‹ Considérations sur les causes générales des troubles des Pays-Bas au XVIe siècleChapitre 3 sur 4 · PAROLES ATTRIBUÉES A PHILIPPE II · texte numérisé non relu

PAROLES ATTRIBUÉES A PHILIPPE II

AU MOMENT DE SON DÉPART DES PAYS-BAS (7 et 25 août 1559)

La première feuille de ce livre était tirée, lorsqu'une circonstance, dont nous allons parler, ramena notre attention sur ces paroles, empruntées par nous aux Commentaires sur Pontiis Payen de M. Alexandre Hernie.

Dans l'apostrophe attribuée au Roi, à la date du 25 août {no, no los estados, ma vos, vos), le mot ma est italien et non espagnol. Quant au vocable : vos, il ne peut être accepté qu'avec réserve.

Nous résolûmes dès lors de soumettre toutes ces pafolés à une critique sévère, et nous consignons ici le résultât de nos recherches.

Le propos du 7 août 1559 tenu à Gand a tous les caractères de la vraisemblance.

Les historiens sont, en efTet, d'accord pour dire que non seulement Philippe II éprouva un vif mécontentement de

la remontrance des États, mais qu'il s'en ouvrit au comte d'Egmont et aux autres seigneurs.

Pontus Payen, qui dit « avoir ouy raconter ung person- (( nage d'aucthorité )), s'exprime ainsi : a Mais quand se <;: vint à la fin concernant le partement des Espagnols (c s'assit assez rudement en sa chaière royalle, où il dece meurà bon espace, fort pensif, changeant souvent de ce couleur et contenance, de sorte que les assistans ce povoyent aisément cognoistre l'altération qu'endurcit (( son esprit. »

Et plus loin : « Il prinst lesdites requestes, aussi bien (T que les conditions, de fort mauvaise part, et ne se peult « contenir qu'il ne dist au comte d'Egmont et aultres (( seigneurs qui estoient présents, qu'il avoit par là (( cogneu manifestement le peu d'amitié et de respect que (( luy portoyent ses suhjects ».

L'historien hollandais Wagenaar va plus loin. Il rapporte les paroles que le Roi aurait prononcées en cette occasion. Voici le passage textuel : (c Bitter smaakte den « Koning dit vertoog, en sommigen verhaalen, dat hy, « terstond, toornig, uit de vergadering ging, ]bruskelijk « vraagende of zy hem, die ook een Spanjaard was, (( mçde het land wilden doen ruimen ^ »

En revanche, l'apostrophe adressée au prince d'Orange, le 25 août 1559, éveille certains doutes et ne peut être acceptée que sous expresse réserve.

Elle est rapportée par Aubry du Mouriez dans ses

1 Traduction textuelle. — Cette représentation déplut fort au Roi, et d'aucuns rapportent que, sur le champ, il quitta rassemblée, en proie à la colère, et en demandant brusquement : si lui aussi, en sa qualité d'Espagnol, on prétendait le faire sortir du pays.

Mémoires pour servir à Vhistoire des provinces unies, et cet auteur dit que son père tenait le propos d'un gentilhomme, ami du prince d'Orange, et qui avait assisté à la scène ^

Certes, cette sorte de filiation est faite pour mériter une certaine confiance. Malgré cela, nous ne sentons pas nos doutes dissipés, et il y a pour cela deux raisons.

Nous déclarons d'abord que ce qui inspire notre défiance, ce n'est pas le silence gardé sur ce point par la correspondance française. Cette correspondance est compassée et officielle. Le Roi et sa sœur réservent les confidences pour leur correspondance espagnole. Ce n'est pas non plus le passage où Pontus Payen raconte le gracieux accueil fait à Flessingue par Philippe II aux seigneurs 2. Assurément, Pontus Payen, homme d'une haute culture intellectuelle, est un historien considérable; mais son cœur est à l'Espagne, et ses assertions ont besoin d'être contrôlées. Enfin, ce ne sont pas les mercèdes accordées par le Roi à Orange, Egmont, Berghes, Megen, Glajon et Aremberg. Ces libéralités ne tiraient pas à conséquence, et Philippe trouvait toujours le moyen de ne pas s'acquitter.

Nos doutes viennent d'ailleurs :

Nous faisons observer d'abord que le texte espagnol est indubitablement altéré. Ma n'est pas espagnol, c'est pero qui est toujours employé en ce sens. Quant au mot vos, Aubry du Mouriez dit, à la vérité, qu'il constitue un terme

^ Nous devons cette communication à robligeance de M. Alex. Henné.

2 M L'armée navale apprestée, le Roy fit assembler les sei- « gneurs dessus nommez, les embrassa l'un après l'aultre fort « humainement, les remerciant des bons debvoirs et services « qu'il ne mestroit jamais en oiibly. »

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