‹ Considérations sur la salubrité de l'Hôtel-Dieu et de l'Hospice de la charité de LyonChapitre 17 sur 35 · SCR LA SALUBRITÉ · texte numérisé non relu

SCR LA SALUBRITÉ

Messieurs,

Dans les considérations que j’ai eu l’honneur de vous présenter sur la situation de l’Hôtel-Dieu, diverses questions relatives à l’hygiène ont dû être, sinon traitées , au moins abordées. Comme elles sont d’un intérêt général et tout-à-fait applicables à l’hospice de la Charité, je tâcherai d’y revenir le moins possible. Cependant, si la force des choses me ramenait encore à ces grands principes qu’on ne doit pas se lasser de proclamer, votre indulgente attention voudrait bien me pardonner , je l’espère, ces redites surabondantes en faveur de leur utilité et de cette conviction profonde qui me les fait exprimer.

Beaucoup d’établissements, considérables par leur développement et les services précieux qu’ils rendent à la société, n’ont eu souvent que des commencements très précaires et résultant de circonstances fortuites. Tel a été l’hospice de la Charité. Il a dû son origine à une de ces calamités publiques qui, de nos jours, ne sont connues que par les récits de l’histoire.

La famine de 1531 désolait la France : la bienfaisance lyonnaise recueillit des milliers de pauvres qui, de toutes les contrées circonvoisines, affluaient dans nos murs. A la vue de ces malheureux, des quêtes se multiplièrent; on improvisa des cabanes sur les prés du monastère d’Ainay pour loger ces nouveaux hôtes, qui y reçurent des vivres et des vêtements.

Le fléau ayant cessé , il se trouva en caisse une somme de 396 livres 2 sols 6 deniers qui excédait les dépenses. C’est avec ce mince reliquat des quêtes que l’on entreprit de fonder un des établissements charitables qui honorent le plus la ville de Lyon et qui, suivant les lettres-patentes en date de 1729, a servi de modèle à d’autres hôpitaux de France.

Le but qu’on se proposa, dans le principe, fut l’extinction delà mendicité : de là le titre d’ Aumône générale qui fut donné à l’œuvre constituée dès l’année 1533, sous les auspices du bon allemand Jean Cléberger ou Kléberg, dont la mémoire po-

pulàire se perpétue, environnée de respect, dans tous les rangs de la société lyonnaise.

Des lettres-patentes du roi Louis XIII, du 2 décembre 1614 , autorisèrent l’Aumône générale , qui était dirigée par les citoyens les plus notables , à acquérir, sur les bords du Rhône, l’emplacement où devait se construire l’édifice hospitalier. Les plans en furent donnés par le P. Martel-Ange, de la Compagnie de Jésus. Comme les fonds manquaient pour leur exécution, un généreux citoyen, de Sève de Fromente , offrit le premier de bâtir à ses frais un corps de logis. Il en posa la première pierre le 16 janvier 1617, avec cette inscription: Notre- Dame de la Charité. Par suite des phases successives de sa destination, cet établissement a reçu diverses dénominations , outre celles que nous venons de faire connaître. Désigné sous le titre d’Hôpital général et Aumône générale , puis d’Hôpital général de la Charité, il porte aujourd’hui le nom d’Hospice , à cause de ses attributions principales.

Le terrain qu’il occupe, de forme à peu près quadrilatère, est moins vaste que celui de l’Hôtel-Dieu. Sa superficie est de 22,480 mètres carrés.

Le côté nord de l’édifice est occupé par l’église ainsi queparl’liôtel de Provence, vaste local appartenant au claustral et qui n’en est distrait que par la volonté de l’Administration. Le côté sud n’est séparé de l’Hôpital militaire que par un mur mitoyen. A l’ouest la rue de la Charité , à l’est le quai du

Rhône, complètent les limites de l’Hospice. La population de l’hospice de la Charité, composée d’éléments très divers, se divise en nombreuses catégories, dont voici le classement :

1° Vieillards

hommes 160 femmes 240

Inscrits à l’âge de 70 ans, ils ne sont guère admis que deux à trois ans après, faute de places suffisantes.

2° Parents infirmes des Frères ou des

Sœurs des hôpitaux 10

3° Incurables de l’un et de l’autre sexe, lits fondés par des libéralités particulières. 68

4° Autres fondations particulières pour

des enfants 22

5° Hôpital des enfants , garçons et filles de 2 à 15 ans, appartenant à l’agglomération lyonnaise ; il comprend :

Fiévreux 1 * * * 94 J

Fiévreuses j ... . I

Blessés j . . . . *0 • • • 172

Blessées ] ... . |

Varioleux, varioleuses . 10 *

6° Crèche : enfants trouvés ou abandonnés, journellement environ 11

7° Crèche: enfants nés ou déposés dans l’hospice , journellement environ ... 20

8° Enfants trouvés rentrés et à replacer , journellement environ 40

9° Nourrices sédentaires 7

10° Nourrices expectantes, et qui tous les jours emportent des enfants à la campagne , environ 24

11° Salle Ste-Thérèse filles enceintes admises 15 jours avant l’accouchement, environ

12° Salle Ste-Pélagie, filles en couches,

environ 25

13° Clinique d’accouchements ... 7

14° Elèves sages-femmes 12

Econome, aumôniers, frères et sœurs, employés logés dans l’établissement , boulangers

Un médecin, un chirurgien-major et le professeur de clinique, assistés d’élèves internes et externes;

Quatre sœurs accoucheuses; quatre sœurs préposées à la pharmacie qui n’est qu’une succursale de celle de 1 Hôtel-Dieu , complètent le service de santé.

On ne peut donner ici qu’un chiffre moyen du mouvement quotidien de l’hospice; car sa population , bien que composée d’éléments fixes , présente du jour au lendemain des variations très grandes, quant au nombre des personnes de certaines catégories.

Moins grandiose, moins majestueux que l’Hôtel- Dieu, 1 hospice de la Charité est construit dans des

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proportions plus convenables, surtout à cause de la moindre élévation des corps de bâtiments, qui font paraître les cours plus spacieuses, plus claires, et y rendent le renouvellement de l’air plus facile. Le P. Martel- Ange semblait avoir devancé son siècle, au point de vue de l’hygiène , en dressant le plan dont nous retrouvons quelques dispositions adaptées à l’hôpital St-André de Bordeaux , récemment construit et généralement admiré. Simplicité, commodité, élégance , salubrité , tels étaient les avantages que notre architecte s’était proposé de donner à son œuvre : il y était parvenu.

Un monument si bien coordonné aurait dû être l’objet d’un véritable respect, et pourtant il n’en a pas été ainsi; les diverses destinations imposées tour à tour à cet hospice, comme je l’ai dit, expliquent peut-être , mais sans les justifier jamais, les barbares mutilations qu’ont souffertes , sans exception, les cours et principalement toutes les parties de l’édifice.

Lorsque, en 1830, une administration toute nouvelle, la vôtre, Messieurs, fut appelée à la direction des hôpitaux de Lyon, elle se sentit saisie d’un douloureux étonnement à l’aspect de l’hospice de la Charité.

Comme il serait impossible de se former actuellement une idée, même approximative, de ce triste tableau, j’en reproduirai quelques traits.

Les cours étaient encombrées par des constructions ignobles , par des cabanes qui s’élevaient de

toutes parts et masquaient les fenêtres des rez-dechaussée. Celles, par exemple, de la salle du Conseil, ouvertes au levant, ne laissaient pénétrer la lumière que par la vitre supérieure; toutes les autres étaient condamnées à la plus complète obscurité. Ces sortes de baraques servaient d’ateliers , de latrines, d’écuries, etc.; on y nourrissait des lapins, de la volaille , des porcs ; il y avait aussi de nombreux poulaillers jusque dans les vestibules des escaliers.

Les galeries élégantes qui régnent à tous les étages, et forment des voies de communication commodes, abritées contre la pluie, avaient, pour la plupart, complètement disparu ; on s’en était emparé pour y établir des écoles, des cabinets particuliers, cause fréquente de graves abus, des dépôts de linge sale, de charbon, des étendages, etc. : il avait fallu, pour cela, murer les arcades et murer en même temps les fenêtres des salles qui s’ouvraient sur les galeries. Or, c’étaient précisément les fenêtres donnant accès aux rayons solaires qui se trouvaient supprimées. Il en résultait que toutes les salles étaient devenues des cloaques froids , humides et imprégnés d’une odeur fétide permanente.

Les fenêtres qui avaient échappé à cet étrange système de maçonnerie appliqué aux ouvertures, y compris un grand nombre de portes, étaient assombries par d’épais barreaux, serrés comme ceux d’une prison, et de plus par des grillages à mailles étroites, qui diminuaient encore la clarté.

Ce n’est pas tout : la plupart des salles, dont la hauteur n’a pourtant rien d’exagéré, étaient converties en deux entresols, par le moyen d’un faux plancher qui les divisait dans toute leur longueur. On montait par une échelle à l’entresol supérieur, où un homme d’une taille moyenne ne pouvait se tenir droit.

Cette division était-elle opérée dans une salle sise au rez-de-chaussée , on ne faisait aucune difficulté de creuser la terre pour étendre le carrelage de la pièce inférieure à 50 centimètres ou même un mètre en contre-bas du sol des cours. On retrouve encore un exemple de ce procédé.

Le système des faux planchers était appliqué aux galeries comme aux salles. Au-dessus de ce plancher on établissait des greniers, des garde-meubles, et au-dessous les baraques dont nous venons de parler.

La pharmacie n’était vraiment qu’un cachot profondément dégradé , sombre , humide , et tellement malsain que les sœurs employées à ce service se trouvaient nécessairement vouées aux rhumatismes et aux catarrhes chroniques.

Les latrines , à tous les étages , répandaient une odeur infecte. Le vaste local attribué aux vieillards, et où leurs lits sont beaucoup trop serrés , était insalubre, parce que, étant leur unique habitation et le jour et la nuit, l’air ne pouvait jamais y être renouvelé d’une manière suffisante.

La salle des accouchements, souvent ravagée par des épidémies de fièvre puerpérale, avait né-

cessité l’adoption de quelques moyens de ventilation; mais on n’avait pas et on n’a pas encore atteint le but désirable. Nous espérons qu’on y arrivera. En 1820, des salles destinées à recevoir les enfants nouveau-nés provenant du tour ou des salles d’accouchement, furent ouvertes dans un corps de bâtiment construit à cet effet. Les conditions favorables de ces nouveaux locaux ne tardèrent pas à être amoindries par suite de ce besoin de tout cacher, de tout murer. Le jardin de la crèche, encombré de baraques, caché par la maçonnerie dont on avait rempli les arcades qui l’entourent , privé enfin du renouvellement de l’air confiné, devint humide et tout-à-fait malsain.

Là, comme partout, les visiteurs rencontraient cette odeur d’enfermé dont ils étaient saisis dès qu’ils avaient franchi le seuil pour parcourir l’intérieur du claustral. S’ils étaient choqués de la vétusté, delà dégradation des boiseries et des crépis des murs, ils l’étaient bien davantage encore de toutes ces constructions bizarres et ignobles qui , à chaque pas , leur barraient le passage. Ils ne pouvaient s’empêcher d’y voir une sorte de défi jeté à la raison, une preuve de mépris affecté pour les notions les plus vulgaires du régime sanitaire si indispensable aux hôpitaux. Comment avait-on persévéré pendant une longue suite d’années dans des dépenses considérables , dans des efforts obstinés pour venir à bout de gâter ainsi tout un édifice,

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si bien ordonné dans son principe? N’était-ce pas un problème insoluble ?

En présence d’un tel état de choses, vous comprîtes, Messieurs, qu’il s’agissait non de quelques réparations partielles, mais d’une restauration complète; qu’il importait surtout de reproduire , sauf diverses modifications de détail devenues nécessaires, l’ordonnance des plans primitifs conformément à la pensée de leur auteur.

On se borna, vu l’état des finances, à faire quelques dépenses d’entretien pour satisfaire aux besoins les plus pressants.

C’est à partir de 1835 qu’on se mit à l’œuvre. M. Arnaud qui, en sa qualité d’adjoint au maire, a rendu des services si importants à notre ville , prit l’initiative au sujet des travaux de l’hospice et fut chargé de leur direction.

A l’Hôtel-Dieu , un bateau amarré au quai du Rhône sert de lavoir; il n’en résulte aucun inconvénient, parce qu’une voûte souterraine et un pont y conduisent, et le relient ainsi au service intérieur. — A la Charité cette disposition n’existait pas , il

fallait traverser le quai pour se rendre au bateau et en rapporter le linge ; de là des désordres et des abus qu’il était urgent de faire cesser. Sur la proposition de M. Terme, président du Conseil, on éleva dans la cour St-Joseph un vaste pavillon quadrilatère et à ciel ouvert , dans lequel on plaça un très beau lavoir avec une buanderie et une machine à vapeur , de la force de trois chevaux : elle fait monter d’un puisard l’eau du Rhône filtrée au travers du gravier. Cette eau, dont les qualités physiques et chimiques sont excellentes , est fournie dans la proportion de sept cents à mille litres par minute , tant pour l’usage du lavoir que pour celui de l’hospice, où elle se distribue au moyen de réservoirs et de conduits dans tous les étages.

La façade, du côté du quai, fut restaurée et achevée. Ce travail procura des locaux qui servirent à l’établissement d’une infirmerie bien aérée, de trentehuit lits, pour les vieilles; et au-dessus, un bel emplacement pour la lingerie et le repassage. Les fenêtres des salles d’étendage du linge reçurent des croisées vitrées.

On appliqua des appareils inodores à plusieurs latrines. Dans la salle des filles en couches on établit un tarare comme dans les magnaneries, afin d’y renouveler l’air qui était toujours stagnant par défaut de ventilation transversale.

Plusieurs salles furent planchéïées, notamment les salles St-Ferdinand et Ste-Marie destinées aux

enfants malades, de l’âge de deux à douze ans et appartenant à la classe ouvrière de la ville.

Plusieurs galeries furent restaurées et plafonnées. Après avoir démoli les cabanes qui les obstruaient, on enleva les faux planchers qui , dans plusieurs endroits, les divisaient en greniers. Un assez grand nombre d’arcades bouchées par la maçonnerie, furent rétablies.

L’escalier qui longe la pharmacie conduit à des greniers qui servaient d’amphithéâtre de dissection : comme le plancher non carrelé de ce local était pourri, l’eau des lavages et le sang tombaient jusqu’au bas de l’escalier; ce fut alors qu’on supprima ces salles de travaux anatomiques et qu’on répara tous cet dégâts.

Au fur et à mesure qu’on faisait disparaître les mauvaises baraques dont les cours étaient encombrées, la lumière pénétrait dans les salles du rez-dechaussée et la vue commençait à s’étendre dans les cours et le long des galeries. Les décombres provenant de ces premières démolitions , et formant des masses énormes , furent promptement enlevés pour faire place à un pavage régulier.

En même temps qu’on plafonnait les galeries, qu’on blanchissait les murs extérieurs, on restaurait plusieurs salles de malades, des dortoirs, des réfectoires; les travaux étaient poussés, partout, avec activité dans l’intérieur de l’édifice, comme sur les toits, qui étaient détériorés; presque toutes les gouttières furent réparées ou renouvelées, et munies,

de l’hospice de la charité. 129

pour la descente des eaux pluviales, de tuyaux dont elles étaient dépourvues.

Dire ici quelle fut la résistance opposée par plusieurs personnes de la communauté à tous ces changements et surtout à ces démolitions de cabinets, de cabanes, de baraques de toute sorte, serait chose difficile. L’empire des habitudes et de la routine est si puissant, on aimait tant toutes ces cachettes, qu’on ne pouvait pas comprendre les motifs et le but de l’Administration. Quelques sœurs avancées en âge furent saisies d’un si vif chagrin, qu’elles tombèrent malades à la vue de ces démolitions. Elles disaient en pleurant que les horreurs du siège de Lyon, en 1793, n’avaient été que peu de chose en comparaison de ces ruines et de ce bouleversement de la maison. C’est que chaque sœur cheftaine avait fait construire soit des cabinets, soit des cabanes à loger des poules ou autres animaux. Cette facilité qu’elles avaient eue à dénaturer toutes les parties du claustral, en faisant travailler, selon leur bon plaisir, les ouvriers menuisiers, serruriers, peintres- vitriers , logés dans la maison, leur était enlevée. On venait de supprimer tous ces ateliers , cause presque continuelle d’abus très graves et de dépenses irrégulières, dont les résultats étaient préjudiciables à l’ordre de l’hospice.

fl§39-l§il.

Les travaux continuent. On ouvre des ventila-

teurs dans plusieurs salles, on multiplie les calorifères. L’éclairage au gaz est adopté, et se répand peu à peu dans tous les étages.

Le bitume remplace les carrelages dégradés de plusieurs galeries; ceux des salles sont renouvelés dans une étendue de 4,500 mètres.

On restaure le clocher de l’église, et l’on imprime à plusieurs parties de l’édifice ce cachet de propreté et d’ordre qui doit être l’ornement et l’attribut essentiel d’un établissement hospitalier.

La salle du Conseil et son vestibule sont parquetés et entièrement restaurés.

Dans la galerie de la cour d’entrée, quelques tables de marbre, appliquées contre le mur, portent des inscriptions en l’honneur des premiers bienfaiteurs : sur l’une on a rappelé avec quelles faibles ressources l’œuvre hospitalière avait commencé; sur l’autre on a consacré le nom de Jean Cléberger ou Kléberg, etc. Cette rangée de tables de marbre fut complétée, avec l’intention d’y graver en lettres d’or les noms de tous les bienfaiteurs. Mais ceux-ci sont infiniment nombreux : pour rendre ce pieux hommage à leur mémoire il faudrait tant d’espace , tant de marbre et tant de dépense, que malheureusement l’Administration a dû renoncer, pour le moment, à ce projet. Elle y reviendra, sans doute, et finira par trouver le moyen d’acquitter envers les bienfaiteurs cette dette de la reconnaissance. Inscrire ainsi publiquement les noms des citoyens généreux qui ont doté l’hospice des biens qu’il pos-

sède, c’est remplir un devoir, c’est honorer leur vie et celle de leurs descendants, c’est aussi un acte utile aux intérêts des pauvres. Car un tel hommage est fait pour provoquer une émulation de libéralité dans les familles lyonnaises, toujours si sympathiques à nos établissements hospitaliers.

En attèndant l’exécution d’une grande mesure sur cet objet important, on a placé, au-dessus des cellules des incurables, des plaques portant les noms des fondateurs de chaque lit et les dates de ces bienfaits.

Les améliorations que nous venons d’indiquer sommairement n’étaient, malgré leur importance, que le prélude des changements de diverse nature qui devaient compléter l’œuvre de réorganisation de l’hospice. Appelé à succéder à M. Ferrez dans les fonctions d’administrateur-directeur, je crus que le moment était venu de soumettre au Conseil un plan général non-seulement de travaux , mais encore de réformes portant sur les personnes comme sur les choses.

Pour aborder et poursuivre une telle entreprise , qui devait froisser tant d’intérêts, rompre tant d’habitudes, l’autorité d’un seul étant insuffisante , je demandai le concours d’une Commission dont M. Delahante , président , et MM. Rémond et Arnaud firent partie. Sans reproduire ici les rapports

que j’eus l’honneur de présenter au Conseil à la suite des investigations approfondies de la Commission, j’en rappellerai les bases principales :

1 0 Régulariser le personnel, en excluant de l’hospice plusieurs catégories d’individus qui y occupaient indûment des places; réviser tous les emplois, afin d’assigner aux frères et aux sœurs une juste répartition de travail;

2° Supprimer les ateliers de la cordonnerie et de la taillerie ;

3° Transférer au lieu dit La Quarantaine , sur la rive droite de la Saône, la boulangerie centrale, installée au milieu de l’hospice dans la cour St- Honoré. (Pour cette grave question, résolue à l’unanimité, MM. Delore et Tournu s’étaient adjoints à la Commission) ;

4° Démolir de nombreuses constructions obstruant les galeries; rétablir les fenêtres et les arcades bouchées par la maçonnerie ; restaurer les salles dénaturées par les faux planchers ; rétablir partout l’intégrité de l’édifice ;

5° Créer de nouvelles salles d’enfants malades tant pour la médecine que pour la chirurgie , afin de constituer un hôpital spécial dans le claustral de l’hospice, et d’y réunir les enfants admis à l’Hôtel- Dieu;

6° Reprendre la jouissance des voies charretières et de plusieurs pièces louées au public , qui sont nécessaires au service de l’hospice;

7° Changer les destinations de plusieurs salles,

afin de classer les services d’une manière conforme aux catégories du personnel conservé;

8° En un mot, restaurer et assainir autant que possible l’hospice dans toutes ses parties.

9° Quant au régime alimentaire , nous pensions qu’il était bon; que le pain, la viande et les légumes étaient, comme à l’Hôtel-Dieu, de première qualité; que , si cette partie du service était susceptible de recevoir des modifications dans les procédés culinaires et quelques améliorations de détail, ce résultat serait facilement obtenu au moyen de nouveaux ordres et d’une surveillance administrative; et qu’enfin, on voyait fort peu d’établissements hospitaliers aussi bien partagés que les nôtres sous le rapport de l’alimentation.

Ce programme , adopté par le Conseil comme il l’avait été par la Commission, reçut son exécution, sauf ce qui concerne la translation, admise en principe, de la boulangerie. Nous y reviendrons.

Les individus de l’un et de l’autre sexe connus sous la dénomination de servants, et au nombre de vingt-quatre, sortirent de l’hospice. Valides, ils reçurent une indemnité; caducs ou infirmes, ils furent placés à la campagne moyennant une pension convenable; incurables, ils furent transférés à l’hospice du Perron.

Après avoir soigneusement procédé à une enquête concernant tous les services, nous déterminâmes le nombre et la qualité des servants que chacun de ces services devait exiger.

SALUBRIT

Cette enquête fut suivie d’une épuration dans les rangs du personnel conservé.

Les enfants trouvés, logés dans l’hospice à des titres divers, furent repartis dans les délégations, c’est-à-dire dans les communes rurales des départements voisins, surveillées par les employés , désignés sous le nom de délégués.

Les infirmeries des enfants trouvés adultes de l’un et de l’autre sexe, qui étaient une cause permanente de graves abus, furent supprimées ; on ne conserva que deux salles suffisantes pour recevoir les enfants trouvés adultes, qui rentrent momentanément pour être replacés.

On dirigea sur l’hospice de l’Antiquaille les galeux , les teigneux , etc.

Par la sortie de ces diverses catégories d’individus, dont le nombre était de cent trente environ, plusieurs salles devinrent disponibles.

De cette réforme date le classement régulier des frères, des sœurs, et de toute la population de l’hospice , dont le tableau figure à la page 120.

Enfants trouvés. Tour. — Une autre réforme non moins considérable fut relative au service des enfants trouvés. Le régime nouveau, substitué à l’ancien, fut mis en vigueur le 1er octobre 1843. En voici les bases essentielles :

1° Surveillance du tour, qui ne tarda pas à amener sa suppression : car les exposants qui y apportaient des enfants de tous les pays , nationaux ov étrangers, ne voulurent plus encourir des pour

suites et des recherches compromettantes. Les enfants furent présentés et reçus à bureau ouvert (1).

2° Suppression des messagers qui venaient chercher les enfants pour les porter aux nourrices des campagnes , cause d’abus de tout genre et de désordres inutiles à rappeler. Les nourrices vinrent elles-mêmes prendre à l’hospice les enfants confiés à leurs soins.

3° Institution des délégués chargés d’adresser des nourrices à l’hospice , de les surveiller dans les campagnes, et de visiter trois fois par an, les enfants qui auparavant n’étaient visités qu’une fois par les frères envoyés en mission à cet effet.

4° Payement des mois de nourrice fait sur les lieux par les percepteurs des communes où sont placés les enfants. Ce mode facile et prompt de payements remplaça celui qui se faisait à l’hospice d’une manière onéreuse pour les nourrices, souvent victimes des inexactitudes, pour ne pas dire plus, des messagers , et cause fréquente d’abus et de procès.

Quels ont été les résultats de ce nouveau système éprouvé déjà par une assez longue expérience ? Il est facile de les apprécier à l’aide du tableau suivant; il représente en chiffres moyens les divers

(1) Nous n’avons pas à examiner la question si controversée du tour , de ses avantages et de ses inconvénients ; elle est traitée à fond dans le savant ouvrage de MM. Terme et Monfalcon , Histoire des Enfants trouves. Lyon, 1840, grand in-8 .

mouvements comparés du service des enfants pendant les huit années qui ont précédé le régime nouveau et pendant les huit années de son exercice.

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