INTRODUCTION
Le sujet dont nous abordons l'étude a acquis une importance de tout premier ordre dans ces vingt dernières années et l'on a beaucoup écrit sur l’adénopathie trachéo-bronchique tuberculeuse de l'enfant.
On a, en effet, appris à considérer l’adénopathie trachéo-bronchique comme une tuberculose latente, qui constitue, au sein de l'organisme infantile, une sorte de, réserve bacillaire, les ganglions contenant toujours, si enkystés soient-ils, une réserve de bacilles de Koch capable de tuberculiser le cobaye : c'est là le reliquat d'une primo-infection bacillaire.
Le Professeur Grancher disait, à très juste titre, que si l'on pouvait dépister la tuberculose incipiens chez le jeune, chez l'écolier, et traiter les sujets comme il convient, On aurait une chance de préserver au moins une grande part d’entre eux du mal qui les guette. — En 1906, à propos de l'assistance préventive de l'enfance, il proposait au Conseil municipal le placement familial, et, répon-
dant à l'objection qui lui était faite de la contamination
RES Rue.
possible, à un moment donné, de la famille nourricière, il écrivait : « Pour ce motif, (contamination possible) et aussi pour assurer un traitement meilleur, mes collaborateurs et moi nous préférons une seconde méthode, qu'on pourrait essayer pendant quelques années, sur un petit nombre d'enfants. On l'étendrait ensuite, si les résultats étaient favorables. Les enfants reconnus malades seraient placés à la campagne, dans un sanatorium-école, où ils continueraient leurs études, sous la surveillance étroite d'un médecin. Celui-ci, véritable médecin de sanatorium, réglerait non seulement l’aération et l'alimentation nécessaires à la cure, mais aussi les heures de travail, de récréation, de gymnastique, etc.
« Dans deux ou trois ans, nous saurions à quoi nous en tenir sur les effets produits.
« Deux écoles suburbaines, une de garçons, une de filles, suffiraient pour cet essai.
.« On les appellerait, si l'on veut, écoles de plein AL ACET)
Grancher prévoyait donc déjà l'importance de la méthode, qu'il a fallu la guerre pour organiser. C'est bien en effet sur le diagnostic précoce et précis de l'adénopathie bacillaire de l'enfant (Grancher la méconnaissait et ne parlait que de tuberculose ganglio-pulmonaire) que repose toute la lutte antituberculeuse de cet âge; diagnosüc qui, s’il est fait à temps, permet d'instituer une thérapeutique appropriée et de placer les jeunes sujets atteints en préventorium, mesure dont les résultats cliniques et SOCIaux sont si convainquants et indiscutables.
En effet, ce foyer latent de tuberculose peut rester
enkysté, mais il peut aussi être le point de départ d'enibolies microbiennes ou d'une propagation de voisinage, qui sont à l'origine d'une nouvelle poussée évolutive de tuberculose, secondo-infection autogène.
L'expérience apprend toutefois qu'un grand nombre d'enfants, considérés comme porteurs d'adénopathie trachéo-bronchique tuberculeuse, sont porteurs d’adénopathie trachéo-bronchique d'autre cause : ils ont une cutiréaction négative, et seule la cuti-réaction (ou les autres méthodes biologiques) peut nous révéler la nature tuberculeuse de l’adénopathie, en l’état actuel de nos connaissances.
Faut-il, pour cela, priver des bénéfices si évidents du préventorium les enfants porteurs d'adénopathie trachéobronchique qui n’ont pas présenté de cuti-réaction positive ? Ce sont des enfants pâles, malingres, retardés dans leur développement, à naso-pharynx souvent encombré : ce sont des enfants en état de réceptivité pour la tuberculose. Ils doivent, bien au contraire, profiter du préventorium, puisqu'éminemment tuberculisables, à cause de leur lamentable état général, et tout prêts qu'ils sont à faire une primo-infection grave et rapidement évolutive.
D'autre part, beaucoup d'enfants porteurs d'adénopathie trachéo-bronchique reconnue tuberculeuse, ont un état général remarquable. IIs ont des cuti-réactions extrèêmement positives ; ils ont organisé leur défense d’une façon parfaitement solide et sont en état d’anergie complète. — En poussant le raisonnement à l'absurde, on pourrait aller jusqu'à dire que sont spécialement indiqués
pour le préventorium les enfants qui, ayant un mauvais
état général, ont et ont loujours eu une cuti-réaction négative, et qu'on peut craindre chez eux une primo-infection rapidement grave. Ceci reviendrait à dire que le préven-
torium est surtout destiné aux enfants non encore tuber-
Une autre catégorie d'enfants pour lesquels le préventorium serait formellement indiqué sont ceux qui, ayant eu une cuti-réaction positive, ont, après une maladie infectieuse, comme la rougeole ou la coqueluche, une cutiréaction négative : ils sont en état d’anergie et courent donc les plus grands risques de se contaminer et de laisser se développer en eux une tuberculose de secondoinfection autogène ou exogène. Cette tuberculisation secondaire peut également être favorisée par toute cause de déchéance organique, et, en particulier, dans les cas d'insuffisance alimentaire ou de carence alimentaire (Mouriquand).
C'est pourquoi nous ne pouvons pas suivre le Docteur Fergus Hewat, d'Edimbourg, dans les conclusions qu'il émit à Bruxelles, en juillet 1922, à la troisième conférence internationale de l'Union internationale contre la tuberculose. [1 considère, en effet, « les individus qui, au moyen de l'épreuve à la tuberculine, donnent un témoigage positif d'infection, comme étant seuls atteints de tuberculose, à un degré si minime qu'au point de vue clinique l'infection peut être négligée momentanément », el il les regarde comme seuls justiciables de la cure en préventorium.
En n'envoyant au préventorium que les seuls enfants
porteurs d’une ecuti-réaction positive, on risque de priver