‹ Considérations sur la salubrité de l’Hôtel-Dieu et de l’Hospice de la Charité de LyonChapitre 16 sur 35 · DK L HOSPICE DE LA CHARITÉ · texte numérisé non relu

DK L HOSPICE DE LA CHARITÉ

fallait traverser le quai pour se rendre au bateau et en rapporter le linge ; de là des désordres et des abus qu’il était urgent de faire cesser. Sur la proposition de M. Terme, président du Conseil, on éleva dans la cour St-Joseph un vaste pavillon quadrilatère et à ciel ouvert, dans lequel on plaça un très beau lavoir avec une buanderie et une machine à vapeur, de la force de trois chevaux : elle fait monter d’un puisard l’eau du Rhône filtrée au travers du gravier. Cette eau, dont les qualités physiques et chimiques sont excellentes, est fournie dans la proportion de sept cents à miUe litres par minute, tant pour l’usage du lavoir que pour celui de l’hospice, où elle se distribue au moyen de réservoirs et de conduits dans tous les étages.

La façade, du côté du quai, fut restaurée et achevée. Ce travail procura des locaux qui servirent à l’établissement d’une infirmerie bien aérée, de trentehuit lits, pour les vieilles; et au-dessus, un bel emplacement pour la lingerie et le repassage. Les fenêtres des salles d’étendage du linge reçurent des croisées vitrées.

On appliqua des appareils inodores à plusieurs latrines. Dans la salle des filles en couches on établit un tarare comme dans les magnaneries, afin d’y renouveler l’air qui était toujours stagnant par défaut de ventilation transversale.

Plusieurs salles furent planchéïées, notamment les salles St-Ferdinand et Ste-Marie destinées aux

enfants malades, de l’âge de deux à douze ans et appartenant à la classe ouvrière de la ville.

Plusieurs galeries furent restaurées et plafonnées. Après avoir démoli les cabanes qui les obstruaient, on enleva les faux planchers qui, dans plusieurs endroits, les divisaient en greniers. Un assez grand nombre d’arcades bouchées par la maçonnerie, fm'ent rétablies.

L’escalier qui longe la pharmacie conduit à des greniers qui servaient d’amphithéâtre de dissection : comme le plancher non carrelé de ce local était pourri, l’eau des lavages et le sang tombaient jusqu’au bas de l’escalier ; ce fut alors qu’on supprima ces salles de travaux anatomiques et qu’on répara tous cet dégâts.

Au fur et à mesure qu’on faisait disparaître les mauvaiises baraques dont les cours étaient encombrées, la lumière pénétrait dans les salles du rez-dechaussée et la vue commençait à s’étendre dans les cours et le long des galeries. Les décombres provenant de ces premières déndolitions, et formant des masses énormes, furent promptement enlevés pour faire place à un pavage régulier.

En même temps qu’on plafonnait les galeries, qu’on blanchissait les murs extérieurs, on restaurait plusieurs salles de malades, des dortoirs, dés réfectoires ; les travaux étaient poussés, partout, avec activité dans l’intérieur de l’édifice, comme sur les toits, qui étaient détériorés; presque toutes les gouttières furent réparées ou renouvelées, et munies.

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pour la descente des eaux pluviales, de tuyaux dont elles étaient dépourvues.

Dire ici quelle fut la résistance opposée par plusieurs personnes de la communauté à tous ces changements et surtout à ces démolitions de cabinets, de cabanes, de baraques de toute sorte, serait chose difficile. L’empire des habitudes et de la routine est si puissant , on aimait tant toutes ces cachettes, qu’on ne pouvait pas comprendre les motifs et le but de l’Administration. Quelques sœurs avancées en âge furent saisies d’un si vif chagrin, qu’elles tombèrent malades à la vue de ces démolitions. Elles disaient en pleurant que les horreurs du siège de Lyon, en 1793, n’avaient été que peu de chose en comparaison de ces ruines et de ce bouleversement de la maison. C’est que chaque sœur cheftaine avait fait construire soit des cabinets, soit des cabanes à loger des poules ou autres animaux. Cette facilité qu’elles avaient eue à dénaturer toutes les parties du claustral, en faisant travailler, selon leur bon plaisir, les ouvriers menuisiers, serruriers, peintres-vitriers, logés dans la maison, leur était enlevée. On venait de supprimer tous ces ateliers, cause presque continuelle d’abus très graves et de dépenses irrégulières ^ dont les résultats étaient préjudiciables à l’ordre de l’hospice.

Les travaux continuent. On ouvre des ventila-

leurs dans plusieurs salles, on multiplie les calorifères. L'éclairage au gaz est adopté, et se répand peu à peu dans tous les étages.

Le bitume remplace les carrelages dégradés de plusieurs galeries; ceux des salles sont renouvelés dans une étendue de 4,500 mètres.

On restaure le clocher de l’église, et l’on imprime à plusieurs parties de l’édifice ce cachet de propreté et d’ordre qui doit être l’ornement et l’attribut essentiel d’un établissement hospitalier.

La salle du Conseil et son vestibule sont parquetés et entièrement restaurés.

Dans la galerie de la cour d’entrée, quelques tables de marbre, appliquées contre le mur, portent des inscriptions en l’honneur des premiers bienfaiteurs : sur l’une on a rappelé avec quelles faibles ressources l’œuvre hospitalière avait commencé; sur l’autre on a consacré le nom de Jean Cléberger ou Kléberg, etc. Cette rangée de tables de marbre fat complétée, avec l’intention d’y graver en lettres d’or les noms de to-us les bienfaiteurs. Mais ceux-ci sont infiniment nombreux : pour rendre ce pieux hommage à leur mémoire il faudrait tant d’espace, tant de marbre et tant de dépense, que malheureusement l’Administration a dû renoncer, pour le moment, à ce projet. Elle y reviendra, sans doute, et finira par trouver le moyen d’acquitter envers les bienfaiteurs cette dette de la reconnaissance. Inscrire ainsi publiquement les noms des citoyens généreux qui ont doté l’hospice des biens qu’il pos-

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sède, c’est remplir un devoir, c’est honorer leur vie et celle de leurs descendants, c’est aussi un acte utile aux intérêts des pauvres. Car un tel hommage est fait pour provoquer une émulation de libéralité dans les familles lyonnaises, toujours si sympathiques à nos établissements hospitaliers.

En attendant l’exécution d’une grande mesure sur cet objet important, on a placé, au-dessus des cellules des incurables, des plaques portant les noms des fondateurs de chaque lit et les dates de ces bienfaits.

Les améliorations que nous venons d’indiquer sommairement n’étaient, malgré leur importance, que le prélude des changements de diverse nature qui devaient compléter l’œuvre de réorganisation de l’hospice. Appelé à succéder à M. Ferrez dans les fonctions d’administrateur-directeur, je crus que le moment était venu de soumettre au Conseil un plan général non-seulement de travaux, mais encore de réformes portant sur les personnes comme sur les choses.

Pour aborder et poursuivre une telle entreprise, qui devait froisser tant d’intérêts, rompre tant d’habitudes, l’autorité d’un seul étant insuffisante, je demandai le concours d’une Commission dont M. Delahante , président, et MM. Rémond et Arnaud firent partie. Sans reproduire ici les rapports

que j’eus l’honneur de présenter au Conseil à la

suite des investigations approfondies de la Commission, j’en rappellerai les bases principales :

1" Régulariser le personnel, en excluant de l’hospice plusieurs catégories d’individus qui y occupaient indûment des places ; réviser tous les emplois , afin d’assigner aux frères et aux soeurs une juste répartition de travail ;

2° Supprimer les ateliers de la cordonnerie et de la taillerie ;

3® Transférer au lieu dit La Quarantaine, sur la rive droite de la Saône, la boulangerie centrale, installée au milieu de l’hospice dans la cour St- Honoré, (Pour cette grave question, résolue à l’unanimité, MM. Dèlore et Tournu s’étaient adjoints à la Commission) ;

4° Démolir de nonabreuses constructions obstruant les galeries; rétablir les fenêtres et les arcades bouchées par la maçonnerie ; restaurer les salles dénaturées par les faux planchers ; rétablir partout l’intégrité de l’édifice ;

5° Créer de nouvelles salles d’enfants malades tant pour la médecine que pour la chirurgie, afin de constituer un hôpital spécial dans le claustral de l’hospice, et d’y réunir les enfants admis à l’Hôtel- Dieu;

6® Reprendre la jouissance des voies charretières et de plusieurs pièces louées au public, qui sont nécessaires au service de l’hospice ;

7“ Changer les destinations de plusieurs salles,

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afin de classer les services d’une manière conforme aux catégories du personnel conservé ;

8» En un mot, restaurer et assainir autant que possible l’hospice dans toutes ses parties.

9° Quant au régime alimentaire, nous pensions qu’il était bon; que le pain, la viande et les légumes étaient, comme à l’Hôtel-Dieu, de première qualité; que, si cette partie du service était susceptible de recevoir des modifications dans les pro* cédés culinaires et quelques améliorations de détail, ce résultat serait facilement obtenu au moyen de nouveaux ordres et d’une surveillance administrative; et qu’enfin, on voyait fort peu d’établissements hospitaliers aussi bien partagés que les nôtres sous le rapport de l’alimentation.

Ce programme, adopté par le Conseil comme il l’avait été par la Commission, reçut son exécution, sauf ce qui concerne la translation, admise en principe, de la boulangerie. Nous y reviendrons.

Les individus de l’un et de l’autre sexe connus sous la dénomination de servants, et au nombre de vingt-quatre, sortirent de l’hospice. Valides, ils reçurent une indemnité; caducs ou infirmes, ils furent placés à la campagne moyennant une pension convenable; incurables, ils furent transférés à l’hospice du Perron.

Après avoir soigneusement procédé à une enquête concernant tous les services, nous déterminâmes le nombre et la qualité des servants que chacun de ces services devait exiger.

Cette enquête fut suivie d’une épuration dans les rangs du personnel conservé.

Les enfants trouvés, logés dans l’hospice à des titres divers, furent repartis dans les délégations, c’est-à-dire dans les communes rurales des départements voisins, surveillées par les employés, désignés sous le nom de délégués.

Les infirmeries des éïifants trouvés adultes de l’un et de l’autre sexe, qui étaient une cause permanente de graves abus, furent supprimées ; on ne conserva que deux salles suffisantes pour recevoir les enfants trouvés adultes, qui rentrent momentanément pour être replacés.

On dirigea sur l’hospice de l’Antiquaille les galeux , les teigneux, etc.

Par la sortie de ces diverses catégories d’individus, dont le nombre était de cent trente environ, plusieurs salles devinrent disponibles.

De cette réforme date le classement régulier des firères, des soeurs, et de toute la population de l’hospice, dont le tableau figure à la page 120.

Enfants trouvés. Tour. — Une autre réforme non moins considérable fut relative au service des enfants trouvés. Le régime nouveau, substitué à l’ancien, fut mis en vigueur le octobre 1843. En voici les bases essentielles :

1° Surveillance du tour, qui ne tarda pas à amener sa suppression: car les exposants qui y apportaient des enfants de tous les pays, nationaux ot étrangers, ne voulurent plus encourir des pour-

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suites et des recherches compromettantes. Les enfants furent présentés et reçus à bureau ouvert (1).

2° Suppression des messagers qui venaient chercher les enfants pour les porter aux nourrices des campagnes, cause d’abus de tout genre et de désordres inutiles à rappeler. Les nourrices vinrent elles-mêmes prendre à l’hospice les enfants confiés à leurs soins.

3° Institution des délégués chargés, d’adresser des nourrices à l’hospice, de les surveiller dans les campagnes, et de visiter trois fois par an, les enfants qui auparavant n’étaient visités qu’une fois par les frères envoyés en mission à cet effet.

4“ Payement des mois de nourrice fait sur les lieux par les percepteurs des communes où sont placés les enfants. Ce mode facile et prompt de payements remplaça celui qui se faisait à l’hospice d’une manière onéreuse pour les nourrices, souvent victimes des inexactitudes, pour ne pas dire plus, des messagers, et cause firéquente d’abus et de procès.

Quels ont été les résultats de ce nouveau système éprouvé déjà par une assez longue expérience ? Il est facile de les apprécier à l’aide du tableau suivant; il représente en chiffres moyens les divers

(1) Nous n’avons pas à examiner la question si controversée du tour, de ses avantages et de ses inconvénients ; elle est traitée à fond dans le savant ouvrage de MM. Terme etMoNFALCON , Histoire des Enfants trouvés. Lyon, 1840, grand in-8 . '

mouvements comparés du service des enfants pendant les huit années qui ont précédé le régime nouveau et pendant les huit années de son exercice.

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