ANOMALIES GÉNÉRALES
Dans ce chapitre, nous nous contenterons de signaler les principales variétés, l’abondance de ces sortes d’anomalies nécessitant un ouvrage spécial.
A. Déviation en avant de la partie antérieure de la rangée dentaire supérieure. — Cette variété est assez rare et reconnaît pour cause, tantôt l’éruption tardive des molaires, tantôt la brièveté des branches montantes du maxillaire inférieur. Dans un cas comme dans l’autre, les incisives inférieures viennent Dresser contre la face
linguale des supérieures quelles inclinent, et se déjettent en avant, au point que la lèvre inférieure vient quelquefois se placer entre les deux arcades. Le manque de symétrie de la rangée dentaire est aussi occasionné par la vicieuse conformation du maxillaire, qui n’ofïre pas assez de place pour contenir toutes les dents : c’est ce qu’on appelle proéminence du maxillaire.
Fig. 10. — Maxillaire très-proéminent.
B. Déviation en arrière de la partie antérieure de la rangée dentaire supérieure. — Cette variété est beaucoup plus fréquente et surtout héréditaire; elle présente plusieurs degrés, suivant que les dents se rencontrent bord à bord ou que les supérieures se trouvent en arrière des inférieures, soit seulement par le sommet de leur couronne, soit par la plus grande étendue ou la totalité de celle-ci. La difformité a rarement pour cause la déviation des dents. Dans la très-grande majorité des cas, elle tient, soit à la brièveté du diamètre antéro-postérieur du maxillaire supérieur, soit à la longueur exagérée du corps de la mâchoire inférieure. Lorsque la difformité est peu prononcée, elle disparaît souvent sans que l’art ait à intervenir; mais pour peu que les dents supérieures passent en arrière des inférieures, il serait imprudent de s’en rapporter à la nature. Il faut avoir recours aux appareils prothétiques.
C. Écartement de la partie antérieure des deux arcs alvéolaires opposés. — Dans cette variété, les molaires seules peuvent s’articuler; les incisives sont séparées. Cette anomalie coïncide toujours avec une augmentation de hauteur de sa partie postérieure et une obliquité exagérée de sa branche montante. Ces dispositions anatomiques expliquent à la fois et la difformité et le peu de prise qu’on a sur elle. Une difformité, analogue peut être le résultat du tiraillement exercé par des cicatrices vicieuses sur le menton et la partie antérieure du maxillaire inférieur.
D. Branche en forme de V ou de coin. — Dans cette variété, décrite très-longuement par Tomes, l’arcade dentaire, au lieu de décrire une courbe arrondie sous forme de fer à cheval, est triangulaire, à sommet arrondi antérieur. La difformité peut affecter les deux maxillaires à la fois; mais elle est incomparablement plus fréquente à la mâchoire supérieure. La voûte palatine est plus étroite et quelquefois comme étranglée à son milieu par un rétrécissement plus marqué au niveau des biscupides et des premières molaires permanentes. Elle présente une voussure exagérée, d’où il résulte un défaut d’étendue des fosses nasales qui oblige le sujet à respirer constamment la bouche ouverte. C’est peut-être à cette particularité qu’il faut attribuer l’hypertrophie des amygdales chez les sujets affectés de ce vice de développement.
D’après le docteur Langeon-Doron, cette anomalie est particulière aux idiots et sert au moins à diagnostiquer l’idiotie congénitale de l’idiotie acquise. Ainsi nous avons eu l’occasion d’examiner des idiots; il n’est pas inutile de donner une idée de la dégradation du système dentaire chez ces malades.
M. Bourne ville en a fait un important mémoire ; nous nous bornerons à quelques lignes de description : la coloration des dents chez les idiots est noire ou jaune; leur direction est anormale, tantôt séparées, tantôt espacées, au point qu’elles se trouvent repoussées en dehors ou en dedans; leur apparence dentelée en scie au sommet de la couronne des incisives. Les molaires sont d’un volume énorme ; leur cou-
ronne n’a pas de tubercules; elle est formée d’une petite quantité de petites boules d’émail. Les canines sont longues et dépassent les maxillaires ; elles sont toutes déjetées en dehors.
Nous pourrions nous étendre davantage sur cet intéressant sujet; mais nous serions forcé d’entamer des descriptions n’ayant aucun rapport avec les anomalies dentaires.
En terminant notre thèse, déclarons notre ambition satisfaite si nous avons réussi à attirer l’attention de ceux qui daigneront nous lire.
On pourra nous objecter que nous avons omis de parler du traitement et de la thérapeutique devant remédier aux anomalies. Ne sait-on pas que dans la plupart des cas elles doivent être traitées à l’aide d’appareils très-variés (plans inclinés en métal, caoutchouc, fils et ressorts de toutes formes, tubes, etc.). Cette thérapeutique est aussi compliquée, sinon plus, que l’énoncé des différentes anomalies que nous avons signalées. Elle peut faire le sujet d’une autre thèse et ne servirait ici qu’à vouloir faire preuve d’une science que
nous devons posséder, puisque nous avons subi des épreuves de prothèse.
Nous espérons ainsi rester fidèle à notre devise : Non multa sed multum. Nous traduisons ainsi : « Dire peu, mais le mieux possible. »