

Toutefois, ne perdons pas de vue que le repos n’est point permis tant qu’il reste du bien à faire. Il s’agit, répétons-le, d’achever l’Hôtel-Dieu et de le délivrer de toutes les servitudes qui lui causent un si grave préjudice ; c’est un acte non de luxe, mais de bienfaisance que la société lyonnaise attend de votre ardente charité; c’est un sur moyen d’abaisser encore le chiffre delà mortalité dans cet asile de la douleur, assaini par une plus large aération. Il n’est nullement téméraire d’avancer que si vous avez ramené la mortalité d’un sur sept à un sur neuf, vous pouvez la faire descendre à un sur dix. Cette belle perspective, qui n’a rien de décevant, n’est-elle pas propre à exciter l’élan de tous les coeurs généreux ?

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Parmi les travaux d’utilité publique qui, depuis ving-tcinq ans, concourent à accroître la beauté et la salubrité de la ville de Lyon, il n’en est point de plus profitable à la classe ouvrière que celui dont j’ai l’honneur de vous entretenir ; il serait pour notre population l’un des plus grands bienfaits. Ce complément de votre oeuvre, tout en contribuant puissamment à embellir et à assainir les quartiers environnants, serait salué par les acclamations unanimes de tous les habitants de la cité; car tous portent un profond intérêt à l’IIôtel-Dieu, à ce bel établissement agrandi par les dons de nos pères, et qui exprime si bien , par ses magnifiques proportions , le sentiment caractéristique des Lyonnais : la charité chrétienne.

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