‹ Considérations Sur Le Traitement Général De La Phthisie PulmonaireChapitre 12 sur 27 · I. — CONSIDÉRATIONS SUR LES MILIEUX · texte numérisé non relu

I. — CONSIDÉRATIONS SUR LES MILIEUX

L’air est un véritable aliment indispensable à la vie aussi bien que Veau et le pain. Les anciens le nommaient justement le pabulum vitæ. C’est l’agent actif de la nutrition par l'oxygène qu'il fournit au

globule sanguin. Il constitue le milieu ambiant où nous vivons. Nous avons vu précédemment que l'air vicié est une cause prédisposante de la tuberculose pulmonaire. La phtisie est fréquente et à marche rapide partout où il y a de grandes agglomérations humaines. Les causes qui contribuent le plus à l’altération de l'air sont l’insuffisance d'oxygène, l’augmentation de l'acide carbonique, l'élévation de la température. On a un exemple d’air vicié, confiné dans les salles de spectacle, surtout dans celles éclairées au gaz. Un exemple plus simple est celui de l’air d’une chambre sans cheminée où une personne a passé la nuit. Si le matin on pénètre dans cette chambre avant que la fenêtre ait été ouverte, on a l'impression d’une chaleur écœurante et d’une odeur fade particulière.

D’après Brown-Séquard et d'Arsonval, la surface du poumon exhale des produits organiques toxiques. En injectant dans les tissus le liquide où ont été condensés ces produits, on provoque chez les animaux des accidents analogues à ceux déterminés par les ptomaïnes. Les microbes saprophytes pullulent dans l'air confiné comme dans un

ho bouillon de culture. Une aération abondante peut seule neutraliser l'influence nocive de l'air confiné.

Le phtisique a surtout besoin de la vie au grand air et au repos. Pour ces motifs, il devra habiter loin des villes et des lieux trop fréquentés. Peu importe la région, le climat, l'altitude, pourvu que la région soit salubre, que le malade s’y plaise, qu’il y ait le confortable et la vie facile et tranquille. La nature est ici essentiellement médicatrice : on peut l'aider un peu, mais il faut éviter surtout de troubler son œuvre de régénération par une intervention intempestive.

De toùte antiquité, on a considéré comme utile d'éloigner le phtisique, le malade en général, du milieu où il a contracté sa maladie.

Hippocrate recommande le changement d'air d'une façon générale.

Celse conseillait aux débilités le séjour sur les bords de la mer pendant l'hiver; l'été, ils devaient habiter la campagne et les coteaux ombragés.

Pline l'Ancien vantait le sol sec, calcaire, les senteurs balsamiques des forêts de pins et la chaleur bienfaisante du soleil.

Galien préférait le séjour des montagnes, la solitude, les exercices corporels en plein air, par contraste avec la vie agitée des villes, cause de tout mal, d'après lui.

Dans ce siècle, un de ceux qui ont le mieux étudié la tuberculose pulmonaire par l'observation directe, Laennec, était convaincu de la puissance curative de l'air de mer, aux émanations salines. Mais, tant il est vrai que nous ne connaissons pas encore de remède souverain pour la phtisie, le grand ciinicien succombait lui-même, en 1826, sur jes côtes de Bretagne, à une tuberculose acquise. Son lit était fait de varechs et d’aloues marines : l'air marin, qui arrivait en plein dans sa chambre, les fenêtres grandes ouvertes, ne suffisaient pas à l’hématose pulmonaire.

Bennett, par son propre exemple, a démontré l'efficacité d'un mode de traitement très rationnel. Atteint lui-même de tuberculose pulmonaire, il avait épuisé toutes les ressources, essayé tous les procédés thérapeutiques préconisés à son époque. On conseillait alors, en An-

gleterre comme en France, aux malheureux atteints de phtisie, de rester au repos chez eux, d’avoir un régime essentiellement animalisé et de prendre force diaphorétiques et purgatifs, autrement dit des dépuratifs, d’après l'expression vulgaire. C'était en outre le temps de la saignée à outrance : on abusait très souvent de ce dernier procédé chez des sujets déjà fortement débilités. Enfin, sous prétexte d'éviter le froid, c'était l'étiologie la plus en vogue, on calfeutrait le phtisique dans son appartement où il ruminait de l'air prérespiré, comme l'appelle Peter, et où il se consumait d’ennui et d’inaction.

Bennett passait outre aux préceptes routiniers des Esculapes contemporains. Il quittait le ciel brumeux de l'Angleterre à l'automne. Il venait promener son squelette vivant sur les rochers de Menton. Il s’'installait et vivait à sa guise. Il prenait des vêtements amples, serrés aux extrémités. Le jour, il se couvrait la tête d’un large sombrero italien ; la nuit, il mettait un bonnet gris. Il portait des galoches avec des chaussons de laine, car il craignait beaucoup le froid aux pieds. Il se couchait de bonne heure et se levait tôt. Le matin, il faisait une petite promenade à pied sur les bords de la mer, humant à pleins poumons l'air frais et humide, saturé de vapeurs salines que lui apportait du large, une légère brise. Il rentrait se sustenter et se reposer. Il mangeait à satiété des aliments qui plaisaient à son goût et que tolérait bien son estomac. Le jour, il se promenait en voiture couverte, ou bien allait à pied où le caprice le dirigeait. Un livre, une lecture quelconque, provoquaient une douce somnolence, l'après-midi, dans une véranda largement ouverte ; ou bien le sommeil le surprenait dans une rêverie, étendu nonchalamment à l'ombre des pins, grisé par les elfluves aromatiques des vergers ou des bosquets voisins. La campagne est complantée d’orangers, de citronniers, de lilas, de jasmins, de myrtes, de violettes, de nombreuses labiées et d’autres fleurs au parfum suave que prodigue un sol calcaire, dans un milieu à température douce, égale, sous un ciel toujours azuré, resplendissant de lumière, dans une région au pied des montagnes qui l’abritent des vents violents.

Bennett sentait son être revivifié; il était heureux de vivre dans ce milieu enchanteur. Deus nobis hæc otia fecit, répétait-il dans sa joie de vivre. Ce genre d'existence causa sur son organisme, en peu de temps, une véritable résurrection. Il ne se sentait plus aucune douleur thoracique, la marche ne le fatiguait plus, sa poitrine se dilatait amplement, régulièrement, sans effort à chaque inspiration. Il mangeait avec appétit, digérait bien toute nourriture, dormait paisiblement dix heures par jour, sans interruption. Tous les symptômes morbides avaient disparu en apparence. Les angles proéminents de son squelette s'arrondissaient sous une couche de tissu adipeux, les articulations se mouvaient bien, enfin tous les rouages de l’organisme semblaient remis à neuf, à son grand étonnement. Ce bien-être physique se maintint.

En philanthrope autant qu'en savant, Bennett jugea de la valeur de cure qu’il venait de faire. Il s’empressa de publier en détail sa propre observation et répandit à profusion sa brochure parmi ses compatriotes. Quelques Anglais débilités et sceptiques à l'efficacité de toute médication, gagnés par l’enthousiasme de Bennett, tentèrent une expérience et en retirèrent en général d'excellents effets. La mode suivit. Les malheureux pthisiques vinrent, de plus en plus nombreux, passer la saison des brumes et des frimas dans la région d'Hyères à Gênes, sur ces côtes ensoleillées, à la température clémente. Ils vinrent redemander la vie à cette belle nature qui se montrait si âpre sous d’autres latitudes.

Cependant on eut des effets curateurs très divers parmi tous ces phtisiques, suivant leur état général, leur tempérament, leurs habitudes, etc. On reconnut que les régions maritimes étaient, à certains malades, plus préjudiciables qu’utiles. On étudia un peu mieux les climats et aussi les malades.

Le phtisique a le plus grand intérêt à confier les soins de sa santé à un seul médecin, dont il devra suivre exactement les conseils. L’affection étant essentiellement chronique et grave, il faut surtout de la confiance et de la perséverance de la part du malade, à l'égard du

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médecin qu'il aura pris pour conseiller. Le médecin qui connaîtra d'auant mieux son sujet, sera mieux à même de lui donner de meilleurs conseils.

Si le malade est dans un bon milieu, salubre et hygiénique, entouré desoins intelligents et d’êtres aimés; si ses lésions paraissent réoresser avec un bon traitement, pourquoi le médecin enverrait-il son client s’expatrier dans une région où il n’aura pas les mêmes avantages de bien-être général? De même que la tuberculose peut évoluer sous toutes latitudes, le tuberculeux peut vivre dans tout pays, avec une bonne hygiène et une bonne alimentation.

Le phtisique fébrile dont la consomption progresse rapidement ne doit pas voyager; il doit réaliser chez lui, et dans une campagne voisine, la cure au grand air et au repos, ou bien entrer dans un sanatorium ou dans un hôpital de campagne. Plus tard, lorsque son état général sera dans d'autres conditions, le médecin exprimera son avis pour un changement de milieu.

Sile médecin juge qu’il y a des indications suffisantes pour engager son client à changer dé climat, à aller chercher ailleurs des avantages autres que ceux que peut présenter la région où il se trouve, il doit indiquer la station où son malade sera le mieux. Une station peut varier suivant le confort de l'installation, la bonne nourriture donnée, la société qui la fréquente, la facilité des promenades, des distractions diverses, les avantages du climat sec ou humide, l'altitude, la vertu des eaux, si c'est une station minérale, etc... Une note sous formede lettre médicale indiquera les antécédents, l’état actuel, grosso modo, du malade. Seront exposées les raisons qui ont engagé le médecin à envoyer son malade de préférence dans telle station. Le client devra remettre cette lettre au médecin qui l’observera durant son séjour dans sa nouvelle résidence.

- En général, on doit éviter un changement trop brusque de milieu. Les stations hivernales seront du Nord au Sud; les stations estivales du Sud au Nord; de la montagne à la plaine, ou inversement suivant les saisons. On évitera ainsi des erreurs parfois fatales, comme

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nous en avons vu quelques tristes exemples : des Marseillais phtisiques euvoyés en traitement dans l'Engadine, au mois d'octobre; ou un Nancéen envoyé des Vosges à Mustapha, en novembre. Dans ce dernier cas, l'erreur provenait en partie du tempérament du sujet autant que du choix de la localité et de la saison. Le sujet était un garçon de vingt-cinq ans, d'un tempérament sanguin: le mal s'était développé sur un terrain prédisposé par des excès physiques divers plutôt que par hérédité. Il n'était jamais sorti de son pays. Il fut envoyé en Algérie dans le but surtout de rompre des relations et des habitudes vicieuses. Ses lésions pulmonaires paraissaient stationnaires depuis quelques mois; il n'avait pas de fièvre, l’appélitétait bon. Le malade dans la traversée de Marseille à Alger, eut à souffrir d'un violent mal de mer qui provoqua des hémoptysies. Le climat de Mustapha est stimulant. La tolérance de l'organisme ne se fit pas à ce nouveau milieu.

Le malade succomba, un mois et demi après son départ de Nancy, à une fièvre continue sans rémissions.

Si la différence de climat est trop grande, le malade s’acclimate difficilement, parfois même l’acclimatement ne se fait pas. Les lésions du malade progressent au lieu de régresser. Il doit regagner précipitamment son ancienne résidence.

. Les voies rapides de communication d'aujourd'hui peuvent tromper sur la valeur d'un climat lointain. Le médecin devra être très circonspect sur une station qu'il ne connaît pas.

Lorsque le changement de milieu est résolu, et que la station est choisie, le client doit faire en sorte de s’y transporter rapidement et par les meilleures voies, à l’époque fixée par son médecin. Son installation devra être rapide, quoique confortable, de façon à éviter le plus de fatigues et à profiter au plus tôt des avantages du nouveau milieu. Il faut le repos et la tranquillité le plus longtemps possible. La station permanente dans un bon milieu serait même l'idéal.

Dans le choix d’un climat, on doit rechercher celui qui offre le plus approximativement les conditions générales suivantes :

Air pur, absence de miasmes ;

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