I. — Statistique
§ — Accidents de gymnastique
Les documents sur le sujet étaient rares, en France tout au moins. En dehors de la statistique des accidents survenus lors de la XX« Fête fédérale française à Lyon, en 1894, publiée très en détail par M. le professeur agrégé Sabatier (^), nous n’avons trouvé que fort peu de choses. Nous avons dû recourir à l’amabilité des directeurs du service médical des différents concours de gymnastique organisés de mars à septembre 1896, en France et à l’étranger (*). Nous les remercions publiquement de l’obligeance avec laquelle ils ont bien voulu remplir nos bulletins statistiques. Malgré cela nous n’aurions eu qu’un nombre fort restreint d’accidents si la Société suisse de secours aux gymnastes blessés la Schweizerischer Hülfsverein fur
(1) D’’ Sabatier, in Lyon médical. Juin, 1894.
(2) MM. les Df» Besson, de Bourges (G. de Moulins) ; Bouton, XXII® Fête fédérale (Alger) ; Pétavel, Steinhauslin (C. du Locle, Suisse) ; G. Regmann (Fête cantonale, Genève) ; Raoult (G. d’Epinal) ; Rebillaud (C. lléricourt).
verunglückte Turner n’avait mis à notre disposition des matériaux importants qui de 71 ont porté à 138 le nombre des accidents observés, augmentant ainsi largement notre champ d’étude. Nous envisagerons séparément les accidents survenus dans les concours (agglomérations temporaires de gymnastes) et ceux observés durant une année dans les sections suisses faisant partie de la Société de secours.
Concours
Nous présentons, dans le tableau ci-dessous, l’ensemble des accidents survenus dans les concours avec indication du pourcentage par rapport au nombre des participants.
Lyon (1) 1894 sur 2.100 gymnastes 47 accidents
soit 2,23 0/0
Breslau —
Alger 1896
Liège —
Moulins.. —
Genève... —
Héricourt —
Epinal.... —
Le Locle. —
Au total 74 accidents relevant de la gymnastique sur 19,272
participants, soit 0,383 0/0. Les affections médicales, au nombre de 125 (Lyon 20, Breslau 100, Genève 6) n’entrent pas
(1) Malgré ce pourcentage élevé, la Fêle fédérale de Lyon n’a été attristée par aucun accident pénible : le plus grave, une luxation du coude en arrière, est du à une cause toute fortuite. Ce chiffre élevé provient sans doute du sérieux qui a présidé à la comptabilité du registre des entrées à l’ambulance. Peut-être alors faut-il l’attribuer à l’excès de sollicitude qu’ont pu avoir pour une écorchure ou une ampoule insignifiantes quelques gymnastes douillets.
dans ce tableau ; sauf 5 cas de crampes musculaires observées à Lyon, elles consistent surtout on migraines et insolations à divers degrés. A Breslau, en particulier, durant les dix journées de la Fête fédérale allemande, 50 gymnastes ont été reçus à l’ambulance pour coup de soleil (Sonnenstich), 25 pour coup d’écbauffement (Hitzschlag), 25 n’ont présenté que des symptômes insignifiants d’insolation.
Sans nier l’inflnont'e considéral)le de l’état d’activité mnscnlaire, comme cause prédisposante de l’insolation, nous pensons rpi’en l’espèce la gymnastique ne doit pas être trop incriminée. [/im])ortance dn cliinVe des spectateurs admis à rambnlance pour insolation (GOG sur 130. 000) montre l)i('ii (pie la. température tr(‘S élevée de ces dix journées de juillet (15 25) et l’encom-
brement doivent surtout être mis en cause.
Dn reste en comprenant dans la statistique ces 125 cas médicaux, ce qui porte le chiffre des entrées à l’ambnlance à 199, en chiffres ronds 200, on arrive sur nn ensemble de 19,272, en chiffres ronds 20,000, au chiffre d’nn accident pour 100 gymnastes.
Quant aux traumatismes ils se décomposent de la manière suivante :
Contusions,
Entorses graves,
Blessures,
Luxations,
Déchirures,
Fractures,
Entorses légères.
Divers,
Ce chiffre de 1 accident pour 100 gymnastes est relativement peu important. On objectera qu’ayant rapport aux concours qui ne durent que deux ou trois jours, cela n’est pas surprenant. Nous ferons observer
que l’intensité des efforts déployés à cette occasion par le gymnaste, et la témérité dont il fait preuve parfois au cours de ses exercices, augmentent dans une certaine mesure les chances d’accident que le peu de durée des séances auraient tendance à diminuer. Au reste la statistique suisse dont le pourcentage est plus élevé, il est vrai, ne saurait être passible du même reproche.
2® SociKTK Suisse de secours aux gymnastes blessés
La statistique porte sur les accidents observés de juin 1895 à juillet 189G sur les 7314 gymnastes des 35G sections associées à la « Hulfsverein », tant à l’occasion des concours cantonaux, qu’au cours des séances régulières du gymnase (quatre par semaine de deux heures chacune environ) :
Contusions,
Entorses graves.
Blessures,
Luxations,
Déchirures,
Fractures,
Entorses légères.
Divers,
En tout 3G5 accidents, c’est-à-dire un environ par société, exactement 4,98 pour cent gymnastes, 5 si l’on tient compte de quelques demandes de secours non accordés.
Ce chiffre de 5 0/0 ne doit pas trop surprendre, étant donné le nombre des séances. Il surprendra moins encore, lorsqu’en étudiant l’étiologie nous verrons la cause principale des accidents, en Suisse.
§ 2. — Autres formes de l’exercice
Foot-ball. — Le dépouillement de tous les accidents de foot-ball signalés dans « The Lancet » pendant les
trois années 1893, 1894, 1895 nous adonné les résultats suivants :
Total
Entorses,
Luxations.
Fractures,
Accidents mortels.
Divers,
Total
Ce résultat brutal de 251 accidents dont 39 mortels, sans indication du nombre des participants ne peut manquer de frapper l’esprit. Il doit frapper davantage encore, si l’on tient compte que de l’aveu même des rédacteurs de The Lancet, les notes consacrées par eux de semaine en semaine à Taccidentalité du foot-ball, ne représentent qu’une bien minime fraction de tous les accidents survenus.
Équitation. — Nos recherches ont porté sur les accidents dont nos camarades de l’Ecole du Service de Santé militaire ont été victimes pendant l’année 1895-1896.
Les 25 accidents survenus se répartissent en ; contusions 5, plaies contuses 4, entorses 2, luxations 4, fractures 3, ruptures musculaires 2, divers 5. Le nombre de nos camarades ayant suivi les leçons étant de 200 (dont 60, deux heures et 140 une heure par semaine) le pourcentage des accidents a donc été de 12,50.
Bicyclette^ Canotage, Natation, Escrime. — Nous avons réuni ces quatre formes de l’exercice, parce qu’il nous était difficile de présenter une statistique des accidents occasionnés par elles. Mais chacun sait corn-»
bi(Mi ils sont fréquents. Il ne se passe pas de jour pendant la belle saison, quand l’eau invite au bain et à la promenade en canot, où les journaux quotidiens n’aient à enregistrer quelque noyade (les bains froids entrent pour 205^ cas sur un chiffre total deS945 morts violentes en Angleterre en d895). Il n’est pas rare non plus qu’ils rapportent la terminaison funeste d’un assaut d’armes joyeusement commencé. Pour ce qui est de la bicyclette, il ne saurait être question de mettre en doute qu’elle soit l’occasion de traumatismes aussi nombreux que variés. Pour n’en citer qu’un exemple, la fracture de la clavicule est bien plus fréquente de nos jours qu’autrefois; le docteur Dagron (1) n’hésite pas à attribuer ce fait au développement croissant du cyclisme.
Les statistiques qui précèdent ne sont évidemment pas comparables entre elles et nous ne les aurions pas rapportées si elles ne devaient nous être utiles dans la seconde partie de ce travail. Il nous aurait donc été impossible de savoir à quoi nous en tenir, en chiffres bien entendu, sur la valeur comparée de la gymnastique et des sports, si l’Académie militaire de West-Point (Amérique) n’avait tranché la question. De ses rapports publiés en 1894 et 1895 sur le nombre des accidents et leur fréquence proportionnée au nombre des hommes se livrant aux différentes formes de l’exercice : foot-ball, équitation, gymnastique, nous extrayons ce qui suit :
(1) Dagron. — In Revue de chir, pratique, août 1896.
Rapport de i894 (1). — Sur 34 hommes se livrant au football, il y eut 5i accidents entraînant une incapacité de travail de 277 jours. Sur 184 hommes fréquentant le manège, il n‘y eut que 17 accidents entraînant une perte de 57 jours et sur les lOG hommes travaillant au gymnase, il y eut que 9 accidents ayant entraîné 11 jours d’exemption de service. Non seulement les accidents de foot-ball furent les plus nornbiviix, mais encore les plus sérieux, la durée de l’incapacité de travail ayant été par accident, de 5 j., 01 pour le foot-ball, de 3,04 pour l'équitation, de 1,02 enfin pour la gymnastique.
(^uant à la durée do l’incapacité de travail par homme engagé, elle a été de 8,01 pour le foot-ball, de 0,31 pour l’équitation, de 0,15 pour la gymnastique.
Le rapport de 1895 0 est encore plus instructif. Il relate les accidents survenus, d’après les observations d’hôpital pendant deux périodes de trois mois chacune :
« Foot-ball 91 accidents. K<[uitation 45. Gymnastique 19. Comparaison inexacte, car il n’y avait que G1 joueurs de football, contre 382 cavaliers et 207 gymnastes. En outre le football ne fut joué qu’une fois par semaine, tandis que les exercices d’équitation et de gymnase eurent lieu respectivement 3 fois et 6 fois par semaine. »
Ces résultats plaident éloquemment contre le football et font ressortir notamment : que les chances d'accident sont dix-huit fois plus grandes si on joue au foot-ball <iue si on monte à cheval, et vingt fns plus que si on fait de la gymnastique.
(1) «The unnecessary dangers of foot-ball » in llrit. med. journ., 15 septembre 1891.
(2) « Athletics and casiialties. in « The Lancet ». 18 mai 1895.
Nous avons tenu à rapporter ces documents, car ils constituent la première contribution sérieuse sur la question, les observations portant sur une meme catégorie d’individus, appartenant à un même établissement. Ainsi donc la gymnastique est moins dangereuse que l’équilatioii, moins dangereuse aussi que le foot-ball. La seconde partie de ce chapitre va nous en montrer les raisons.