I. — Anomalies de nombre
A. Anomalies par défaut. — L’art ne possède aucun moyen pour amener la formation d’un follicule dentaire absent ou pour exciter la sécrétion d’un follicule qui existe, mais dont la vitalité se trouve insuffisante. Dans les anomalies de ce genre, il faut donc attendre que le sujet soit arrivé à son développement complet, et alors remplacer, s’il le désire, par des pièces artificielles les dents dont la sortie n’a pas lieu.
B. Anomalies par excès . — L’excès de nombre des dents, disent beaucoup d’auteurs, peut n’être qu’apparent et tenir à la persistance d’une ou de plusieurs dents de lait. Nous prétendons que, dans ce cas, ce n’est pas une anomalie de nombre, mais bien une anomalie de position partielle ; en effet, les dents considérées par ces auteurs comme surnuméraires sont des dents simplement déviées, par suite de la persistance des dents de fait. Nous y reviendrons plus loin aux anomalies de position.
Nous considérons réellement comme excès un maxillaire ayant, par exemple, cinq canines, trois incisives, onze molaires ou plus. Les dents surnuméraires que
Fig. 1. — Maxillaire ayant trois petites molaires du côté droit. Les deux grandes incisives sont très-développées.
nous avons rencontrées étaient situées en arrière, entre les incisives et les canines; ces dents sont beacoup plus
Fig. 2. — Trois grandes incisives. — L’incisive surnuméraire est couchée
transversalement.
petites que les dents régulières, et, quel que soit leur siège, ressemblent toujours plus, par leur couronne et par leur racine unique, à des canines qu’à toutes
autres, ou pour mieux dire elles paraissent arrêtées dans leur développement.
Fig. 3. — Maxillaire ayant une dent surnuméraire à la partie postérieure
des incisives.
L’anomalie la plus curieuse que nous avons observée comme dent surnuméraire est une canine implantée à la voûte palatine. M. Desirabode (1) a cité plusieurs faits semblables. Il nous a été envoyé, dit-il, l’an 1829, par Delpech, un jeune homme portant à la voûte palatine une ouverture occasionnée par l’extraction inconsidérée d’une dent de cette espèce. Cette ouverture communiquait avec les fosses nasales par suite de la fracture en éclat des os palatins et maxillaires ; l’emploi d’un obturateur fut nécessaire. Il n’est pas trèsrare de voir des dents (surtout des canines) faire éruption dans l’apophyse palatine; mais alors ces dents ne sont pas surnuméraires; elles sont simplement déviées : c’est un vice de position. Dans le fait que nous avons
(1) L’ Abeille, journal des Dentistes. Orléans, 1862.
observé, le maxillaire supérieur n’avait que le nombre voulu de dents; celle qui était surnuméraire était implantée à la voûte palatine et avait plutôt la forme d’une canine.
Fig. 4. — Canine du côté droit, implantée à la voûte palatine.
Il arrive quelquefois, nous pourrions dire même assez souvent, qu’une troisième dentition a lieu chez les vieillards; mais les auteurs n’admettent pas de troisième dentition : il est convenu de la considérer comme anomalie de nombre par excès. Voici plusieurs observations sur ce sujet, recueillies par M. Berthaux et M. A. Fanton, qui admettent assez volontiers une troisième dentition. Nous prétendons que cet excès, loin d’être un bienfait de la nature, est au contraire un inconvénient. Ces dents se trouvant en effet sur les arcades dentaires et manquant de point d’appui, irritent et ulcèrent les gencives. Nous avons eu l’occasion de le constater deux fois; les personnes qui portaient ces dents ont été obligées de les faire extraire.
Nous les avons minutieusement examinées après leur extraction : il n’existait pas de pulpe; l’ivoire avait peu de consistance, et l’émail n’existait pour ainsi dire pas.