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Considérations sur le vice rachitique et sur les moyens de prévenir ou de corriger, sans procédés mécaniques, les difformités qu'il produit dans l'enfance

Considérations sur Je vice rachitique (ï), et sur les moyens de prévenir ou de corriger , sans procédés mécaniques , les 1 difformités qu'il produit dans l'enfance p par M. Salmade, D. M. ? membre résidant .

Baeliilisme.

Le rachitîs ou Fostéomalaxie est une des maladies les plus funestes de l’enfance. Dé-

(1) La théorie médicale de M. Salmade trouvera inévitablement des contradicteurs , dans l’état actuel de la science ; mais , comme les faits qu’il rap-

Rachitisme.

figurer les traits, changer les formes du corps, détruire toute espèce de proportions et de beauté n’est qu’un de ses moindres effets : souvent il entraîne à sa suite des maladies mortelles , ou condamne ses victimes à des douleurs qui n’auront d’autre terme que celui de leur existence.

La connaissance des moyens curatifs propres à combattre l’influence qu il exerce à la ibis sur la conformation et sur la vie de l’homme , est donc très-importante. Après la santé, la régularité des formes , est, surtout pour la femme, un avantage précieux; la première existe rarement , d’ailleurs , sans la seconde , et si l’on aime à trouver réunies l’élégance de la taille, la grâce des monvemens et la souplesse des membres , c est parce que cet assemblage annonce , dan» le sujet qui le présente, l’exercice facile de

toutes les fonctions de la vie.

Les rachitiques ont reçu différons noms, suivant le siège de leurs difformités. On ap¬

porte sont ct’nn grand intérêt, et que sa pratique, qui est celle de M. Portai, lui-même, est suivie ordinairement du plus heureux succès, je n’ai pas hésité à donner à ce mémoire touie la publicité que désirait l’estimable auteur.

(No te du rédacteur .}

peîîe noués ceux qui présentent un gonfle» ment général des articulations ; contrefaits , ceux dont l’épine dorsale est déviée latéralement ; bossus , ceux dont le thorax ou 1a. colonne épinière forme une saillie ; enfin les pieds difformes ont reçu la dénomination de pieds-bots.

L’ouverture des corps démontre que le rachitisme produit le ramollissement et le gonflement des os en générai. La nature étant troublée pendant l’acte de l’ossification, le S3rstème osseux éprouve une foule d’altérations diverses; les sels qui forment la base des os se trouvent en trop faible quantité , l'organisation de ces derniers s’altère plus ou moins rapidement , et l’irrégulière distribution des sucs nutritifs change leurs formes et leur direction.

Quelquefois les sutures du crâne sont écartées , et les os de la tête sont ordinairement plus épais que dans l’état naturel ; la masse cérébrale est augmentée de volume, et l’on trouve des épanchemens dans les ventricules du cerveau et dans la moelle épinière, de même que chez les hydrocéphales ; quelquefois la moelle épinière est comprimée par le rétrécissement du canal vertébral.

Le thorax pèche à la fois , par la forme et par la capacité ; les côtes sont déprimées

Kacliit isme.

fl BTW

Rachitisrae.

en dedans , frop larges , trop courtes , et chargées de nodosités à leur extrémité antérieure; celles qui s’articulent avec le sternum sont fréquemment contournées ; le sternum est difforme et rétréci ; les clavicules n’offrent plus leurs courbures accoutumées ; les omoplates sont épaisses et portées en avant; les os des membres gonfles vers leurs extrémités, surtout ceux du bras et de l’avant-bras, dont la partie moyenne est en même temps aplatie; les fémurs et les tibias sont courbés en différens sens , et plus contrefaits que les os des membres thorachiques , en raison du poids qu’ils avaient à supporter ; les uns et les autres offrent souvent les traces du ramollissement ou de la carie, et même des deux altérations ensemble ; d autres fois, ils sont durs et cassans. En général , ils sont plus rouges, plus légers, plus spongieux, et la substance compacte a diminue d épaisseur; les cavités intérieures , et le canal médullaire des grands os des extrémités sont tantôt rétrécis, oblitérés, tantôt plus larges qu’ils ne doivent être , et pleins d’une sérosité rou¬

geâtre.

Les os spongieux, tels que les vertèbres, les os des pieds et des mains , sont surtout altérés ; ils sont volumineux, légers et rouges , par la dilatation de tous les vaisseaux ,

les cellules du tissu spongieux sont très-développées ; les conduits qui transmettent les vaisseaux sanguins à Fintérieur des os , sont élargis.

La colonne vertébrale est plus ou moins contournée ; les vertèbres sont usées , et le corps ligamenfo-cartiîagmeux qui les unit, se trouve détruit ; une sanie noirâtre est répandue entre les os cariés : souvent le corps des vertèbres est diminué de hauteur ; elles sont alors soudées entre elles , et ne forment qu’une seule pièce ; les apophyses transverses sont écartées du côté de la gibbosité , et les trous de conjugaison plus larges , tandis qu’ils sont plus étroits de l’autre côté ; les apophyses épineuses sont saillantes , et le canal vertébral est rétréci , ou presque effacé dans l’endroit des courbures.

Les os innominés sont d’inégale hauteur , rétrécis, repliés, ou rapetissés; la cavité du bassin est rétrécie par la saillie du sacrum , presque toujours déformé. On trouve encore très-souvent les glandes du col , des poumons , du mésentère , engorgées et rem-

plies de concrétions tuberculeuses formées par l’amas du phosphate de chaux ; la rate et le foie ont communément un volume trop considérable , et l’on rencontre des foyers de suppuration.

Rachitisme

Telles sont les diverses a Itérations quei’autopsie révèle j elles prouvent que la maladie affecte îe système lymphatique, et que les difformités résultent du ramollissement général des os , et non de la force augmentée des muscles, qui sont au contraire grêles, faibles et décolorés.

Go rencontre surtout le rachitis dans les grandes villes ; la mauvaise nourriture en est 3a cause fréquente ; l’enfant qui ne suce pas un boulait, croît avec peine, devient débile, et les os, chez lui , se développent irrégulièrement.

Le mauvais lait n’est pas la seule cause de cette maladie ; l’enfant peut en recevoir îe germe avec la vie , lorsqu’il naît de parens eux-mêmes rachitiques , ou seulement tourmentés de certaines affections chroniques et morbides, telles que la syphilis, le scorbut, les scropholes.

Il est bien reconnu que le rachitis se propage héréditairement dans les familles : quelquefois il épargne une génération pour se montrer de nouveau dans la suivante. Parmi

les enfuis du même père, les uns peuvent en être exempts , tandis que les autres en seront affligés ; enfui , dans la même famille , l’uu des deux sexes peut en être atteint de préférence à l’autre ; mais la disposition hérédi-

taire n’existe pas moins chez fous , et les menace également.

La dentition pénible , les métastases humorales, le froid et l’humidité de l’air, la faiblesse de la constitution dans les premières années, la masturbation , sont autant de causes du rachitis ; au moins contribuent-elles beaucoup à son développement.

De longues maladies peuvent aussi ramollir les os , dont la solidification dans l’enfance est encore incomplète. Comment expliquer, en effet, l’accroissement rapide qu’on observe quelquefois , si la consistance osseuse n’était pas diminuée?

Le rachitis se déclare souvent dans les deux premières années de la vie : cependant cette époque n’est pas invariable , et la maladie peut se développer à différens âges , depuis huit ans jusques à quinze , et surtout à l’époque de la puberté. Les filles sont , en général , plus sujettes aux déviations de la colonne vertébrale que les garçons. La taille dévie davantage à la suite des couches, chez les jeunes femmes, qui ont une disposition à l’affection rachitique.

Les rachitiques perdent leur vivacité , leurs forces et leur gaieté ; leurs chairs sont pâles et flasques ; la dentition est lente et pénible ;

T. 73 de la Col i*c de la 2e Sér. Octobre, 5

Rachitisme.

le ventre s,e gonfle ; des difformités osseuses se développent sur le corps des vertèbres pour s’étendre ensuite aux autres os: tous en effet ont des rapports immédiats avec la colonne vertébrale , et les dérangemens qu’éprouvera celle-ci dans sa structure ou dans sa direction , influeront sur tous les organes.

En effet, si la direction de la colonne épinière vient à changer , les côtes et la poitrine se déformeront ; le thorax perdra la plus g rande partie de ses mouvemens ; le cœur sera gêné, la respiration pénible ; et si les vertèbres cervicales compriment les veines ou les artères du col , la circulation du sang dans le cerveau sera dérangée.

Les viscères abdominaux partageront le sort de la poitrine ; le foie , la rate et festomac seront déplacés et comprimés ; le dernier descendra jusqu’à l’ombilic , souvent même plus bas ; les intestins seront , à leur tour, refoulés vers le bassin : ainsi toutes les parties du corps subiront une altération plus ou moins considérable dans leur structure et dans leurs fonctions.

Les rachitiques sont généralement petits et maigres ; tous ont le corps mal fait. Tantôt inclinée vers la droite, tantôt penchée vers la gauche, la tête pèche toujours chez

Rachitisme.

eux 5 soif par défaut , soit par excès de volume.

La colonne vertébrale se courbe indifféremment dans les divers points de son étendue ; tantôt , c’est en avant, tantôt en arrière, tantôt sur l’un des côtés. La poitrine est étroite et longue, le sternum devient saillant et les côtes se dépriment. Les membres tborachiques partagent la difformité de la poitrine; les épaules ne restent plus au même niveau , et les os du bras et de l’avant-bras se courbent plus ou moins.

Le diamètre du bassin diminue de haut en bas ; l’os sacrum se rapproche du pubis , en déplaçant les organes situés entre eux. L*une des hanches s’élève , tandis que l’autre s’abaisse. En même temps , les os des cuisses se courbent en dehors , les genoux se touchent ou même se croisent ; les os des jambes se courbent en dedans , et les pieds se trouvent jetés en dehors.

Quelquefois l’altération des facultés intellectuelles accompagne les difformités du corps, et la stupidité se peint jusque dans les traits du rachitique ; mais ordinairement le développement de ces mêmes facultés contraste avec les défauts du physique , et la

atijmmessssaissm

Rachitisme.

vivacité de l’esprit devance de beaucoup

années.

La taille d’un enfant se déforme-t-elle ; recherchez-en promptement la cause : quelquefois c’est une mauvaise attitude qui détermine insensiblement la courbure des os;

mais presque toujours c’est un vice interne qui altère leur structure , et ce vice est ordinairement scrophuleux.

Le rachitis paraît n’être qu’une variété des scropliules , dans laquelle le système osseux est principalement affecté. Il est, en effet, démontré que l’un et l’autre ont la plus grande analogie : même altérationdu système lymphatique et du système osseux, même augmentation de la masse cérébrale, même caractère de symptômes , enfin même genre de traitement pour tous deux.

Quand la déformation de la colonne vertébrale arrive dans les premières années , et n’entraîne point celle des autres os, les parties alors flexibles et molles s’y prêtent faciment. L’épine dorsale se courbe- t-elle ; les organes suivent son inclinaison. L’une des cavités de la poitrine devient, il est vrai, plus petite que l’autre ; mais les poumons les remplissent toujours toutes deux; ils croissent proportionnellement à l’espace qu’ils

trouvent, et la matière nutritive se dirigeant ri

vers l’endroit qui résiste le moins, augmente Rachitisme, le volume de l’un des organes , lorsqu’elle ne peut les développer également. Si leur forme éprouve un changement , ce que l’un perd en grosseur tourne au profit de l’autre , et les fonctions pulmonaires n’en souffrent que peu ; mais la dyspnée est inévitable , si les cavités pulmonaires se rétrécissent toutes deux.

Quand la déviation de l’épine survient dans un âge plus avancé, elle est alors plus dangereuse ; les parties voisines ont pris de la consistance et ne se prêtent pas au déplacement; elles sont comprimées , et les malades éprouvent dans la marche , et même dans la station , des tiraillemens douloureux à la colonne vertébrale.

Il est impossible , sans doute , de réparer la perte de substance qu’ont éprouvée les os, ou de faire disparaître les difformités qui en ont été la suite ; mais le traitement intérieur peut borner les progrès du mal. La guérison du rachitis ne s’effectue qu’avec une extrême lenteur; et pour le combattre avec avantage, on doit l’attaquer de bonne heure , chez les sujets dont l’ossification n’est pas avancée, et continuer pendant long-temps l’emploi des moyens curatifo.

Mais que d’icîées fausses ont ébloui ceux qui n’avaient pas étudié la nature des altéra* fions osseuses , et quel abus n’ont-ils pas fait surtout des moyens mécaniques , dans l’espoir d’an éanlir les effets d’un virus qui altère le tissu même des os , comme le démontre l’autopsie !

Plusieurs praticiens croyant les remèdes internes insuffisans , ont eux-mêmes employé les procédés mécaniques , dans l’idée que l’action trop forte des muscles était la cause unique de la déformation des os. Ils se sont alors appliqués à perfectionner les machines déjà connues ; ils en ont inventé de nouvelles, et, de préférence à tout autre remède, ils ont voulu corriger les difformités des membres et du tronc par l’emploi des corsets baleinés , des croix de fer , des bottines, et d’autres instrumens de cette espèce.

Il serait superflu de s’arrêter à combattre l’opinion erronée que l’action des muscles est la seule cause capable d’altérer la forme des os, tant il est aujourd’hui démontré que cette action n’existe qu’en vertu du ramollissement et de la fragilité du système osseux dans le rachitis, d’où résulte l’insuffisance bien prouvée des moyens mécaniques; mais nous observerons que ces machines , presque toujours construites et dirigées par des hommes

étrangers à l’étude des connaissances anatomiques , n’agissent pas méthodiquement sur Ratîlllïbm^ les parties qu’elles embrassent, et deviennent, au contraire, incommodes et nuisibles, par la compression qu’elles font éprouver au thorax , seul point d’appui qu’on puisse leur donner, lorsqu’il s’agit de redresser le tronc : la dilatation et le développement des poumons sont ainsi contrariés par l’application des appareils et j’ai souvent eu l’occasion de remarquer que cette gêne avait suffi pour causer l’oppression , la difficulté de respirer , des syncopes, des hémoptysies , et la phthisie pulmonaire elle-même.

D’ autres ont cru devoir recourir h l’usage des machines, de concert avec le traitement interne; ils ont, ainsi que les premiers , douloureusement comprimé les parties déformées , sous le poids des colliers , des croix , des corsets , etc. : bien loin de corriger la nature , ils ont gêné sa marche et contrarié

son développement ; et si les remèdes internes ont opéré quelques guérisons, ils ont cru pouvoir les attribuer au seul effet des appareils externes, tandis que ces derniers privent les muscles de leur action , empêchent les mouvemens nécessaires à la nutrition des parties , et n’apportent aux malades que gêne et souffrances habituelles.

Racla lis me.

La douleur qu’ils produisent est capable d’augmenter les difformités, ou d’en causer même de nouvelles : aussi , malgré la confiance qu’on leur accorde encore , les praticiens , guidés par les lumières de l’expérience et de l’observation, abandonnent à la nature, aidée par un bon traitement , le soin de redresser les os.

Le rachitisme est produit par une altéra» bon des fluides et des solides eux-mêmes , dont l’effet est de ramollir et de gonfler la substance osseuse ; et l’action des muscles , ainsi que le poids des parties supérieures, déterminent alors les difformités qu’on observe au tronc ou sur les membres -ainsi toutes ces difformités dépendent d’une diathèse morbide. C’est donc seulement en attaquant le vice interne qu’on peut espérer d’arrêter les progrès du mal , ou d’en détruire les effets. La mauvaise élaboration des sucs nutritifs , qui deviennent une cause permanente d’irriîation pour le système glandulaire , constitue l’altération des fluides , et la disposition de ce même système à s’enflammer, forme celle des solides: c’est cette disposition aux phlegmasies , très-remarquable chez certains individus , que j’appelle vice scrophuleux ou rachitique , d’après l’ancienne dénomination , qu’il est assez indifférent de conserver

pourvu qu’une idée précise y soit attachée.

Comment, en effet, s’imaginer que la compression exercée sur les difformités naissantes ou anciennes , pût empêcher les unes d’augmenter, ou pût détruire les autres? Et n est-il pas évident , au contraire , que la force appliquée sur des os ramollis déterminera de nouvelles difformités qui se développeront dans le point opposé ? Enfin, quand même on obtiendrait quelques succès apparens , ne voit-on pas qu’ils ne pourraient être que momentanés , si la cause du ramollissement subsiste?

L’épine est communément le siège des difformités rachitiques ; mais les côtes et le sternum partagent fréquemment le ramollissement des vertèbres. Comme on ne peut agir immédiatement sur cette dernière partie, et comme le thorax est le seul point d’appui qu’on puisse donner aux appareils , comment s’exposer à gêner l’organe pulmonaire, pour redresser la colonne vertébrale? Et d’ailleurs, comment agir avec violence sur les os, quand l’observation démontre qu’ils sont non-seulement ramollis, mais encore extrêmement fragiles?

Lorsque le développement du corps s’exécute rapidement avant l’époque de la puberté , le volume des parties supérieures du tronc

Rachitisme.

surcharge les inférieures , et détermine la

Rachitisme. , , , ,, , . .

courbure passagère de 1 epine en avant. Un pourrait craindre alors la difformité de la colonne vertébrale, sans l'absence totale des symptômes caractéristiques du rachitisme : mais quand la croissance est terminée, quand l’époque de la puberté survient , les viscères du bas -ventre acquièrent plus de volume ; les côtes s’allongent , la partie antérieure du tronc se trouve chargée d’un poids égal à celui des postérieures, l’équilibre se rétablit, et l’épine est rendue à sa direction naturelle par la seule action musculaire. Attribuera-t-on le succès, en pareille circonstance , à l’effet des appareils qu’on aurait employés ? Non, sans doute; mais ici, du moins, ils n’auraient pu nuire , au lieu qu’ils sont toujours dangereux dans les autres cas.

La seule manière de prévenir les difformités , est de préserver les os ramollis de toute violence extérieure , et de combattre par des applications excitantes, et par un traitement intérieur , la cause des lésions organiques, aussitôt qu’on les aperçoit ; mais surtout de les prévenir par ces mêmes moyens chez ceux qui , nés de parens rachitiques , sont menacés de le devenir à leur four. C’est encore dans ce but qu’il serait utile que les sujets affectés de rachitisme ne se mariassent

jamais ensemble, et fussent, au contraire, unis à des individus d’un tempérament tout opposé, pour que les enfans fussent moins exposés à finfluence de la maladie. C’est dans la même intention qu’une mère rachitique ne doit pas nourrir ses enfans , mais charger de ce soin une nourrice d’une constitution forte et robuste. Si le père est affecté du rachitisme en même temps que la mère , la nécessité de faire nourrir l’enfant par une étrangère est encore plus impérieuse pour modifier sa constitution : l’influence qu’exerce en pareil cas sur le nourrisson le lait d’une femme bien portante, suffit souvent pour le préserver du rachitisme , et les observateurs en ont rapporté trop d’exemples, pour qu’il soit aujourd’hui permis d’en douter.

On a d’ailleurs l’avantage de pouvoir soumettre, s’il est nécessaire, la nourrice à un traitement méthodique , dont l’enfant ressent tout l’effet, sans en éprouver la fatigue. Ses vêtemens doivent être légers, chauds et assez larges, pour laisser aux membres une entière liberté : c’est un des moyens les plus favorables au développement des forces.

On ne doit pas le coucher mollement ni gêner ses mouvemens ; son matelas doit être rempli de feuilles sèches de fougère et d’autres plantes aromatiques. Il ne faut pas , lors-

Rachitisme.

qu Ü est assis , lui laisser prendre de inauvaises positions; souvent elles concourent à dévier la taille et à courber les membres ; il faut aussi toujours lui donner des sièges dont la hauteur soit proportionnée à celle de ses jambes. Enfin, il ne doit pas marcher trop tôt , ni se tenir trop long-temps debout : les os n’ont pas encore assez de solidité ; ils ne pourraient long-temps supporter le poids du corps sans se courber , et leur consolidation s’opérant après la courbure des membres 2 en rendrait ineffaçable la difformité.

On ne saurait trop insister sur l’emploi des moyens hygiéniques chez les enfans disposés au rachitisme. Quand ils sont sevrés , il faut les nourrir avec des bouillons et des alimens succulens , mais faciles à digérer , et fortifiais ; qu’ils boivent un peu de vin rouge coupé avec une infusion de plantes antiscorbutiques on de racines amères.

On doit leur pratiquer matin et soir des frictions sur le corps avec une flanelle imprégnée de vapeurs odoriférantes, comme celles du succin , du benjoin, etc. La régularité des sécrétions est pour eux d’une grande importance ; et, pour favoriser la transpiration, il faut les baigner de temps en temps , et frotter la colonne vertébrale et les membres avec une éponge imbibée d’eau aromatique.

Le séjour habituel dans les lieux secs et bien aérés , et l’exercice bien dirigé, seront très-utiles pour développer l’énergie des forces motrices. L’exercice concourt puissamment a 1 execution de toutes les fonctions vitales , et au développement de toutes les parties ; il donne du ressort aux fibres , fortifie les membres, et rend le sujet agile et dispos. Mais il ne suffit pas qu’un enfant rachitique prenne de l’exercice en proportion de ses forces et dans l’intention de fortifier mut son corps, il faut, chez lui, faire agir surtout les membres les plus faibles : cet exercice partiel est le moyen le plus sûr de favoriser le développement musculaire dans les parties malades, et d’en corriger les déviations. Il est en général essentiel de diriger l’éducation des rachitiques de manière à éviter ou à éloigner les maux qu’on redoute.

Enfin, c’est avec le sirop de Belet , dont le célèbre Bouvart a fait un emploi si avantageux; c’est surtoutpar l’usage des amers , des antiscorbutiques et des mercuriaux, dont j’ai obtenu les plus heureux résultats , et par celui de toutes c es substances réunies sous le nom de sirop dépuratif antiscorbutique de M. Portal, qu on peut obtenir la guérison du rachitisme. Quant aux remèdes proposés à diverses époques , tels que le phosphate de

Rachitisme*'

Rachitisme.

chaux , ceux de soude et d’ammoniaque , les émétiques, les purgatifs, fosmonde, l’extrait de ciguë, d’aconit napel, etc., s’ils peuvent quelquefois trouver leur place, suivant les indications , leur peu de succès , comme spécifiques , les a fait abandonner ; les substances alcalines , les préparations savoneuses, antimoniales, le fer , le soufre, tels sont les remèdes que l’on combine ensemble , ou dont il convient de faire un usage alternatif, suivant les modifications qu’exige le traitement. On a recours en outre aux linimens excitans , aux bains froids de rivière ou de mer , aux bains aromatiques , hydrosulfureux ; mais s’il y avait irritation et fièvre, les excitans en général, même les antiscorbutiques , seraient plus nuisibles qu’utiles : c’est alors aux adoucissans, aux caïmans qu’il faut recourir.

Ensuite, comme chaque sujet présente un degré différent de sensibilité , les doses de chaque remède seront variées d’après cette indication. Il faut également les augmentera mesure que l’impression quelles sont susceptibles de produire, s’affaiblit par l’habitude.

Quelquefois il faut appliquer sur la colonne épinière le cautère ou le moxa , pour causer une excitation vive , et changer le mode d’irritation qui altère Je tissu des vertèbres,

Enfin, Ton doit attendre la terminaison de la maladie , des effets de la nature elle- RacIlill,,mt> même , qui souvent combat elle seule le rachitisme, et en détermine la guérison. Des éruptions cutanées , une fièvre éphémère , des excrétions muqueuses plus ou moins abondantes, des diarrhées, des dépôts , sont les moyens qu’elle emploie fréquemment , et qui surpassent l’action des remèdes. S’ils ne sont pas une crise véritable , ils diminuent toujours au moins l’intensité de la maladie; le médecin respectera ces effets de la nature, et les favorisera.

Le changement de climat, d’habitudes , de profession , un régime bien approprié à l’âge et aux forces du sujet, une suite d’exercices liés à la constitution nouvelle qu’il importe d’établir, peuvent empêcher la maladie de se déclarer, et ce sont autant de moyens prophylactiques qu’il ne faut pas négliger.

L’expérience démontre chaque jour qu’à l’aide de toutes ces précautions, tantôt l’on parvient à modifier les effets du rachitisme, à changer la disposition organique et particulière de l’économie entière ; tantôt l’on arrête, dans Icufs progrès, les difformités qui viendraient à se manifester ; tantôt enfin, ces difformités mêmes s’effacent peu à peu sans

le secours de Fart , et sous l’influence directe de la nature.

Parmi le nombre des faits que j’ai recueillis à l’appui de cette méthode , je ne citerai que les observations les plus concluantes en faveur des moyens préservatifs et du traitement que je viens de citer : mou ouvrage sur les Maladies de la lymphe en contient beaucoup d’autres du meme genie.

Observation première. MM. Port al, Jeanroy et moi , fûmes consultes pour une petite fille âgée de sept ans , d’une constitution délicate, et d’un tempérament lymphatique , sujette à des éruptions à la peau.

La malade avait la tête volumineuse , le front saillant , le menton long , et, en général, ce qu’on peut appeler une physionomie de vieillesse. Elle avait l’epaule droite un peu plus forte que la gauche , et lorsqu’elle était debout, la colonne vertébrale paraissait se déjeter également à droite, la hanche du côté opposé se trouvant plus élevée. La cavité de la poitrine était rétrécie. On observait à gauche une légère concavaité près de la région lombaire ; il y avait aussi tuméfaction du ventre , engorgement et dureté des glandes du col, altération et suspension, contre l’ordinaire , des facultés intellectuelles.

Ces défectuosités de la colonne épinière faisaient craindre que si l’on 11e suivait pas avec persévérance le traitement rationnel „ dont les succès sont constatés par l’expérience , cette enfant n’éprouvât, dans un degré plus marqué, les effets malheureux du vice rachitique.

C’était donc par remploi des amers , des antiscorbutiques , des mercuriaux , et des diverses substances appropriées à la nature du vice du système osseux ; c’était par cette méthode curative qui consiste à soutenir et à rétablir une juste distribution dans l’accroissement des organes et des forces , méthode dont l’observation exacte et rigoureuse peut seule permettre d’heureux résultats , qu on devait espérer de prévenir et de corriger les déviations qui menaçaient de faire des progrès.

En conséquence, tel fut le plan de traitement que nous jugeâmes devoir faire suivre pour cette enfant.

Nous conseillâmes l’usage d'une infusion de sommités de houblon, dans laquelle il fallait ajouter, par tasse, une cuillerée à bouche de sirop antiscorbutique , et une cuillerée à café de sirop de Bélet. Les doses devaient s’accroître , à mesure que leur im~ T. j3 de la Col. 12e de la 2e Sér. Octobre. 6

Rachitisme.

Rachitisme.

pression s’affaiblirait par l’habitude. Ainsi la jeune malade devait d’abord en prendre une tasse par jour , le matin à jeun ; quelques jours après, deux, une le matin et l’autre le soir; au bout de quelque temps, trois, une le matin, une deuxième à midi , et la troisième le soir. A ces sirops continués l’espace de six semaines ou deux mois , il fallait faire succéder l’usage du sirop de quinquina , on du sirop de gentiane à la même dose , dans une tasse d’infusion de saponaire , de douce

amère ou de garance.

Les aîimeus devaient être faciles a digérer , mais à la fois toniques et nourrissais Ainsi pour viandes , elle devait manger du mouton et du bœuf grillés , du poulet , des perdreaux , des pigeons , du lièvre , et généralement tout ce qu’on appelle gibier; pour légumes, des asperges , des artichauts , du céleri , du cresson de fontaine , et toute espèce de plantes crucifères ; pour fruits, ceux que la saison offrirait dans leur maturité. Il fallait éviter les farineux et le laitage.

Pour boisson aux repas , nous conseillâmes le vin de Bordeaux , coupé tantôt avec une infusion de houblon ou de rhubarbe , ou de graiues de genièvre , tantôt avec quelques eaux ferrugineuses : elle pouvait boire aussi de la bierre bien fermentée.

Toutes les ressources de l’hygiène , combiliées avec les remèdes toniques et sfimulans , RachitiamM étaient aussi très-propres à garantir l’efficacité du traitement que nous avions indiqué.

Nous recommandâmes donc que l’enfant habitât, au milieu d’un air pur, un lieu sec, exposé de préférence au sud ou au levant, qu’elle fût couchée sur un lit de feuilles de fougère mâle, de marjolaine, de mélisse, de menthe, de fleurs demélilot, de trèfle odorant, de sureau, de roses rouges; qu’elle portât constamment des vêtemens assez larges pour laisser une entière liberté à toutes les parties du corps , et ne gêner en rien le jeu des organes ; qu’elle prît tous les jours un exercice proportionné à ses forces, soit en faisant des promenades variées , soit en se livrant modérément à divers amusemens gymnastiques , tels que la danse et le jeu de volant : celui de la paume , l’escrime , et même la natation devaient y être ajoutés à mesure que les forces se développeraient.

On devait veiller exactement à ce qu’elle ne prît aucune mauvaise position ; lui faire soulever , de ses deux bras et a diverses re** prises , plusieurs fois dans la journée, pendant environ une demi-heure , un petit poids attaché à une corde passée dans deux poulies fixées au plancher; enfui lui pratiquer, matin

Rachitisme.

et soir, des frictions sur toute l’habitude du corps, principalement sur les membres et Fépine dorsale avec une flanelle imprégnée de la vapeur de quelques aromates ou de raines odoriférantes.

A l’aide de tous ces moyens , dont l’emploi alterné ne fut interrompu que lorsque les indications l’exigeaient , et après avoir eu recours, pour rétablir 1 energie du système lymphatique , aux linnnens excitans , aux bains froids pendant l’été , ou à des immersions dans i eau froide , aux bains aromati” ques , aux bains de rivières ou de mer , on parvint à changer, chez la jeune personne, la nature des dispositions qui se manifestaient ; les facultés intellectuelles reprirent de l’activité ; l’accroissement se fit d’une manière plus régulière , le développement de la puberté s’accomplit sans obstacle, 1 équilibré des parties se rétablit , et l’épine fut presque rendue à sa direction primitive.

Observation deuxième. Une jeune demoiselle , d’une complexion faible , d’un tempérament lymphatique, née de pareils sains, avait éprouvé , vers 1 âge de huit à neuf ans, diverses éruptions cutanées , suivies d un engorgement des glandes cervicales. Lille était déjà d’une taille élevée et paraissait devoir grandir encore beaucoup. L<a tete était pe-

fife ; les facultés étaient moins développées que chez la plupart des rachitiques. La colonne vertébrale ne tarda pas à dévier ; les dernières vertèbres cervicales et les premières dorsales , commençaient à se déformer ; les épaules n’étaient plus de niveau ; la gauche était plus élevée ; les bras pendaient inégalement ; la poitrine était plus rétrécie ; les muscles étaient faibles , la peau aride , les traits mélancoliques. Un air de nonchalance se faisait remarquer dans tous les mou veine ns de la malade.

La mère faisait faire à sa fille des corsets baleinés de formes différentes. Elle avait recours à divers moyens mécaniques qui comprimaient les membres de la malade , sans remédier à ses difformités.

Dans l’idée que nous pourrions proposer quelque moyen mécanique plus efficace, elle nous appela en consultation , MM. Portal , Pinel , Pelletan , Boyer , Dubois , et moi ; mais , loin de répondre au désir qu’elle avait , chacun de nous défendit F usage des machines , et nous fûmes d’avis de remettre aux efforts de la nature , aidée par un traitement sage , et par l’emploi des moyens hygiéniques , le soin de redresser les os déformés.

Les antiscorbutiques et les merenriaux

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Rachitisme.

combinés avec les amers (sirop dépuratif de M. Portai,), furent prescrits par doses augmentées graduellement. Les frictions, les immersions dans l’eau froide , les douches d’eaux thermales , les bains aromatiques furent employés. La jeune personne était purgée de temps en temps. Ses vêtemens étaient de laine et assez larges pour laisser une entière liberté à toutes les parties du corps.

Nous recommandâmes les exercices de la danse, des armes , du volant, du jardinage et surtout de la natation.

Pour aider au développement des membres , on lui Faisait soulever un poids attaché à une corde passée dans des poulies. On plaçait encore sur le sommet de la tête une petite balle , et il fallait que l’enfant marchât sans la laisser tomber. Elle faisait un jeu de cet exercice.

Cependant le visage restait encore incliné du côté gauche , l’épine du dos était légèrement déviée à droite , et l’épaule de ce côte n’était pas encore au niveau de l’autre : enfin , les divers mouvemens par lesquels on tourne la tête à droite et à gauche étaient très-bornés. On chercha à remédier à toutes ces défectuosités par les mouvemens de flexion , d’extension et de rotation de la tête , que

Rachitisme.

Ton faisait sans cesse répéter à celte demoiselle. On veillait à ce que le corps ne prît pas d’autre mauvaise position , à ce qu’elle s’appuyât toujours sur les deux pieds, et qu’elle se tînt droite.

Ces moyens employés avec persévérance , produisirent d’heureux changemens. La tête se redressa , la colonne vertébrale reprit sa rectitude naturelle, et les épaules se remirent dans leur vraie situation.

Observation troisième . Madame L. me consulta pour son fils , âgé de cinq à six ans. Cet enfant, d’une jolie figure, et doué de facultés intellectuelles trop hâtives, comme on l’observe chez la plupart des rachitiques , avait la peau flasque , la tête grosse , le visage plein, les yeux bleus , les lèvres vermeilles. Son appétit était dépravé, sa constitution faible et délicate.

La colonne vertébrale était légèrement déviée ; une des hanches était plus haute que l’autre , et le sternum un peu rétréci et dif forme. Les extrémités du radius et du cubitus étaient gonflées ; ses cuisses et ses jambes trèsarquées avaient pris diverses courbures et diverses formes; les genoux étaient en dehors, et le pied droit était renversé en dedans. Cette extrémité était plus petite que l’autre , et

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Rachitisme.

lorsque l’enfant marchait , il s’appuyait sur la malléole externe.

Tous les symptômes qu’il éprouvait ne permettaient pas de douter qu’il ne fût atteint d’un vice rachitique. C’était donc cette cause qui avait porté son action sur le système osseux.

Il fallait surtout, dans l’invasion de cette maladie , ne négliger aucun des moyens qui pouvaient en arrêter les progrès. En conséquence , je prescrivis l’usage des antiscorbutiques, des mercuriaux réunis aux amers, des frictions soir et matin avec une flanelle imprégnée de vapeurs aromatiques ; je recommandai de faire prendre à l’enfant les positions contraires aux attitudes vicieuses qui se manifestaient, d’exercer les parties les plus faibles , en les ramenant toujours dans leur direction naturelle.

Ce traitement apporta une modification salutaire aux symptômes morbides , et borna les progrès de la maladie.

La colonne vertébrale paraissait se redresser; les gonflemens des os diminuèrent, mais les cuisses et les jambes restaient dans le même état.

Les parens , frappés de l’opiniâtreté avec laquelle ces difformités persistaient, et avides, d’ailleurs , de nouveaux moyens, comme

ii arrive toujours dans les maladies de longue durée, consultèrent d’autres médecins. Ceuxci furent d’avis d’employer des machines , et l’on en fit usage pendant plusieurs mois.

Mais l’enfant ne marchait plus qu’avec beaucoup de peine : les plaques de fer le faisaient horriblement souffrir.

On consulta les uns après les autres , MM. Port al , Boyer, Pelletan, Tous conseillèrent de renoncer à toute espèce de moyen mécanique , et de s’en tenir aux medicamens internes déjà prescrits , aux linimens et à un régime convenable. Comme l’enfant était d’ailleurs faiblement constitué , il était utile d’insister sur les remèdes excifans, toniques et fortifians, et sur le quinquina, sous diverses préparations. On devait y joindre aussi l’emploi de toutes les ressources que fournit l’hygiène.

J’engageai donc les parens à conduire l’enfant à la campagne , pour qu’il y respirât le bon air , dans un lieu exposé au midi. Les vêtemens devaient être variés suivant les saisons , mais larges, et constamment assez chauds ; ceux qui touchaient la peau , toujours de flanelle.

On continua l’usage des frictions imprégnées de vapeurs aromatiques, ou imbibées de liqueurs spiritoeuses et balsamiques.

Rachitisme .

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Rachitisme.

L’enfant prenait de temps en temps des bains froids de rivière, ou des bains aromatiques et liydrosuîfureux.

Il était couché sur des matelas de plantes aromatiques desséchées, mêlées de feuilles de fougère.

Quant an régime alimentaire, il se composait de viandes rôties , grillées , de bœuf ou de mouton , de gibier , et en général de viandes sapides et colorées. Les farineux et le laitage étaient interdits.

Un vin vieux, et de bonne qualité, servait de boisson aux repas , coupé avec des eaux ferrugineuses ou de Seltz.

Ce traitement , long-temps continué et secondé de tous les secours offerts par la gymnastique, surtout de l’exercice de la natation qui sert à développer toutes les parties du corps, et à leur donner du ton , produisit un effet salutaire. Les extrémités qui jouissaient de la plus grande liberté , et qu’on avait soin de ramener sans cesse dans leur position naturelle, prirent un accroissement plus régulier. Les membres faibles et contournés acquirent des forces et la rectitude qui leur est propre.

Les gonflemens du radius et du cubitus, et les difformités du sternum s’effacèrent , et

l’on ne s’aperçoit pas maintenant que le sujet ait été contrefait.

Ces faits prouvent que l’affection rachitique est curable , lorsqu’on a le courage d’insister avec persévérence sur l’emploi des moyens appropriés à cette maladie , en les variant suivant les circonstances.

Observât, quatrième. En septembre 1 808 , je fus appelé pour soigner un enfant: âgé de sept ans , d’une faible constitution. Je f examinai ; je trouvai qu’il avait la peau aride, les chairs molles et le ventre gonflé. Sa taille, contrefaite , offrait deux courbures notables à l’épine , l’une dorsale et l’autre lombaire. L’épaule gauche faisait une saillie assez prononcée ; cette déviation s’était opérée d’une manière lente et graduée.

L’enfant éprouvait de la langueur , du dégoût pour l’exercice , et il se fatiguait aisément. Les extrémités inférieures étaient faibles , et refusaient , en quelque sorte , de supporter le tronc. Les extrémités des os longs, étaient gonflées, ainsique celles des côtes, près du sternum. La dentition était troublée ; les facultés intellectuelles très-développées. Tous ces symptômes étaient trop évidens , pour qu’on pût méconnaître chez cet enfant l’existence du vice rachitique.

Je conseillai de faire prendre matin et soir

au jeune malade une cuillerée à bouche de sirop antiscorbutique , et une cuillerée à café de sirop de Belet, dans une tasse d’une infusion de houblon et de feuilles de saponaire.

Je recommandai de lui frotter la colonne vertébrale deux fois le jour avec un limaient composé de baume de fioravenfi , d'esprit de genièvre , d’huile essentielle de girofle et de muscade ; de le coucher sur des matelas de feuilles de fougère et de plantes aromatiques ; de lui faire faire divers exercices appropriés à son état, le plus possible au grand air, et dans des lieux élevés où il pût se renouveler avec une grande facilité ; de le tenir vêtu chaudement et largement, et, sous ce rapport , de suivre , en général , avec grand soin, les variations de la température. Ces divers moyens, modifiés selon les circonstances , ont une puissance incalculable sur l’économie dans le traitement de la diathèse rachitique.

L’enfant devait être nourri d’alimens tirés surtout du règne animal , et mis à l’usage des boissons toniques et fortifiantes. Il devait aussi être purgé de temps en temps, et prendre des bains aromatiques.

Ce traitement fut exactement observé.

Néanmoins il y avait sujet de craindre que

îa déviation de la région lombaire ne fît des hsüësb

, Rachitisme*

progrès.

On consulta MM. Portal et Boyer, ils furent d’avis que le même traitement fût continué avec persévérance , et qu’on appliquât deux moxas ou cautères, un de chaque côté de la gibbosité lombaire, afin de changer le mode d’irritation , de produire un degré d’excitation dans les parties affectées , et d’y rétablir l’action et les propriétés vitales.

Cette réunion de moyens arrêta les progrès ultérieurs de la maladie. Au lieu d’aller en dépérissant , les forces se soutinrent à un degré satisfaisant ; bientôt même elles prirent de l’accroissement ; les défectuosités se réformaient petit à petit \ le gonflement des extrémités des os longs diminuait ; la taille se redressait insensiblement ; l’épaule revenait dans sa situation presque naturelle ; la nature , à mesure que s’opérait le développement du corps , remédiait à ses propres écarts.

Nous envoyâmes notre jeune malade aux eaux de Barèges, aux bains de mer, et il retira de c es voyages les effets les plus salutaires.

C'est après plusieurs années de ce traitement exactement suivi , et par remploi varié des secours de la gymnastique, que nous

Rachitisme.

parvînmes à corriger la consfifution rachitique, et à détruire la disposition organique à cette maladie. Le corps s’est développé régulièrement, et tqutes les parties qui avaient été affectées se sont rétablies dans leur état naturel.

C’est donc par un traitement méthodique , secondé par l’influence du climat, de la nourriture, de l’exercice, et par toutes les ressources de l’hygiène , qu’on parvient à borner les progrès du rachitisme , tandis que la nature en corrige les effets ; mais jamais l’emploi des procédés mécaniques ne conduit à ce but : si leur application pouvait être de quelque utilité, ce ne serait que pour les difformités des pieds, et il faudrait alors que les bottines fussent munies de ressorts disposés de manière à ramener les pieds dans leur direction naturelle, sans efforts et sans compression.

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