‹ Considérations sur le progrès et la classification des sociétésChapitre 3 sur 3 · FOURIER, SA VIE ET SA THÉORIE · texte numérisé non relu

FOURIER, SA VIE ET SA THÉORIE

Ouvrage présenté à la Société d'Anthropologie dans la séance du 8 mars 487$.

Messieurs, en vous offrant un ouvrage qui peut sembler au premier abord ne rentrer aucunement dans le cadre de vos travaux habituels, j'ai besoin que vous me permettiez d'expliquer, de justifier en quelque sorte cette présentation. Il me faut pour cela signaler quelques-uns des rapports qui existent entre Tordre de faits abordés dans mon livre et l'anthropologie elle-même.

Ces faits ont trait surtout à la sociabilité ; mais personne assurément ne contestera que les phénomènes sociaux où l'homme est l'agent et aussi le patient, que ces phénomènes, dis-je, n'aient des afférences et une connexité réelles avec l'anthropologie considérée largement et quant à son objectif pratique, qui est le bien, le perfectionnement de notre espèce.

L'ouvrage comprend deux parties : l'une biographique, l'autre théorique.

Dans la première est racontée la vie d'un homme mis, par Béranger, au rang de ces fous qu'il chanta et qu'il caractérise en disant d'eux :

Si demain, oubliant d'éclore,

Le jour manquait; eh bien, demain,

Quelque fou trouverait encore

Un flambeau pour le genre humain.

Est-ce un flambeau que celui-ci alluma, ou n'est-ce qu'une lueur trompeuse, une sorte de feu follet destiné à s'éteindre bientôt sans exercer aucune influence sur la carrière sociale de l'humanité ?

i 1 vol. în-18, par le docteur Cb. Pellarin. 5«édit., Pari?, Dentu, Palais-Royal, galerie d'Orléans, 17 et 19.

Quelque opinion qu'on adopte à cet égard, toujours est-il qu'il s'agit d'un homme qui ne fut pas coulé dans le moule du vulgaire : personnage assez étrange, en effet, pour qu'un de nos collègues, aliéniste distingué, dans un ouvrage ayant pour but d'établir la donnée, suivant moi paradoxale, de l'affinité, de la contiguïté du génie et de la folie, l'ait pris pour type de cet état mental. A ceux qui voudraient étudier le cas de Fourier sous ce rapport, je fournis des éléments d'appréciation, des renseignements précis, détaillés.

Partageât-on d'ailleurs sur le compte de Fourier la manière de voir de M. Moreau (de Tours), que ce ne serait pas, d'après le système de notre savant collègue, un motif de repousser en bloc et sans examen les idées produites par ce cerveau, qui aurait hébergé à la fois l'insanité et la plus haute raison, la raison portée à ce degré qui constitue le génie.

Un mot donc sur l'œuvre de Fourier.

Cette œuvre, messieurs, consiste essentiellement dans l'application du principe de la série à l'étude des phénomènes sociaux, et par suite à l'agencement des forces qui produisent ces phénomènes, ainsi que des matériaux surlesquels elles s'exercent. La série, dont l'emploi s'est montré si fécond dans les sciences naturelles pour la classification des êtres d'après leurs analogies et leurs différences, la série fera seule aussi la lumière dans le chaos de notions confuses qui ont régné jusqu'à présent sur les formes des sociétés humaines et sur les caractères propres de chacune d'elles. J'ajoute que seule enfin la disposition sériaire, appliquée à l'organisation sociale elle-même, y pourra fonder Tordre, l'harmonie, la justice en procurant le développement intégral et l'emploi utile des facultés de tous les membres de la famille humaine pour le plus grand bien de l'individu et de la collectivité.

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