SUR PIE IX, ADRESSÉE DE ROME PAR LE R. P. LACORDAIRE A UN AMI EN
« J’ai revu Rome , j’ai vu Pie IX. Vous me demandez ce que je pense de lui , de ses réformes , de ses adversaires et de ses partisans ; je ne demande pas mieux que de vous satisfaire , ayant la vieille habitude de vous confier mes pensées , toutes les fois que le bon Dieu m’en donne l’occasion.
» Pie IX est la bonté , la douceur, la sincérité, la simplicité , le calme en personne. C’est, de plus, une âme ferme. Au milieu de ce déluge de conseils et de prédictions , le Pape parait serein et sur de lui-même; il compte sur Dieu et sur son peuple, peuple droit, hounête, sincère, profondément attaché à la religion, et qui donne en ce moment au monde entier le spectacle persévérant d’une docilité virile, d'une reconnaissance pieuse et sans tache , d un admirable discernement de ses vrais intérêts.
» La papauté était entre deux abimes : l’Autriche et le radicalisme italien. Pie IX a regardé à droite et à gauche ; il a trouvé dans son cœur et dans sa foi une route entre les deux écueils. Il a voulu de son propre mou vement , et avec une invincible sincérité , correspondre aux besoins de son peuple ; et seul , sans appuis diplomatiques , il a rencontré dans les entrailles même de ses enfants toute la force qu’il lui fallait pour leur faire du bien.
» L’accord entre le peuple et le souverain est à son comble.
Rien ne peut peindre Rome en ce moment. C’est une fête qui dure depuis dix-huit mois, fête religieuse et nationale tout ensemble , où tous les sentimeuts les plus chers à l’homme ont leur place, leur expression , leur élan, leur silence. Pour moi, je ne puis croire à une triste issue d’un si beau mouvement :
Dieu est là. Toute l’Italie , avec des nuances , est sous le même charme ; Pie IX règne d’un bout à l’autre de la Péninsule.
Ces clioses-là ne sont pas de l’homme tout seul. Jésus-Christ a voulu montrer une fois ce qu’est une révolution chrétienne , et il ne pouvait donner aux nations et aux rois un plus- salutaire exemple. » II. -D. Lacordaire. »