‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en RussieChapitre 39 sur 86 · SUR LA LIMITATION DE L*ÉGHIQUIER STRATÉGIQUE · texte numérisé non relu

SUR LA LIMITATION DE L*ÉGHIQUIER STRATÉGIQUE

La base d'approvisionnemeDt, et Tobjet des opérations, sont les deux premières données sur lesquelles nous devons fonder nos calculs stratégiques. La première est une ligne qui est en notre pouvoir, le second est un point que nous voulons conquérir. Pour y parvenir, nous devons choisir enlre les différenles voies qui nous mènent de Tune à Taulre, la route la plus sûre, la plus facile, et par conséquent la plus avanlageuse. La limitation de Féchiquier stratégique est l'opération la plus propre pour nous guider dans notre choix.

En prenant la ligne d'approvisionnement pour base et Tobjet des opérations pour sommet, nous nous formerons facilement un triangle, en liant par des lignes les deux points extrêmes de notre base avec le sommet. Il s'ensuit que les deux côtés du triangle seront les lignes les plus menacées, puisqu'elles se présenteront les premières aux attaques d*un ennemi qui se dirigera dans le flanc du triangle.

Lorsqu'une de ce-s lignes extrêmes, comme CD ou CK (PL i^, Fig. 4) , sert de ligne directrice, Tennemi peut facilement, en se portant entre Tannée ennemie et sa base, l'en séparer et la forcer de revenir sur ses pas pour se faire jour l'épée à la main , ou de choisir d'autres directions, peut-être moins avantageuses, moins conformes aux circonstances et aux localités, et qui seront en dissidence avec

les règles de la stratégie. Une malencontre pareille peut bouleverser l'ensemble du plan de campagne et avoir des résultats très-funestes.

Toutes les lignes qui se trouvent dans l'intérieur du triangle seront, au contraire, moins exposées que les extrêmes , et la ligne la plus sûre sera toujours celle qui tombe perpendiculairement du sommet sur la base comme CG; car, avant d'y parvenir, l'ennemi sera obligé d'en intercepter plusieurs, qui ne sont jamais sans surveillance, et avant d'arriver à la ligne centrale , il trouvera plus d'une entrave difficile à vaincre , et le plus souvent une impossibilité totale de Tatleindre.

Si les circonstances nous obligent cependant à nous servir d'une des lignes extrêmes, elles nous mettent alors dans l'obligation d'obvier à cet inconvénient par des mesures de précautions, qui consistent dans les détachements de sûreté dont le devoir est de flanquer la ligne menacée et d'en assurer l'intégrité.

Lorsque la ligne extrême longe quelque terrain impraticable, comme la mer, un vaste mar rais, une chaîne de montagnes dont l'enneoil ne puisse aisément forcer les passages, ou un pays neutre ou ami, tous les inconvénients s'aplanissent , et les détachements de sûreté deviennent inutiles.

L'application de ces principes au terrain pourra beaucoup mieux nous les édaircir

DE LA STRATÉGIE

Prenons, par eiemple, la campagne 9e 1813.

Berlin était la base d'approvisionnement de rannée du Nord, Breslau celle de Tarmée de Silésie {Planche 2), Leipiig l'objet principal des opérations des deux années. En prenant la ligne qui joint Berlin avec Breslau pour base , el le point de Leipzig pour sommet, nous formerons notre triangle stratégique ABC. Les lignes directrices des deux armées étaient sur les deux lignes extrêmes du triangle, et se trouvaient les plus menacées de toutes ceUes qui panaient de la ligne AG. Celle AB se trou- Tiit flanquée par un terrain que Tennemi pouvait facilement envahir, en s'y portant de Hambourg et de Magdebourg. Il y avait donc une nécessité urgente de paralyser tous les mouvements offensils qu'il aurait pu entreprandre, m se basant sur ces deux places, et c'est justement ce qui fut fait. Le général comte de Walmoden, à la tète de 28,396 hommes et de 53 pièces de canon , fut détaché pour couvrir la ligne extrême de Berlin à Leipzig , contre les tentatives que le maréchal Davoust pouvait faire de Hambourg. 11 prit position derrière la Stecknitz, entre Lauenbourg et Mollen , et après beaucoup de mouvements offensifs et de retraites, paralysa avec beaucoup d'habileté toutes les opérations des ennemis.

Les généraux Tchernichef , Hirchfeld et PultliU, à la tête de 13 à 14,000 bommes, furent envoyés du côté de Magdebourg, et remportèrent à Beizig une victoire complète sur les troupes françaises sorties de la place sous les ordres du général Gérard.

C'est ainsi que ces deux corps flanquants dégagèrent tout le terrain compris entre la rive droite de l'Elbe et la ligne extrême de Berlin à Uipzig, de toutes les tentatives que l'ennemi xvait projeté.

Sur le flanc gaucbe, la ligne directrice de Tannée de Silésie était aussi sur la ligne extrême du triangle stratégique; mais cet écart n'entraînait dans aucun inconvénient majeur.

Cette ligne était flanquée par les frontières de la Moravie et de la Bohême , pays confédérés , qui mettaient cette ligne en sûreté.

n en était tout à fait autrement des mouvements de Napoléon. Basée sur les places de l'Elbe, depuis Hambourg jusqu'à Dresde, sa ligne directrice contre l'armée de Silésie , en partant de Dresde, allait par Bautzen, Gorlitz, etc.,

et se trouvait sur le côté EC du triangle DEG, longeant une frontière ennemie. Les alliés pou* vaient, en débouchant par Bobm, Leipa, Zittau ou Hirscbberg, inquiéter la ligne d'opérations des Français et leur intercepter leur communication avec Dresde. Mais l'armée de Bohême, employée dans des opérations offei^ sives contre cette ville, ne pouvait pas se di»^ séminer pour entreprendre ce mouvement, et il n'y avait pas d'autres troupes disponibles qu'on ait pu y employer.

Toutes les lignes de la gauche qui aboutissaient à Beriin, comme celle de Torgau, Witp tenbei^, Magdebourg et Hambourg, étaient assurées l'une par l'autre , et la dernière longeait, en grande partie, un terrain neutre ou paralysé par un manque total de troupes.

Tel a été aussi le défaut dans lequel l'armée de Bohême est tombée pendant la même campagne. Sa ligne directrice se trouvait sur l'extrême droite EG du triangle stratégique EF6, cette ligne avait l'inconvénient de longer la ligne de l'Elbe, qui était au pouvoir des Français , et de passer à peu près sous le canon de Konigslein , où les Français pouvaient franchir en sécurité le fleuve et intercepter la ligne directrice des alliés.

Plus tard , au moment du mouvement ofiensif de cette armée sur Leipzig, le même écart se fit sentir aussi dans le triangle BFG; mais on obvia à tous les dangers, en masquant la ligne de l'Elbe et la place de Dresde, d'où les Français pouvaient déboucher, parle corps du comte Tolstoy, qui protégea la ligne extrême BG.

Dans la guerre que les Russes ont soutenue contre les Turcs, en 18:28, leur ligne directrice était aussi sur l'extrême gauche delà base comprise entre Ismaïl el Boukarest, qui formait avec le point de Varna le triangle stratégique; mais cette ligne longeait la mer Noire, qui était au pouvoir des Russes et qui la mettait à l'abri de toute attaque.

Les exemples que je viens d'offrir au lecteur seront sufiisants pour le guider dans l'opération primitive , qui a la formation du triangle stratégique pour but. Ge triangle se trouvant une fois désigné, l'appréciation des différentes lignes qui, en partant de la base, aboutissent à l'objet des opérations, devient facile et d'une efficacité non douteuse. On choisit entre ces lignes celle que des circonstances impérieuses.

MÉMOIRES SUR LES PRINCIPES

ou les avantages des kcalilés » nous obligent à préC^r aux autres; le triangle stratégiqQe nous servira à en oonnaitre les prérogatives on les désavantages, et à voir si Templaceaient de la directrice u.'exîge pas d'autres secours que celui des lignes de coopérations » ou bien si des détacbements de sûreté deviennent nécessaires pour en assurer Tintégrité.

ici finit ce que j'ai nommé le tgitème géographique de la stratégie. Le lecteur a pu se

convain6reqn'il est composé d*âémettts stables, car leur majeure partie est basée sur la géographie militaire, qui offre une nature immuable; que loin de ne posséder ni règles ni principes, ce systàme en offre une très-grande série qui, liés ensemble par des noBuds indissolubles, impriment à cette partie de la science militaire, un caractère synthétique qu'on ne saurait méconnaître.

Après avoir achevé les développements de la section théorique de la strat^e, passons maintenant à la partie pratique, que j'ai nommé le êifitème apérâUf.

DE LA STRATÉGIE

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