POSITIONS DS LÀ 1^ CATÉGORIE
Lorsque le fleuve sous la protection duquel on prend position décrit une ligne droite, il n'offre aucun avantage marquant ni pour le défenseur ni pour l'assaillant; les chances deviennent égales. Une ligne dont la convexité est tournée du côté des assaillants offre, au contraire, aux défenseurs qui se trouvent dans la partie concave, de grands avantages pour leurs opérations. Une position centrale, en les rapprochant de tous les points de la ligne de défense , les favorise dans tous leurs desseins. Ils ont les communications les plus courtes en leur faveur, et peuvent op|K>ser une défense solide et avantageuse sur tous les points.
Dans le cas présent, le sommet de l'angle est toujours un objet bien important. Il devient le point immédiat de l'attaque des uns , el de la défense des autres. Les assaillants ne peuvent, à peu près, entreprendre aucun mouvement de conversion pour le tourner, sans laisser leurs propres communications à la merci des défenseurs, et sans aller au-devant d'un désavantage stratégique positif. Recourons à un exemple :
Supposons qu'en 1814, au moment où les alliés s'approchaient de Pans, le foyer politique de la France fût transporté de la capitale derrière la Loire, et que la dissolution de la force mobile des Français pût seule influer sur les circonstances qui amenèrent la paix (f).
Depuis Candes jusqu'à Nevers, la Loire forme on angle saillant dont la convexité aurait été tournée du côté des assaillants. Retirée derrière cette ligne, l'armée française aurait dû nécessairement porter son attention sur Orléans, qui forme le sommet de l'angle. Trois communications principales conduisent de Paris au fleuve. Celle de droite, par Versailles, Rambouillet, Chartres et Yenddme à Blois et Tours ; celle
(i) Voyez la carte de It France dressa par le département des ponts et chaussées, en 1816.
MÉMOIRES SUR LES PHLNCIPES
du ccnlre, par Étampcs à Orléans , et celle de. gauche, par Fonlainebleau el Montargisà Gien. En se portant sur Tune des deux communications de flanc pour tourner Orléans » les assaillants auraient été, non -seulement entraînés dans des mouvements d^une grande circonférence , mais auraient aussi compromis leurs propres communications avec Paris, que les Français auraient pu, sans rien risquer, intercepter sur Cibàteaudun ou Moutargis.
Lorsque la convexité est tournée du côté des défenseurs, tous les avantages pour le passage sont, au contraire, en faveur des assaillants. Une armée qui défendrait TElbe du coté de Wittenberg, ne pourrait s'opposer que IrtîSdiûicilement au passage de la masse olFensive, qui, basée sur Leipzig, trouverait du côté de Torgau les moyens de franchir la ligne défensive, sans risquer de compromettre ses communications.
Lorsque le passage du fleuve est forcé , alors les affluents qui tombent d'équerre, peuvent servir d'abri pour les défenseurs qui trouvent , sous leur protection , des positions de flanc trèsavantageuses. Les grandes prérogatives de ce réseau de courants, se sont fait sentir d'une manière sensible dans la campagne de 1795, sur le Khin, par les positions que Tarmée républicaine prit successivement derrière la Queich, la Lauler et après la reddition des lignes de Weisenbourg , derrière la Motter et le Zorn. Protégées sur leur droite par le Rhin , sur leur gauche par les Vosges , les troupes françaises ne durent leurs premiers échecs qu'à Pinaction de Custine, et la perte des lignes de Weissenbourg, qu'à Pinça pacilé de Carlen, qui ne sut pas utiliser Pappui que lui ollraieul les Vosges, et qui se laissa déposter d'une position aussi formidable.
Les points culminants des chaînes, où les fleuves, qui caractérisent les lignes de flanc dont nous menons de parler, prennent leurs sources, deviennent les plus fennes appuis de ces sortes de positions. Ces parties des montagnes revendiquent aussi une attention particulière. Pirmasens et Fischbach, ouvrant les débouchés vers les revers orientaux des Vosges, c'était sur les plateaux du côté de ces deux points que les républicains devaient porter leur attention pour y utiliser leurs eflbrls défensifs.
Après le combat de Dannigkovy livré le 5 avril 1815, le vice-roi d'Italie, ne possédant plus les moyens de défendre le passage de PElbe à force ouverte, prit aussi une position de flanc dans le sens de celles dont nous venons de parler. I^ front de la position stratégique éUil couvert par la Saalc, sa gauche s*appuyailau confluent de ce fleuve et de PElbe, sa droite i la cil aine du liarz.
11 est cependant indispensable que les points de passage du fleuve principal , en arrière de la position défensive de flanc, soient bien assurés , alin de prévenir le danger d'être pris à dos. Cesl ainsi que l'insouciance du général (Carlen , qui ne laissa qu'un demi-bataillon des [Pyrénées à Seltz, facilita l'entreprise du prince de Waldec'k, qui parvint à forcer le passage du Rhin plus bas que Lautcrbourg , à Plitcrsdorf. Ce n'est qu'aux diflîcultés toi)Ographiques qu'il eut à combattre du côté de Modem, que l'armée républicaine fut redevable de la conservation de Lautcrbourg et de l'alTranchissemenl de sa ligne de communication avec Strasbourg.
lorsqu'une place forte est construite au confluent de deux fleuves, dont l'un tombe d'équerre sur Pautre, de manière à pouvoir dominer les trois débouchés que la configuraiîoa des cours nous présentent, la position devient d'autant plus avantageuse que , pouvant manœuvrer avec la même sécurité sur trois roules différentes, les défenseurs se ménagent trois sphères d'opérations où, pouvant combattre avec une masse concentrée, ils forceront leurs ennemis à diriger leur observation vers toutes les trois, el les obligeront à disséminer leurs forces. Une place forte construite sur un type pareil devient une position centrale d^an trèfrgrand avantage.