‹ Considérations sur la salubrité de l’Hôtel-Dieu et de l’Hospice de la Charité de LyonChapitre 6 sur 35 · MALADES · texte numérisé non relu

MALADES

PÉRIODES

RESTANTS

et

ENTRÉS

MORTS

Première . .

Sur 100 malades traités, il en est mort.. 13.15 c.

Deuxième.

Suivant les proportions, la 2me période aurmt dû donner

Dans la 2“® période :

Malades traités en plus . . 34385

EUe n’a donné que . .

— morts en moins. . 311

Différence.

SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEÜ. 61

On remarque de prime-abord, dans l’une et l’autre, de ces périodes, certaines années où la mortalité plus forte provient de causes faciles à apprécier ; 1833, influence d’une constitution médicale mauvaise; 1834, continuation de cette influence, et de plus guerre civile dont les suites se font sentir pendant l’année suivante; grande inondation de 1840, conséquences immédiates et secondaires pendant les deux années suivantes; 1846 et surtout 1847, constitution médicale maligne, dont les efiets funestes sont mis en évidence à l’Hôtel-Dieu comme à l’hospice de la Charité; 1847, insuffisance des récoltes, cherté des blés, misère, maladies plus nombreuses et plus graves; 1848 et 1849, révolution de Février et son action désastreuse; 1851 et 1852, inondations répétées, etc.

En comparant ces deux périodes, ou est surtout frappé du grand nombre de malades traités en plus pendant les quinze dernières années. Leur excédant sur ceux des quinze premières années est de 3(t,385, et cependant le cbifire des décès présente en moins, d’une manière absolue, une diminution de 311.

Ce nombre d’admissions, infiniment plus grand, s’explique par le placement des malades de la classe ouvrière dans les salles antérieurement occupées par les militaires, et en outre par la création de nouvelles salles.

Pendant la première période, le séjour moyen des malades a varié de 19 à27 jours, et en définitive a été de 22.70. Pendant la seconde période, il s’est

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presque toujours maintenu à 24 jours, sauf deux années où il est descendu à 23 jours, et deux autres années où il s’est élevé à 26 jours, ce qui était le résultat des désordres sociaux de 1848 et 49 : somme toute, il a été pour les quinze dernières années de 24.68. Quelles sont les raisons de cette augmentation du séjour moyen, alors que la mortalité a éprouvé une si notable diminution ? Nous croyons expliquer cette diJBFérence en faisant observer que beaucoup de malades se trouvant dans de meilleures conditions, ont cherché à retarder le moment de leur sortie ; que les opérations chirurgicales se sont beaucoup multipliées depuis quinze ans sur des malades qu’on aurait immédiatement renvoyés sans entreprendre de les opérer; et qu’enfin beaucoup d’individus ayant été guéris de maladies auxquelles ils auraient succombé, ont dù nécessairement rester longtemps dans nos salles avant la terminaison d’une convalescence parfois difficile et lente.

Dans la première période, sur 197,669 malades, 26,114 sont morts.

Dans la seconde, le nombre des malades a été de 232,054, et celui des morts de 25,693.

C’est-à-dire que dans la première période il y a 1 décès sur 7.60 malades, et dans la deuxième 1 décès sur 9.03.

En d’autres termes, quand, dans, la première période, 100 malades donnent 13.15 morts; le même nombre de malades ne donne, dans la seconde, que 11.07 morts.

SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEü. 63

Enfin, suivant une règle de proportion, la seconde période aurait du présenter. . . 30,527 décès.

Elle n’en a donné que. . . . 25,693

C’est une différence de. . . . 4,834

Les nombreux travaux d’assainissement à peine terminés et qui ne datent, pour ainsi dire, que d’hier, n’ont pas encore produit dans le présent les effets salutaires que nous sommes en droit d’en attendre ; ceux-ci ne seront appréciables que dans le cours des années subséquentes.

Mais, en attendant, il est de toute évidence que voilà 4,834 malades arrachés à la mort et qui auraient inévitablement, fatalement succombé, s’ils n’avaient pas été placés dans un mibeu plus salubre et entourés de plus de chances de guérison.

A quoi peut-on attribuer ce beau et consolant résultat ? est-ce à une meilleure qualité du bouillon et des aliments ? est-ce à une meilleure préparation des médicaments? Mais il n’y a pas eu de changement appréciable dans les régimes culinaire et pharmaceutique. Serait-ce à des soins plus habilement prodigués aux malades de la part des médecins et des chirurgiens ? Ce n’est certes pas l’auteur de ce travail qui refusera un tribut d’estime et un sincère hommage à leur talent et à leur zèle. Que pendant ces quinze dernières années les progrès delà science se soient fait sentir à l’Hôtel-Dieu, que les bienfaits de l’art de guérir y aient été prodigués, nul ne le conteste. Toutefois n’est-il pas juste de reconnaître

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que les années précédentes n’ont pas été déshéritées de ces précieux secours, et qu’à toutes les époques on a pu, avec vérité, citer l’Hôtel-Dieu de Lyon comme étant un des hôpitaux où là médecine et la chirurgie sont exercées avec le plus de science et de conscience?

Force est donc d’attribuer cette satisfaisante augmentation des cures, cette notable diminution des décès à sa véritable cause, à l’accroissement des conditions de salubrité et à leur puissante influence sur la vie des hommes.

Ce succès est sans doute le plus beau que puisse ambitionner une administration hospitalière ; il ne doit pas nous étonner, car les travaux d’assainissement entrepris et poursuivis dans d’autres hôpitaux avaient dû nous servir d’enseignement.

C’est ainsi, par exemple, que l’Hôtel-Dieu de Paris voyait sa mortalité diminuer au fur et à mesure que l’air y pénétrait avec plus de liberté et d’abondance, par suite de la démobtion successive des hautes maisons dont il était entouré.

C’est ainsi qu’à l’Hôpital mihtaire de Lyon le nombre des guérisons s’est accru dans une proportion égale à l’augmentation de la ventilation et des autres bonnes conditions hygiéniques.

Les preuves, du reste, à l’appui de cette vérité sont tellement considérables et frappantes, qu’il serait superflu de s’y arrêter davantage. Hippocrate appelait l’air l’abment de la vie; disons plus : dans les hôpitaux, l’air, pour la masse des maladies, est

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le médicament par excellence; dans ces asiles de la douleur, la médecine rend encore plus de services en indiquant les améliorations hygiéniques nécessaires, qu’en distribuant des remèdes tirés de la pharmacie. Il est donc certain que l’espace, l’air, la lumière elle soleil que vous avez achetés, vous ne les avez pas payés trop cher. Rien n’est cher, en effet, quand il s’agit de bien faire et de sauver la vie des hommes. A quoi donc servirait l’argent s’il n’était pas employé à doter un hôpital, asile de tant d’infortunes, à le doter largement de son élément essentiel, la salubrité, qui allège les souffrances, multiplie les guérisons et conjure la mort !

L’Hôpital militaire dont nous venons de parler était environné de terrains occupés par des maisons formant obstacle à la circulation de l’air, à l’accès du soleü. Le Ministre de la guerre consacre 500,000 francs à l’acquisition de ces entours, pour y faire raser les maisons et planter des arbres. Cette dépense si généreuse et si féconde, puisqpi’elle a eu pour objet la conservation de la vie de nos soldats, n’a-t-elle pas excité une vive et unanime sympathie? C’est un tel exemple que vous avez heureusement suivi.

A propos de la mortalité, nous avons dû rechercher si elle éprouvait des variations sensibles provenant de l’influence des étages. Dans cet examen d’une grande importance, nous n’avons point fait entrer les observations relatives au mouvement des salles placées sous les combles, attendu qu’un

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travail spécial qui les concerne a été consigné dans mon rapport de 1846, et qu’il serait au moins superflu de le reproduire ici. Essayons d’éclaircir la question.

Lorsque pendant les temps de guerre ou d’épidémie la nécessité a fait transformer en hôpitaux temporaires des édifices très mal disposés pour cette destination, il a été de remarque constante que les étages supérieurs devenaient promptement pernicieux. En voici quelques exemples qui en résument beaucoup d’autres :

A Newport de Rhode-Island, sept temples de divers cultes, mais à peu près de même structure, avaient été convertis en hôpitaux pour les malades et les blessés de l’armée française (1780) ; le docteur Coste ( depuis premier médecin des armées et inspecteur général du service de santé) reconnut combien était funeste aux malades couchés dans les tribunes, l’action des vapeurs méphitiques s’élevant du sol de la nef. Ils mouraient en plus grand nombre que ceux placés au-dessous.

M. Villermé, membre de l’Institut, a constaté, pendant sa carrière de médecin militaire, les mêmes faits à l’hôpital d’Ulm en 1805, et à celui de Culm en 1807. Mais il exerçait alors au milieu d’hôpitaux improvisés et analogues à ceux de Nevi^port.

Cependant les hôpitaux les mieux conditionnés présentent-ils, quoique à un degré très afiaibli, des proportions différentes dans la mortalité suivant la

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différence des étages? L’opinion assez généralement admise répond par l’affirmative.

Le docteur Hunter, médecin de l’hôpital de Brown-Low-Street, avait observé que sur deux salles, l’une supérieure, l’autre inférieure, exactement de mêmes dimensions, à nombre égal de malades, et dans des circonstances absolument semblables , la mortalité avait été plus forte dans celle d’en haut, et qu’elle ne s’était remise au pair, suivant l’expression de Tenon, que lorsque le nombre des malades eut été diminué dans celle de l’étage supérieur.

Dans le rapport fait au Conseil général des hôpitaux de Paris, en 1816, par M. le marquis de Pastoret, on lit j page 23 : « La mortalité (de l’Hôtel- « Dieu) s’est toujours trouvée plus forte dans les « salles supérieures, là où des salles égales étaient « l’une sur l’autre. C’estune observation importante « à faire pour la construction des hôpitaux. »

Si l’expérience démontrait la certitude de cette assertion dans son inexorable rigueur, s’ensuivraitil que tous les étages supérieurs d’un hôpital devraient être abandonnés? Non, sans doute ; cela veut dire qu’ils réclament une surveillance attentive et des précautions particulières. « On augmente les dimensions d’une salle, dit le docteur Coste, en diminuant le nombre de ses malades. Cette opération est plus naturelle et moins coûteuse que le ridicule parti d’agrandir la salle supérieure, afin que, contenant autant de malades que celles du premier

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étage, l’air y soit plus abondant ( 1 ). » T elle est également l’opinion de M. Villermé. Ce savant médecin, dont les travaux de statistique font autorité, a bien voulu me donner sur ce point des explications verbales. «On ne saurait inférer, disait-il, de mes observations recueillies au milieu de circonstances extraordinaires et tout-à-fait exceptionnelles, des principes exagérés qui n’ont jamais été dans ma pensée. »

Ainsi donc, loin de frapper d’anathème les étages supérieurs, M. Villermé les admet comme nécessaires et exempts de reproche dans un hôpitalbien ordonné et dirigé suivant les lois de l’hygiène. Cependant on continue à répéter sur parole, que dans la plupart des hôpitaux à plusieurs étages la mortalité est, toutes choses égales d’ailleurs, plus grande dans les étages du haut que dans les autres (2).

Sans vouloir combattre cette proposition trop absolue par les dénégations explicites de beaucoup de médecins et d’administrateurs, qui ne la trouvent point justifiée dans les nombreux hôpitaux que j’ai récemment visités soit à Paris, soit dans les départements, j’ai abordé, libre de toute idée préconçue, l’étude comparative des mouvements de nos salles de l’Hôtel-Dieu de Lyon, excepté les salles étabhes sous les combles, et cela parles motifs déjà exposés.

(1) CosTE, premier médecin des armées, art. Hôpital,' Dîct. des Sciences médicales, t. xxi, page 444..

(2) M. Michel Lévy, Traité d'hygiénepublique et privée , t. n, page 614. — 2 vol. in-S, 1850.

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Déterminer exactement, dans un grand hôpital, toutes les causes de la mortalité, constater l’influence bonne ou mauvaise que peuvent exercer sur la vie -des malades les difterentes salles, par le seul fait de leur situation à des étages differents , c’est une entreprise fort difficile et même souvent impossible. En effet, pour que ces recbercbes donnent des résultats d’une valeur réelle, n’exigent-elles pas une réunion de circonstances assez rare? ne faut-il pas que les salles qu’on se propose de comparer, par rapport à leur mouvement et à leur mortalité, offeent entre elles une parfaite simibtude, hormis sur un point,la différence de l’étage ? Eh bien! les éléments nécessaires à la solution du problème sont à notre disposition, tâchons d’en faire sortir la vérité.

A l’Hôtel-Dieu de Lyon, les femmes atteintes de maladies aiguës et chroniques sont réparties, sans aucune distinction, sans aucun triage, dans deux divisions principales, l’une au premier étage, l’antre au second. Elles y sont traitées par des médecins de la même école, ayant une pratique analogue et dignes également de la confiance dont ils sont investis.

La première division se compose des salles dites des Quatre-Rangs, disposées en forme de croix et s’ouvrant^ nous l’avons dit, par de larges arcades dans le vestibule spacieux du petit dôme, moyen efficace d’assainissement.

Ces salles, parfaitement aérées par des ventila-

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teurs, par de hautes fenêtres opposées et par les trappes établies dans toute la longueur du plafond, contiennent 28, 52,54 et 55 lits, en tout 189 lits. Ce sont donc de petites salles, telles que les demandent les auteurs modernes. Sises au premier étage, donnant de chaque côté sur des cours dont l’air est sans cesse renouvelé, ces quatre salles reposent sur les voûtes des galeries du rez-de-chaussée, ainsi que sur les bureaux de l’économat, les archives, la salle du Conseil, la pharmacie, etc. C’est dire assez qu’elles ne peuvent être exposées à l’action d’aucune émanation délétère provenant de l’extérieur.

Quant à la seconde division, elle est comprise tout entière dans une seule pièce, de la contenance de 120 lits, réduits aujourd’hui à 116: c’est la salle St-Charles. Exposée au levant et au couchant , percée de nombreuses fenêtres opposées, munie de ventilateurs, cette salle est claire, d’un bel aspect, et nous la tenons pour très salubre. Cependant, si l’on s’en rapporte aux idées théoriques dominantes de nos jours, la salle St-Charles doit être fort dédaignée, bien plus, doit être formellement condamnée, par la raison qu’elle abrite un trop grand nombre de malades, et qu’enfin elle est une de ces grandes salles qui, dit-on, heurtent les principes de l’hygiène. Elle doit encourir un autre reproche, motivé par sa situation au deuxième étage où elle est superposée à la salle St-Sacerdos, toujours occupée par 118 blessés. N’est-il pas admis que les miasmes qui se dégagent par les fenêtres du pre-

SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEU. 71

mier étage, doivent monter dans l’étage supérieur, et y porter nécessairement des germes morbifiques? Voilà, du moins, ce que répètent les livres d’une manière absolue. Après de nombreuses recbercbes et des calculs assez multipliés, nous avons pensé que le tableau suivant ne serait pas dénué d’intérêt.

SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEU.

HouTement et mortalité dans les pendant nne période de 9 ans

Premier étage, 189 Uts.

ENTREES

MORTES

Première salle , 28 lits.

Deuxième salle, 54 lits.

Troisième salle , 55 lits.

Quatrième salle, 52 lits.

Salle St-Charles, 416 üts.

ÎSTRÉES.

MORTES

Salles des Ir®», 2 “eSj gmes et 4 “es femmes. 49183 5229

Salle St-Charles

SALUBRITÉ DE L’hÔTEL-DIEU.

galles des Vemmes fiéTrenses, fle 48-44 à 48SS.

MORTAUTÉ.

MORTALITE PAR °/o.

SÉJOUR HOTEN.

lsar.5.70

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