‹ Considérations sur la salubrité de l’Hôtel-Dieu et de l’Hospice de la Charité de LyonChapitre 29 sur 35 · RÉSUMÉ ET CONCLUSION · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ ET CONCLUSION

Le service médical et chirurgical de nos hôpitaux est confié à des hommes éprouvés dans les luttes du concours. Leur mérite reconnu, leur réputation qui s’étend hien au-delà de notre cité, me dispensent d’insister sur leur éloge. D’ailleurs, nei’avonsnous pas dit, il est peu d’hôpitaux où l’exercice de l’art de guérir se produise avec autant de science et de conscience. Les grandes opérations se sont multipliées à l’Hôtel-Dieu et très souvent avec un bonheur que nous nous plaisons à reconnaître. Ce bienfait doit être attribué aux perfectionnements de la chirurgie, à l’invention des moyens anesthésiques, mais surtout à la meilleure organisation du service et aux divisions avantageuses qu’il a éprouvées par l’augmentation du personnel chirurgical. Dans le département de la médecine, des guérisons inespérées ont été obtenues grâce au progrès scientifique, au talent de nos médecins, et à leur dévouement de tous les jours.

A l’hospice de la Charité, plusieurs graves opérations, tentées dans le service obstétrical ainsi qu’à

l’hôpital des enfants, ont été souvent couronnées de succès, et le rôle important de la médecine, soit dans le traitement des maladies des enfants, soit dans les secours donnés à nos vieillards, s’est toujours maintenu à la hauteur de sa mission.

Cependant nous croyons avoir démontré que depuis environ quinze ans, si la mortalité a diminué d’une manière notable dans ces deux établissements hospitaliers, c’est surtout à l’introduction des agents de l’hygiène et à l’accroissement des conditions de la salubrité qu’on en est redevable. En effet, et nous pensons avoir le droit de le dire, la thérapeutique judicieusement employée guérit les individus; l’hygiène libéralement répandue sauve les masses (1).

(1) Les lois de l’hygiène, appliquées au régime des animaux, ne se montrent pas moins bienfaisantes. Il suffît, pour s’en assurer, de jeter un coup d’œil sur l’état actuel de la cavalerie française et du cheval de troupe. Par suite de diverses instructions émanant du ministère de la guerre (1840- 1844), la tenue des écuries et le régime sanitaire des chevaux ont éprouvé, depuis environ dix ans, des améliorations considérables.

Les chevaux n’avaient qu’un mètre d’espace, et sans être séparés entre eux par .des barres ; les plus vigoureux se couchaient et prenaient du repos aux dépens des plus faibles.

Aérées d’une manière insuffisante et par des ouvertures mal disposées, les écuries se trouvaient dans de mauvaises conditions. Les chevaux n’y respiraient qu’un air chaud, humide et vicié. Tous les matins , au réveil, des hommes de corvée

ET CONCLUSION

Tel est le corollaire des faits exposés dans cette revue statistique de nos deux hôpitaux. Il est satis-

relevaient la litière : én été , ils l’étendaient dans les cours ; en hiver, on la tassait au mUieu des écuries. Cette opération produisait des dégagements miasmatiques, tracassait les chevaux et leur causait des suppressions de transpiration , d’autant plus facilement que les fenêtres, fermées pendant la nuit, étaient brusquement ouvertes à l’heure de la corvée. Jamais, pendant les temps froids, on ne faisait usage de la couverture pour promener le cheval ou pour le faire boire, quoiqu’on le menât dehors à l’abreuvoir, par tous les temps et quelle que fût la température de l’eau.

Aujourd’hui les écuries contiennent moins de chevaux, elles sont beaucoup plus aérées, par lenombre et la disposition mieux entendue des portes et des fenêtres. Celles-ci étant assez élevées au-dessus du cheval, peuvent toujours s’ouvrir sans qu’il y ait à redouter l’action directe, et partant dangereuse , des courants d’air. Les croisées, rendues mobiles au moyen d’une charnière horizontale établie à la partie inférieure , s’ouvrent de haut en bas en se renversant et d’une manière graduée, ce qui permet de régler l’aération suivant les indications.

Au lieu d’un mètre , les chevaux ont Tin mètre quarante centimètres d’espacement, et sont séparés les uns des autres par des barres ou des bas-flancs. Ils peuvent tous se coucher.

La litière , au lieu d’être relevée chaque jour, est laissée en permanence pendant huit jours et sa partie supérieure est recouverte, autant que possible , par de la paille sèche , qui empêche les émanations et sert de couchage au cheval.

C’est ordinairement!le samedi, et pendant que les chevaux sont à la promenade, que se fait le nettoyage des écuries. Par ce procédé les chevaux ne sontplus tracassés tous les matins, ils peuvent se reposer pendant le jour, sans être exposés,

faisant, sans doute; mais il a de pressantes exigences: car il sollicite de nouveaux eflPorts, il impose

circonstance très essentielle , à l’action nuisible des vapeurs ammoniacales et putrides.

Les fenêtres des écuries restent toujours ouvertes, plus ou moins , d’après les saisons et l’état de la température. Cette disposition a lieu la nuit comme le jour, sous la surveillance du maréchal-des-logis de garde, qui fait des rondes fréquentes. Les portes, au contraire, doivent autant que possible être toujoùrs fermées, parce que les courants d’air qu’elles produiraient seraient à la hauteur des chevaux et les frapperaient directement.

Dans l’ancien système, les promenades se faisaient aux allures vives : c’était un véritable travail, et, à cause de cela même , on les renouvelait trop rarement ; les chevaux restaient quelquefois quatre ou cinq jours dans les écuries sans être promenés. Maintenant l’action et les effets de la promenade sont mieux compris : on n’a plus pour but, comme autrefois , de tenir le cheval en haleine, chose fort utUe sans doute, mais quiestproduite d’une manière bien plus opportime par les marches militaires et les manœuvres. On se propose simplement de placer le cheval dans un milieu différent de celui de son écurie, de le soumettre à l’influence d’un air pur et de le maintenir dans un état paisible. Aussi les promenades se font-elles chaque jour , pendant au moins deux heures, au pas et au trot modéré, de façon à faire rentrer à l’écurie les chevaux calmes et secs. En hiver ils sont, pendant la promenade, munis de la couverte.

Autrefois les pansages se faisaient dans toutes les saisons, aujourd’hui on les fait dans les écuries pendant l’hiver.

Dès que le temps est froid , les chevaux boivent dans les écuries , ce qui n’avait pas lieu autrefois ; et les tonnes sont remplies d’avance , afin que l’eau , coupée de son, quand le

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de nouveaux sacrifices, dans le but d’une augmentation de secours et d’un accroissement des conditions de salubrité dont l’action salutaire est constatée par des relevés statistiques irrécusables.

Achever les deux édifices hospitaliers afin de conquérir de l’espace et de sortir d’un état de gêne et d’encombrement signalés dans plusieurs parties de nos services ; .

Prémunir ceux-ci contre toutes les éventuabtés

cheval a travaillé , puisse prendre la température de l’air ambiant.

Les denrées alimentaires, devenues l’objet d’un contrôle plus sévère, sont de meilleure qualité.

Enfin, dans les écuries nouveau modèle, chaque cheval a sa mangeoire isolée , pour régler son régime et pour empêcher que le cheval le plus fort, le plus gros mangeur, ne prenne une partie de l’avoine de son voisin.

Quels ont été les résultats de ces grandes améliorations hygiéniques ? Précisément les mêmes parmi les chevaux, que ceux que nous avons obtenus parmi les hommes. L’application des mêmes principes a produit des effets identiques , c’est-à-dire une diminution étonnante dans la mortalité.

Ainsi notre cavalerie perdait autrefois annuellement, en chiffre moyen, cent à cent cinq chevaux sur mille ! Aujourd’hui la perte annuelle , et sur le même nombre , ne dépasse pas soixante.

Ces détails d’hippiatrique, d’un très grand intérêt, au point de vue de l’hygiène, ne méritaient-ils pas d’être rapprochés de l’objet essentiel de notre travail, par la conformité frappante des préceptes, de la pratique et des conséquènces ? N’est-il pas vrai de dire : L’hygiène sauve les masses !

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capables d’en déranger l’ordre régulier prescrit par

les règlements ;

Pourvoir à ces éventualités par des salles de rechange et d’en cas ;

Affranchir l’enceinte hospitalière des servitudes étrangères, qui empêchent le libre développement de nos moyens d’action hygiénique ;

Recouvrer, au profit des malades de la classe ouvrière, l’intégrité du terrain qui leur appartient;

Multiplier enfin, par la création d’un ou de deux petits hôpitaux supplémentaires, les secours actuellement insuffisants par rapport au mouvement progressif de la population :

Ce sont là des obligations qu’il serait superflu de vous rappeler.

Lorsque nous demandons que les édifices de la Charité et de l’Hôtel-Dieu reçoivent leur achèvement , lorsque nous exprimons le voeu que l’Ecole de médecine, institution universitaire, cesse d’occuper un corps de bâtiment impérieusement réclamé par les besoins du service des malades, nous n’ignorons pas les difficultés pécuniaires de fexécution; mais nous savons aussi que le moyen de les surmonter, c’est, suivant un mot célèbre, d’y penser toujours. La volonté persévérante dont vous avez déjà donné tant de preuves, Messieurs, nous est un sur garant de raccomplissement de nos voeux dans un avenir qui ne saurait être éloigné.

En terminant cette rapide esquisse, nous ne pouvons nous déféndre du vif sentiment de règrèt d’en

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avoir trop restreint le cadre. Nos deux autres établissements hospitaliers auraient dû y trouver également place.

L’hospice de l’Antiquaille méritait assurément d’y être mentionné d’une manière circonstanciée. Destiné au traitement de l’aliénation mentale, des maladies syphilitiques et cutanées, cet hospice, qui abrite 1,100 individus des deux sexes, a reçu de grandes améliorations au point de vue de l’hygiène et de la régularité des services. Elles sont dues à l’initiative incessante de l’administrateur de l’intérieur, M. Joly. Sous son intelligente direction, de nombreux travaux ont été exécutés avec un tel avantage, que plusieurs parties de l’hospice ont subi une complète transformation. La situation des malades en ressent déjà d’heureux effets, que nous voudrions pouvoir signaler. Plusieurs innovations projetées ou déjà en voie d’exécution, contribueront à rehausser l’importance de cet établissement si remarquable par sa bonne tenue.

L’hospice du Perron, ouvert, en 1844, dans l’ancien château de ce nom, situé à Oullins, ne contient encore que cent lits et doit en recevoir deux cents. Cet hospice, par son excellente position topographique et par l’organisation que lui ont donnée MM. les administrateurs Ferrez et de St-Didier, nous offi'e la justification la plus péremptoire des grands principes que nous préconisons dans ces pages, comme base essentielle de tout établissement hospitalier.

Au moment de sa formation on a pu prédire avec

certitude que cet hospice exercerait, sur les individus admis à y résider, une véritable influence thérapeutique plus puissante que celle des médicaments de la pharmacie.

Les faits ont justifié ce pronostic. Combien de fois n’avons-nous pas vu des malades de l’un et de l’autre sexe, infirmes, perclus, réputés incurables, recouvrer, après quelques mois de séjour dans cet asile, le mouvement et les forces dont ils étaient privés depuis plusieurs années! Ce retour à la vie était produit par l’habitation dans une riante campagne, loin du bruit et au milieu d’un air pur; par le contentement moral, les soins de propreté et une saine alimentation. Aussi le relevé statistique de cet hospice présente-t-il une mortalité si faible, que le renouvellement de son personnel s’opère très lentement. Chaqijie fois qu’on visite les incurables du Perron, ce n’est pas sans étonnement qu’on retrouve sous un aspect tout nouveau, les pauvres infirmes qui, au moment de leur admission, languissaient dans une sorte d’agonie voisine de la mort. Quel changement dans leur physionomie et leur attitude! quelle apparence de sérénité morale et de bien-être physique ! On a peine à les reconnaître.

En parcourant cette paisible solitude de l’hospice du Perron, en appréciant ses heureux effets, notre pensée se reporte sur les malades de l’Hôtel-Dieu qui se plaignent si souvent d’avoir leur repos et leur sommeil troublé par le bruit. Qu’il provienne du dehors, ou qu’il soit produit dans l’in-

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térieur des salles par les visites trop fréquentes et trop nombreuses du public, le bruit est parfois un danger réel, et toujours une grave incommodité : car on sait à quel point le calme et le sommeil sont utiles dans le traitement des maladies. Les fiévreux et les blessés, dont la sensibilité nerveuse est exaltée par la souffrance, ne réclament-ils pas avant tout la tranquillité morale et physique? Pour les préserver autant que possible de la cause perturbatrice dont nous parlons, il faudrait remplacer par le mac-adam le pavé du quai qui longe la façade de l’Hôtel-Dieu; il faudrait encore restreindre à deux jours, les visites du public qui ont lieu quatre jours par semaine. Ce sont là des améliorations qu’il serait facile de réaliser (1). Revenons.

Par la fondation d’un hospice d’incurables comme par celle de l’hôpital des enfants, l’Administration a donc fait une œuvre éminemment utile et

(1) La rue Impériale projetée, et dont l’exécution sera due à la persévérance hahile et infatigable de M. le conseiller d’Etat Vaïsse, exercera sur l’ïïôtel-Dieu une influence hygiénique très avantageuse ; les quartiers environnants seront assainis , une aération plus abondante sera répandue sur le promenoir, les cours et les corps de bâtiment de l’édifice du côté occidental. Se développant sur une largeur de vingt-deux mètres, cette grande voie de communication fort commode sera très fréquentée ; il en résultera une diminution sensible dans le nombre des voitures qui, le jour et la nuit, circulent sur le quai, tout près de la façade de l’Hôpital et nuisent évidemment au repos de nos malades..

rendu un nouveau service à la classe ouvrière. Les légitimes demandes d’admission qui vous sont adressées chaque jour, vous font assez comprendre combien il est désirable que cet asile des infirmités humaines prenne des proportions plus vastes et plus en rapport avec l’étendue des misères que vous avez tant à coeur de soulager. Espérons que la Providence, bénissant votre oeuvre, vous fournira des ressources inattendues, et que, à l’imitation de ces saintes filles connues sous le nom vénéré de Petites Sœurs des pauvres, vous pourrez bientôt recueillir, dans l’enceinte agrandie du Perron, cette foule de malheureux qui élèvent vers vous leurs mains défaillantes , et vous demandent le secours qu’ils trouvaient autrefois dans le produit de leur travail!

En présence des quatre hôpitaux et hospices confiés à votre garde vigilante, ce n’est pas, je le répète, sans un sentiment de regret que je parcours les pages de ce Mémoire; car je ne me suis occupé que de l’Hôtel-Dieu et de l’hospice de la Charité, et encore en me bornant à les envisager au seul point de vue de la salubrité, quoique ces deux établissements se recommandent à l’attention par tant d’autres titres.

Je n’ai rien dit des perfectionnements que vous avez apportés dans plusieurs parties du mécanisme administratif, par des mesures d’ordre et d’économie, ni des règlements relatifs aux concours de médecine et de chirurgie, qui désormais se renouvelleront périodiquement à des époques fixes; je

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n’ai pas parlé des règlements concernant les élèves internes et externes, le mode d’admission des malades , etc.

J’ai omis de mentionner les divers projets élaborés avec soin et qui avaient pour but : soit la création d’un vaste asile d’aliénés placé dans des conditions toutes nouvelles, conformément aux prescriptions de la science ; soit l’organisation plus large et plus complète du service médical consacré au traitement des maladies cutanées; soit enfin les dispositions que vous avez proposées à l’Autorité pour combattre avec plus d’efficacité, et au moyen de secours plus abondants, l’un des fléaux les plus terribles de la société : la syphilis.

Je sens donc l’insuffisance de mon travail. Heureux toutefois si les efforts que j’ai tentés en provoquent de plus puissants et d’une portée plus haute !

Pour présenter un riche tableau de vos actes, Messieurs, les matériaux ne manquent pas. Qu’une main plus habile sache les recueillir et les mettre en lumière, il en résultera une oeuvre complète, profitable non-seulement à vos successeurs, mais encore aux administrateurs étrangers à notre cité, qui vous consultent si souvent sur le bien que vous avez fait et qu’ils cherchent à reproduire.

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