DANS LES ARTS DU DESSIN
Personne ne peut ignorer que dans la nature l'aspect d'un corps quelconque ne présente point de traces de contours. La limite seule des formes^ en les séparant de l'espace qui les environne^ en détermine la réalité matérielle.
Pour le statuaire il n'existe pas de tracés de contours ; pour le peintre^ au contraire^ le contour est d'une importance extrême. La peinture étant une fiction d'optique^, c'est par le
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prestige des apparences perspeccives que le dessin fixe sur une surface plane la forme des corps.
De la détermination des lignes gracieusement ondulées, ou d'une fierté virile, selon le caractère spécial du sujet, il peut résulter une beauté saisissante de l'objet représenté.
Les peintres de l'antiquité considéraient avec raison l'excellence du contour comme la base essentielle des beautés de leurs chefs-d'œuvre. Apelles ne laissait passer aucun jour sans tracer quelques contours. Pline ajoute à ce sujet le récit de la rencontre d'Apelles & de Protogéne, &, dans la lutte de leur talent, admire la victoire d'Apelles qui, selon lui, était parvenu à tracer des lignes d'une ténuité encore plus déliée que ne l'avait pu faire son rival. Il est évident que loin de se préoccuper d'un concours aussi puéril, ces deux grands artistes avaient en vue la suprême perfection de la beauté des formes d'une figure, sans doute de quelque nymphe ou autre déité; peut-être même Apelles avait-il en cette occasion dessiné de
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souvenir son admirable Vénus Anadyomene , tableau qui se voyait à Rome du temps de Néron^ ainsi que celui où se trouvaient les contours tracés par les deux illustres émules. Les vases peints^ vulgairement appelés vases étrusques^ sont une preuve de la surprenante habileté de ces peintres improvisateurs, & ces peintures^, quoique réduites au seul délinéament des formes, montrent la sûreté de main, la justesse de coup d'œil & le sentiment général, à cette époque de beauté de grand style.
Cette perfection du contour, si précieuse chez les maîtres de l'art grec, nous la retrouvons dans leurs successeurs aux époques modernes.
De Giotto, l'illustre fondateur de la grande école italienne, jusqu'à Raphaël qui l'a portée à son apogée, le culte constant du contour se remarque dans les efforts de plusieurs générations d'artistes. En Allemagne Albrecht Durer, stimulé par les gravures de Marc-Antoine, cet habile traducteur de Raphaël , donne
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à l'école allemande l'exemple de l'excellence du contour.
Signalons aussi le surprenant talent du célèbre artiste anglais Flaxman^ qui sut^ par l'unique secours du contour^ être l'éloquent interprète d'Homère & des grands tragiques grecs.
En France^ vers la fin du siècle dernier, l'abandon des hautes aspirations de l'art avait fait notablement déchoir l'école française, lorsque David, par l'exemple de ses œuvres, régénéra la peinture en y faisant revivre le goût de l'art antique. C'est dire assez qu'à cette époque la correction, le goût, l'élévation du style, caractérisèrent les mérites du contour. Parmi les illustres disciples de David se distingue l'auteur de V Apothéose d'Homère. Dès ses débuts, M. Ingres a marqué sa constante recherche de la perfection du contour ; & dans tous les chefs-d'œuvre qu'il a produits, & qu'il produit encore, on admire toujours la plus haute expression & l'excellence de la beauté suprême du dessin. N'est-ce pas lui qui a dit ce mot profondément juste &
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vrai : « Le dessin est la probité de la peinture? ))
Si nous insistons sur les éminentes qualités du contour^, c'est-à-dire du génie du dessin, c'est dans l'appréhension de voir l'art français dévier de la voie constamment suivie par les maîtres. Les prestigieux effets de lumière, l'habileté de la touche, une certaine négligence^ presque l'abandon des sévères leçons que présentent les chefs-d'œuvre, entraînent quelques artistes à ne plus guère se préoccuper que du charme du premier aspect : dangereuses tendances dont il faut redouter les funestes effets.