‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des Mémoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 49 sur 95 · L'ordre perpendiculaire · texte numérisé non relu

L'ordre perpendiculaire

Le premier possède les mêmes espacen entn les lignes de jléploiement des deux armées bdligérantes (PI. i , (ig.9); par la dispositimi des différentes masses , le second oe présente qu'un des flancs à son adversaire en refusant le flanc opposé ( Fig. 10 ), et le troisième est celui par lequel l'armée assaillaote se place perpendiculairement sur un des flancs de la ligne ennemie (Fig. H ).

En tactique , l'ordre perpendiculaire est li plus avantageux; mais il n'en est pas toujoois de même en stratégie. La tactique, lorsqa'no flanc est rejeté sur l'autre , la difformité des masses qui en provient, est le préliminaire de la victoire ; en stratégie , le plus grand avaiK tage , comme nous venons de nous en convaiDde, résulte de leur séparation. L'ordre perpendiculaire qui nous place parallèlement à la ligne directrice de nos adversaires nous accorde, sans doute, de très-grands avantages, mail laissant les masses défensives enconceDlntit». au lieu de les séparer, les ennemis conserveot la faculté de pouvoir, à la suite d'un succte, réparer les vices de leur position, et la stratégie n'en recueille plus ni les mêmes avantages ni les mêmes résultats.

Un autre inconvénient asseï grave peut leodre une position perpendiculaire videott,

(>) Toye* la carte de t'ibite par Bâcler d'Albe.

(s) Pour l'iDlelllg«nce de ces mouveacnts, qn'H ne saurait asseï apiirorondlr, je conseille au lednr de recourir h la description claire et précise qM nous en a donné le général Joinini, dans un BiMrt erilii/ue et milUo^e dei eampagnet de la rrfcablio*

(YOl.Vt.).

c'est que rarement on poum se placer avec tontes ses tome» snr l'extrémité du flanc de MU ennemi , sans découTrir ses propres commuaicaUons. L'échec tactiqae dont j'ai parlé, a-t-il loanié au désavantage des assaillants, qu'en arrÎTe-t-il T On ae trouve sur une fausse direction, engagé dans des mouvements qu'on n'est pas toujours maître de changer, et pour peu que les ennemis soient prompte et hardis, on se met à la merci des plus grands dangers.

En s'avançant dans l'ordre parallèle contre son ennemi, on est toujoursl même de pouvoir menacer l'un des trois points de sa ligne : les deux flancs on le centre. Selon que les avantages topographiqnes le permettent, on conserve donc la faculté de rassembler les dtffiirentes parties en une seule masse, de séparer un des flancs du centre et du flanc opposé, on en tombant sur le centre même , d'isoler les deux flancs.

Dans ces cas , les voies qui nous conduisent i la ligne ennemie décidenlbeaucoup du choix de l'attaque ; car le mouvement des masses est assujéti k la direction des lignes de jonctioDS. Au lieu de nous conduireverslecentre, comme nous te désirerions , il peut arriver qu'elles nous dirigent sur un des flancs, et quelquefois, de manière i ne nous laisser que la possibilité de tomber de front sur le flanc même, sans pouvoir interposer nos forces entre un des flancs et le centre.

Le déploiement stratégique doit aussi être fait de manière à pouvoir , à chaque occasion où la nécessité l'exigera , rassembler les différentes masses en une seule , pour être à même de porter un coup décisif. Il est donc indispensable de porter une attention scrupuleuse sur les diflBcultés du terrain, que la nature interposerait entre les différentes parties , et ne déployer siratégiquement les corps, que de manière à pouvoir les. concentrer sur le point de la ligne sur lequel devra se prononcer le mouvement oflensif. C'est dans le rassemblement des armées sur le point décisif que glt le génie du chef , c'est ce talent que Napoléon possédait au suprême degré , et qui lui avait aussi acquiscetle prépondérance marquée dont il a joui sur ses adversaires.

Quant au déploiement dans l'ordre oblique , il possède un défaut capital : celui d'avoir les têtes des différeotes colonnes à distance inégale

de l'objet qu'ou-veut atteindre. 11 en résulte du retard dans les mouvements ofi'ensib ; les différentes parties du déploiement sont isolées en attendant les unes les autres , et peuvent se trouver i la merci d'nne attaque , k laquelle leurs forces physiques ne leur permettent pas de s'opposer. Tel a été, en 1813 , l'ordre de marche du centre des années françaises, composé des corps de Saînt-C;r , du vice-roi d'Italie et des gardes. Le mouvement excentrique que Napoléon fit faire au prince Eugène vers Dévénicki, avait retardé son mouvement sur Dokchilzy, tandis qn'il devait s'y trouver en même temps que Saint-Cyr k Gloohokoë. An lieu de pousser sur Ouchatch, les gardes et I« 6* corps furent obligés de stationner k Gloubokoé, pour donner au ^ le temps d'égaliser les têtes des colonnes et de reprendre l'ordre de déploiement parallèle.

Il arrive que les opérations embrassent une vaste étendue de terrain, où on est dbligé de faire manoeuvrer plusieurs armées, et où cea années sont appelées k agir dans diflérentes sphères. Tant qu'il ne s'agira que des objets secondaires, chacune d'elles pourra opéra- iaolémenl dans sa section, de manière à remplir la tâche qui lui est imposée; mais comme l'échiqnier le plus vaste ne possède qu'un seul point principal et vraiment décisif, qui doit être le point de mire des difl'érentes masses, cet objet devra servir de but aux parties qui composent le tout. Tous les mouvements concentriques des difl'érentes années devront tendre vers ce but commun d'où dépend l'ii^ tégrité du pays. Dans un cas pareil, le calcul du temps et des distances ne sauvait être asses scrupuleusement observé. C'est de ce calcul, aussi subtil que difficile, que dépend la concenlratinn des forces sur le point où doit se décider le sort de la guerre.

Les différentes directions dans lesquelles les armées opèrent, nous indiquent souvent, d'une , manière non douteuse, l'objet qui doit être le point de mire commun des différentes armées offensives.

Nous pouvons en puiser un exemple dans la campagne de 1815.

Les armées alliées opéniîent sur trois pointe différente. Deux parties se trouvaient surla rive droite de l'Elbe , dans les directions de Breslau à Dresde et de Berlin à Wittenberg , tandis que

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la (roisi^oe manœuvrait Bor la rive gauche du fleuve, dans celle de TopliU sur EVesde. Ces troiséchiquiersprouvaieot, d'une manière évidente, que l'objel commun des opérations des trois années se trouvait sur la rive gauche de l'Elbe , et en voici la raison. D'après les posilions qu'elles occupaient, Dresde ne pouvait servir d'objet qu'à deux années : à celle de Silésie et i celle de Bohème. Ces deux armées ne pouvaient opérer que sur tes lignes extérieures, tandis que les Français, massés sur une seule intérieure , conservaient la Taculté de s'opposer à tons leurs mouvements concentriques, et de &ire échouer leurs tentatives snr cette place. L'armée du nord, qui opérait dans la direction de Berlin sur Wittenberg, pouvait opter entre aa jonction avec l'armée de Silésie ou celle de Bohême. En se réunissant à la première, leurs mouvements offensifs auraient été paralysés par la ligne de défense de l'Elbe, qui se présentait de front àleurs opérations ultérieures. La jonction avec l'armée de Bohème, au contraire, <^rait moins de difficultés à vaincre et menait à de plus grands résultats. L'armée du nord , qui devait franchir l'Elbe à Roslau ou à Acken, reportait le théâtre de la guerre sur le terrain enclavé entre la Mulde et la Saale.

Pour opérer conjointement avec l'armée de Bohème, ces denx masses devaient donc choisir entre la chaîne de l'Erz et la partie de l'Elbe

comprise entre Dessau et Acken, un point de jonction qui possédât les avantages néceasaiiet pour être constitué en objet principal. Ce cboii ne pouvait tomber qae sur Leipzig. En se portant vers cette ville, on obligeait l'armée française d'abandonner le pivot principal dt ses opérations, Dresde et sa ligne cenbale, l'Elbe , pour défendre la ligne directrice qui se trouvait compromise. La possession du point de Leipzig devait avoir une influence majeure sur les opérations des Français, et ètred'im très-grand avantage pour les alliés. Aussi fut-il cboiu pour le rassemblement des difiéreatee armées offensives, et c'est sous les murs de cette ville que se livra la fameuse bataille qui décida du sort de l'Allemagne.

En 1812, lorsque l'armée française franchit les frontières de l'empire russe, sesopérations reçurent aussi deux directions principales:! gauche de Kovno par Vilna, vers Gloubokoé et Dokchilzy, dans l'entre-deux de la Dima et du Dnèpre, à droite de Crodno sur Minsk. L'objet commun des opérations ne pouvait être que Smolensk , car c'est sur ce point que se rassemblent toutes les routes qui conduisent de la partie attaquée des frontières; c'est aussi là, qu'après des courses divei^entes, les différentes armées russes et françaisesse trouvèrent rassemblées, et livrèrent la bataille qui en porte le nom.

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DE lA STRATÉGIE.

DlX^EPnÈME MÉMOIRE.

SDK LES GRANDES OPÉRATIONS DËFERSIVES.

Les principesqui doivent servir de guide aux opérations défensives peuvent , en grande partie, être déduits de ceux que nous avons établis pour le système offensif.

Toute opération défensive a aussi deox buts essen tiels à remplir :

1. De résister à l'armée assaillanle, et de la battre si l'occasion en est favorable;

S. De garantir et de défendre le pays que l'ennemî se propose d'envahir.

Le premier, comme je l'ai déjà dit, appartient à la tactique, il dg s'agit donc ici que du

Le premier but dont l'armée défensive doit «'occuper, est la défense de la ligne frontière. Dans ce cas, l'emplacement préliminaire des armées influe sur les opérations défensires ultérieures, autant que le choix du point des frontières qu'on prend pour but de l'attaque, décide des manœuvres offensives.

Les parties faibles des frontières ont-elles été mal appréciées, et les armées placées en .senscontrairedes points vulnérables, l'invasion des ennemis n'est plus i éviter, et les opérations des forces actives deviennent, non-seulement gênées, mais pernicieuses.

Esclaves des mouvements de leurs ennemis, les défenseurs ne conservent plus la faculté de recouvrer, quand ils le veulent, les avantages

qu'ils auraient cédés. Ce n'est, quelquefois, qu'avec une perle sensible de temps et de terrain qu'on parvient à rétablir l'équilibre ; mais le sacrifice du terrain devient, pour une armée qui manœuvre déjà dans un système désavantageux, un mal irréparable.

Passons à un exemple, et prenons celni que nous offre l'ouverture de la campagne de 1813.

Les armées russes, assujélies k une stricte défensive, s'étaient déployées sur la ligne transversale depuis Keïdany par Lida , jusqn'à Novot-Dvor. La première formait la droite, la deuxième l'aile gauche. Les furces de ces deux armées se trouvaient dans un éioignement d'environ 30 myriamèlres les unes des autres. Séparées par la vallée du Niémen, elles l'étaient encore par un espace qui était hors de mesure. On interposa, entre les deux masses principales, deux corps qui devaient servir d'échelons de jonctions, dont l'un était à Lida et l'autre à Crodno, Ce déploiement était vicieux, car ces masses, trop faibles par elles-mêmes, étaient encore disséminées sur une grande étendue et hors d'état de se concentrer sur le point décisif. Il arriva, ce & quoi on devait s'attendre: Napoléon, en jetant une force respectable entre les deux flancs, parvint à les séparer pendant un certain temps, et ce n'est qu'en sacrifiant une grande section de terrain, que les

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g^éraux russes parrinrent à se réunir sous les murs de Smotensk (<)•

La coinplicalioD des éEëments du système défensif en rend les opérations beaucoup plus difficiles que celles du système offeDsif. Obligée de protéger la direclrice de la guerre, la base d'approvisionnement, et eagénéral le terrain qu'elle défend, et de se moduler encore sur les mouTements de son ennemie, l'armée défensive se trouve souvent entre plusieurs allemalives qui rendent son r61e très-pénible. Toutes les ressources de la stratégie et de la tactique doivent être déployées avec subtilité et précaution, tous les avantages du terrain doivent être utilisés avec sagesse et discernement L'individu qui saura maîtriser le système défensif, et en conduire les opérations avec sagacité et finesse, dominera toujours d'une manière prépondérante dans une offensive décidée.

Les désavantages inbérents au système défensif nous mettent aussi dans l'obligation, an défaut d'une force majeure active, de l'appuyer do moins par une autre passive : ce sont les places fortes. Elles sont appelées i 7 jouer nn trèe-f^rand rôle, et ne pouvant être élevées en peu de temps, leur construction nous fait un devoir de nous en occuper de longue main.

Un des grands avantages d'un échiquier bien fortifié est , non-seulement de nous offrir dans ses objets d'opérations des points d'appui permanents, mais de nous ménager aussi plusieurs retraites qui nous mettent à même de maMBuvrer dans différentes directions, et de paralyser les mouvements offeosifsdes ennemis, en nous portant sur une communication latérale qui offre une position de flanc.

Cette opération , très-avantageuse en effet, revendique cependant des apprêts préliminaires. Les a-t-on né^igés, la manœuvre se complique et devient épineuse, car on découvre l'objet principal des opérations.

Au défaut des places fortes, on ne saurait y suppléer que de deux manières :

<i) Ajant àéîk eu roccuioD de Mielopper loutcE 1m optntioni de cette campagne, je prendi la liberté d'attirer l'attentiaD du lecteur sur mon ounage intitult: CoiuiiéralUmiturUtgrattdeiopiratioiu, la batailla et le* eovAatt dt la campagne de Btuiit en 1813 ( Pag. SS à 61). Il 7 troaiera tous les détalb ntcesni-

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