DOUZIÈME MÉMOIRE
SUR LA LIMITATION DE L'ÊCHIQUIRR STIlATtelQVK.
La base d'approvisionnement, et Tobjet des opérations, sont les deux premières données sur lesqnelles nous devons Tonder nos calculs stratégiques. La première est une ligne qui est en notre pouvoir, le second est un point que nous voulons conquérir. Pour y parvenir, noo9 devons choisir entre les différentes voies qui noux mènent de Tune à l'autre, la route la plus tAn, la plus facile, et par conséquent la plus avantageuse. La limitation de l'échiquier stra- 1 t^que est l'opération la pins propre pour nous guider dans notre choix.
En prenant la ligne d'approvisionnement pour base et l'objet des opérations pour sommet, nous nous formerons facilement un triangle, en liant par des ligne» les deux points extrêmes de notre base avec le sommet. 11 s'ensuit que les deux cAtés du triangle seront les lignes les plus menacées, puisqu'elles se présenteront les premières aux attaques d'un ennemi qui se dirigera dans le flanc du triangle.
Lorsqu'une de ces lignes extrêmes, comme CD ouCK (P^ i-^.Fig. -1), sert de ligne directrice, Tennemi peut facilement, en se poi^ tant entre l'armée ennemie et sa base, l'en séparer et la forcer de revenir sur ses pas pour se foire jour l'épée à la main, ou de choisir d'autres directions, peut-être moins avantageuses, moins conformes aux circonstances et aux localités, et qui seront en dissidence avec
les règles de la stratégie. Une malencontre pareille peut bouleverser l'ensemble du plan de campagne et avoir des résultats très-funestes.
Toutes les lignes qui se trouvent dans l'intérieur du triangle seront, au contraire, moins exposées que les extrêmes, et la ligne la plus sàre sera toujours celle qui tombe perpendicin lairement du sommet sur la base comme CG; car, avant d'y parvenir, l'ennemi sera obligé d'en intercepter plusieurs , qui ne sont jamais sans surveillance, et avant d'arriver i la ligne centrale , il trouvera plus d'une entrave difficile à vaincre, et le plus souvent une imposâtbilité totale de l'atteindre.
Si les circonstances nous obligent cependant à nous servir d'une des lignes extrêmes, elles nous mettent alors dans l'obligation d'obvier à cet inconvénient par des mesures de précaoti'ons, qui consistent dans les détacbements de sûreté dont le devoir est de flanquer la ligne menacée et d'en assurer l'intégrité.
Lorsque la ligne extrême longe quelque terrain impraticable, comme la mer, nn vaste m^ rais, une chaîne de montagnes dont l'ennemi ne puisse aisément forcer les passages, ou un pays neutre ou ami, tous les ïnconTénienIs s'aplanissent , et les détachements de sAreté deviennent inutiles.
L'application de ces principes an l«rraia pourra beaucoup mieux nous les édaircir
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DK LA STRATÉGIE.
Prenou, par eumple, la campagne de 1815.
Bertin éUU la base d'appvvùioQaemeDt de l'iinnée du Nord, Brealau celle de l'ariBée de SUésie {PUmche 2), Leipiig l'objei priocipal des opérations des deux anoées. En preuaul la ligne qui joint Berlin avec Breilau pour base , et le point de Leipzig pour sommet, noufi formerons notre tjiangle stral^que ABC. Les lignes directrices des deux armées étaient sur les deux liguer extrêmes du triangle, et se trouvaient les plus menacées de toutes celleti qui partaient de ta ligne AC. Celle AB ae Irouvail flanquée par un terrain -que l'ennemi pouvait facilement envahir, en s'y portant de Hambotu^ et de Hagdebourg. Il y avait donc une nécessité urgente de paralyser tous les mouvemeolsoffensiis qu'il aurait pu entreprendire, en se basant sur ces deux places, et c'est juiilement ce qui fut fait. Le général comte de Walmoden, à la tète de 26,396 hommes et de B5 pièces de caoon , fut détaché pour couvrir U ligne extrême de Berlin à l^ipzig, contre les lentaLives que le maréchal Davoust pouvait faire de Hambourg. U prit position derrière la Sleckniti^ entre LauenbourgelHolleD,etaprès beaucoup de mouvements ofiensifs et de retraites, paralysa avec beaucoup d'habileté toutes les opérations fies ennemis.
Les généraux Tchemichef, Hircbfeld et Pultlitz, à la léte de 13 à 14,000 hommes, furent envoyés du càté de Hagdeliourg, et remportèrent à Belzig une victoire complète sur les troupes françaises sorties de la place sous les ordres du général Gérard.
C'est ainsi que ces deux corps flanquants dégagèrent tout le terrain compris entre la rive droite de l'EJbe et la ligne extrême de Berlin à Uipiig, de toutes les tentatives que l'enuemi avait projeté.
Sur le flanc gauche, la ligne directrice de l'armée de Silésie était aussi sur la ligne extrême du triante sti-alégique; mais cet écart n'eotrainait dans aucun inconvénient majeur. Celle ligne était flanquée par les fronliëres de la Moravie et de la Bohême , pays confédérés , qui metlaieot cette ligne en sûreté.
Il en était tout à fait autrement des mouvements de Napoléon. Basée sur les places de l'Elbe, depuis Hambourg jusqu'à Dresde, sa ligne directrice contre l'armée de Silésie , en parlant de Dresde, allaitpar Baulien, Goriitx, etc..
et se trouvait sur le côté EC du triangle DEC, kngeantune frontière énnemiei Les alliés pouvaient, eudéboncbant par Bohm, Leips, Ziltau ou Hirschberg, inquiéter la ligne d'opérations des Français et leur intercepter leur communicatioD avec Dresde. Haia l'armée de Bobéme, employée dans des opérations oSeusives contre cette ville, ne pouvait pas ae disséminer pour entreprendre ce mouvement, et il n'y avait pas d'autres troupes disponibles qu'on ait pu y employer.
Toutes les lignes de la gauche qni aboutissaient k Berlin, comme celle de Torgau, Wittenberg, Hagdebourg et Hamboui^, étaient assurées l'une par l'autre, et la dernière longeait, en grande partie, un terrain neutre ou paralysé par un manque total du troupes.
Tel a été aussi le défaut dans lequel l'armée de Bobéme est tombée p«'ndant la même campagne. Sa ligne directrice se trouvait sur l'extrême droite EG du triangle stratégique EFG, cette ligne avait l'inconvénient de longer la ligne de l'Elbe, qui était au pouvoir des Frau* fais , et de passer à peu près sous le canon de Kunigslein , où les Français pouvaient franchir en sécurité le fleuve et intercepter la ligne directrice des alliés.
Plus tard, au moment du mouvement offensif de cette armée sur Leipzig, le méiue écart se fit sentir aussi dans le triangle BFG; mais on obvia à Ions les dangers, en masquant la ligne de l'Elbeella place de Dresde, d'oiiles Français pouvaient délMucher, parle corps du comte Tolsloy, qui protégea la ligne extrême BC.
Dans la guerre que les Kusses ont soutenue contre les Turcs, en 1 8â8, leur ligne direclrici! était aussi sur l'exlréme gauche delà base comprise entre Ismaîl et Boukarest, qui formait avec le point de Varna le triangle stratégique; mais cette ligne longeait la mer Noire, qui était au pouvoir des Itusses et qui la mettait i l'abri de toute attaque.
Les exemples que je viens d'olTrir au lecteur seront suiBsaots pour le guider dans l'opération primitive, qui a la formation du triangle stratégique pour but. Ce triangle se trouvant une fois désigné, l'appréciation des dilférentes lignes qui, en parlant de la base, aboutissent à l'objet des opérations, devient facile et d'une efficacité non douteuse. On choisit entre ces lignes celle que des circonstances impérieuses.
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HÉHOiRES SUR LES PRINCIPES
ou les ivaaUges des localités, nous «diligent i préférer aux autres ; le Iriangle stratégique nous servira à en connaître les prérogatives ou les désavantagefi, et à voir si remplacement de la directrice n'exige pas d'anlres secoors que celui des lignes de cuopéralioDs , ou bien si des détachemenls de sûreté deviennent nécessaires pour en assurer l'intégrilé.
Ici finit ce que j'ai oommé le tyitinu géogntphiifttc de la stratégie. Le lecteur a pu se
coavaintre qu'il estcompMéd'âteMntssIaUes, car leur majeure partie est basée sur la géo- ^phie militaire, qui ofie une nature intmuâble; que loin de ne posséder ni riglani principes, ce système en ottn une très-gnnde série qui , liés ensemble par des nœuds iodissolnbles, impriment à cette partie de la sdence militaire, un caractère synthétique qu'<m oc saurait méconnaître.
Après avoir achevé les développements de la section théorique de la stratégie, piasoos maintenant à la partie pratique, que j'ai nommi le npièmt opéraiif.
DE U STRATÉGIE