‹ Considérations sur les anomalies des dents humainesChapitre 6 sur 18 · PRÉLIMINAIRES. - ANOMALIES D’ÉRUPTION · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES. - ANOMALIES D’ÉRUPTION

Nous considérons l’évolution des dents comme du domaine des anomalies dentaires. En effet, ce n’est qu’après une connaissance approfondie de tous les phénomènes qui se passent dans l’appareil dentaire, depuis la formation des dents jusqu’à la sortie complète de la deuxième dentition, qu’on peut se rendre bien compte de toutes les conformations vicieuses d’une dent, et même du système dentaire tout entier.

Mais un sujet aussi vaste ne peut nous permettre, dans un cadre aussi restreint que celui d’une thèse, de traiter chacune de ses parties avec tout le soin et l’étendue que nécessite leur importance. C’est pourquoi nous nous abstiendrons de traiter à fond la question de l’évolution des dents, prenant pour point de départ leur sortie des gencives.

Les auteurs qui ont écrit sur les dents sont assez peu d’accord sur l’époque à laquelle les dents apparraissent aux maxillaires.

Fauchard dit que les dents viennent à quatre mois, mais habituellement à six ou huit. Fox restreint un peu cet espace, qu’il renferme entre le sixième et le huitième mois. M. Duval prétend que la fin de la pre-

mière année est l’époque la plus ordinaire où les dents commencent à paraître. Maury dit que l’évolution des dents se fait ordinairement du cinquième au dixième mois. M. Toirac est sûr de ne pas se tromper : il déclare simplement que rien n’est plus variable que l’époque de la sortie des dents. Ambroise Paré, lui, la place vers le septième mois ; Sabatier, du septième au quatorzième ; Bichat, du sixième au septième, et Berland entre le sixième et le douzième.

Mais chacun de ces auteurs semble avoir voulu, à cet effet, différer un peu de celui qui a écrit avant lui, ou, ce qui est plus probable, chaque écrivain a donné comme un fait général le résultat de ses propres observations.

D’après nous, les dents effectuent leur éruption selon leur espèce, selon leur forme, leur volume. Nous avons compulsé un grand nombre d’auteurs, et parmi les plus sérieux nous avons pris une moyenne pour former un tableau de l’époque de l'éruption des dents. Il s’est trouvé que ce tableau se rapproche le plus de celui de M. Magitot; nous les donnons, du reste, tous les deux comme comparaison, nous avons remarqué aussi que le tableau de M. Magitot différait très-peu de celui de M. Trousseau. On a cru longtemps que les dents qui suivaient les incisives étaient les canines.

Dionis, Sabatier, Bichat, en un mot presque tous les anciens auteurs, l’ont soutenu ; l’observation de chaque jour détruit cette grossière erreur. M. Serre, le premier, prouve, dans sa nouvelle théorie de la

dentition, que non seulement la première petite molaire était remplacée avant la canine ; mais encore, dans l’ordre naturel, cette dernière paraissait plus tard au bord alvéolaire. De même que dans le fœtus, son germe se montrait moins promptement. Ce fait explique, du reste, pourquoi l’éruption des canines est souvent pénible, et pourquoi ces dents dévient si fréquemment.

Pour les dents de la deuxième dentition, même incertitude pour les auteurs de l’époque de leur sortie. M. Delabarre pensait que ce nouveau travail s’accomplissait à cinq ou six ans. Comme pour la première dentition, nous avons pris une moyenne approximative ; nous disons approximative, car la dentition chez les tilles, par exemple, est plus précoce que chez les garçons. C’est un phénomène qui a été remarqué, du reste, par tous les auteurs. Nous pensons aussi que la première molaire de la deuxième dentition devrait être appelée dent de sagesse de la première dentition. En effet, son évolution produit des désordres presque aussi graves que la troisième molaire ou dent de sagesse de la dentition permanente.

Nous venons de voir à quelle époque avait lieu l’éruption des dents de lait; mais cette éruption présente de grandes anomalies : ainsi Béclard place • l’éruption des dents du sixième au douzième mois, mais fait observer que certains sujets viennent au monde avec des dents, tandis que d’autres atteignent trois ans et même davantage sans qu’une seule dent se soit fait jour.. Il arrive souvent que les inci-

sives supérieures sortent avant les incisives inférieures, que les canines se montrent avant les molaires. Nous avons vu dernièrement un enfant qui avait les incisives latérales et n’en avait pas encore de centrales ; Raw a observé un fait à peu près semblable. Enfin la précocité de l’éruption présente une foule d’anomalies ; on en trouve des exemples chez tous les auteurs anciens: Pline, Colombo, Van Swieten, Haller, Baudelocque, Sœmering, Gardien, citent des cas où des enfants sont venus au monde avec plusieurs dents. C’est une anomalie que M. Hamy a étudiée dans sa thèse inaugurale ; il en cite un cas et combat l’idée généralement admise que les enfants qui naissent avec des dents sont plus forts et plus développés que les autres. Nous nous rangeons de son avis, quoique certains grands hommes soient venus au monde avec des dents et aient vécu fort âgés. Voici un fait choisi parmi ceux que nous avons été amené à observer. M. L..., étudiant en médecine, est venu au monde avant terme (sept mois), ayant quatre incisives, les deux grandes incisives supérieures et les deux inférieures ; il avait de plus une abondante chevelure noire, ce qui nous amène à faire remarquer que presque tous les enfants ayant des anomalies de précocité semblable ont le système pileux très-développé, contrairement à ceux chez qui la dentition est lente et même nulle, qui sont généralement atteints de calvitie congénitale.

Maintenant, puisque nous avons esquissé à grands traits ces anomalies d’éruption, nous allons aborder dune manière plus sérieuse les anomalies des dents

de la première et de la seconde dentition, surtout de la deuxième dentition, les dents de lait étant destinées à être remplacées et offrant, du reste, très-peu d’anomalies.

Première dentition.

Incisive centrale inférieure . 7 e mois.

— supérieure . '10e mois.

Incisive latérale inférieure . 17e mois.

— supérieure . 20e mois.

Petite molaire inférieure . 24e mois.

— supérieure . 27e mois.

Grosse molaire inférieure . 29e mois.

— supérieure . 31e mois.

Canines . 30e ou 33e mois.

Deuxième dentition .

Premières grosses molaires . 7 ans.

Incisives centrales . 8 ans.

Incisives latérales . 8à9 ans.

Premières petites molaires . 9 ans.

Deuxièmes petites molaires . Il ans.

Canines . 11 ans.

Deuxièmes grosses molaires. ... 12 à 14 ans.

Dents de sagesse. ... ... depuis 16 ans.

Tableau de la première et de la deuxième dentition

d’après M. Magitot.

Première dentition.

Incisive centrale inférieure . 7e mois.

— supérieure . 10e mois.

Incisive latérale inférieure . 16e mois.

— supérieure . 20e mois.

Prémolaire inférieure . 24e mois.

— supérieure . 26e mois.

Molaire inférieure . 28e mois.

— supérieure . 30e mois.

Canines . 30 ou 33e mois.

Deuxième dentition.

Premières molaires . 5 à 6 ans.

Incisives centrales . 7e année.

Incisives latérales . 8 ans 1/2.

Premières prémolaires . 9àl2ans.

Deuxièmes prémolaires . 11 ans.

Canines . 11 à 12 ans.

Deuxièmes molaires . 12 à 13 ans.

Troisièmes molaires . 18 à 25 ans.

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