‹ Considérations sur les grandes opérations de la compagne de 1812, en Russie; des M émoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 24 sur 87 · En frontière fortifiée par Tart · texte numérisé non relu

En frontière fortifiée par Tart

4. En frontière fortifiée par Fart et la nature. Les avantages d'une frontière (Fig, i ), qui

téerit une ligne droite, sont égaux pour les feux armées belligérantes ; car celui que poslède l'armée offensive, de désigner à son choix le point par où elle veul déboucher, provient de son état oflensif et non de la configuration (les frontières. Il est aussi tout simple qu'une ligne pareille , n'offrant aucune section de terrain en angle saillant ou rentrant, ne favorise aucun de ces mouvements avantageux par le-

quel on peut prendre quelque objet important à revers.

Si la frontière, au contraire, décrit un angle saillant tourné du côté des ennemis (Fig. 2), l'armée D, qui la défend, est sans contredit en désavantage envers les assaillants qui, en se portant vers les objets A ou G, prennent toute la section comprise entre ABC à revers. Cette perte est la suite inévitable de sa configuration qui offre, par la possession de A ou G, les moyens de tourner une grande étendue de terrain.

Si l'angle que forme la frontière est rentrant {Fig. 3), les avantages deviennent inverses. Les points A et G couvrent toute la section comprise entre ABC, et aussi longtemps que ces deux points resteront au pouvoir des défenseurs, toute cette partie ABC, sera parfaitement à l'abri des incursions des ennemis, qui n'oseront pas marcher vers le point B , en laissant leurs adversaires en A ou C.

Revenons maintenant aux propriétés qui proviennent de leur nature.

Lorsqu'on s'apprête à franchir une frontière, quelles que soient sa configuration ou ses propriétés, on se présente ordinairement de front devant une ligne transversale. Ixs routes qui y mènent directement , en partant d'un ou de plusieurs points, tombent d'un côté perpendiculairement ou oMiqnement sur celle

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Iraasversale avancée et vool, ordinairement, se réunir aussi de Tau Ire , sur un ou plusieurs points qui servent de foyers à ces rayons, foyers que nous appellerons points centrais. ( Fig, A. ) Toutes les lignes, comme CD, CE, CF , CG, etc., désignent les différentes directions pour Tinvasion, et les points D, E, F,G, etc., qui sont les points d'intersections de la transversale AB, ceux où on peut la franchir et, par conséquent, le premier terme de Tinvasion.

Pour défendre avantageusement une frontière, c'est vers ces points d'intersections que nous devons porter notre attention et les ressources de la défense. Lorsque la frontière est ouverte , la force mobile qui s'y trouve pour la défendre est aussi la seule capable d'en prévenir l'invasion y et, par conséquent, un engagement général et une victoire ou une défaite, doivent décider en faveur de l'un ou de l'autre parti Mais une bataille décisive, au commencement d'une campagne, est-elle une chose salutaire? C'est encore un sujet à question. Si une frontière est tout à fait ouverte et son intégrité difficile à conserver, il vaut mieux, en calculant les opérations ultérieures, l'abandonner, et se replier vers quelque transversale plus avantageuse, qui offrira plus d'éléments pour la défense et plus de probabilités pour sa conservation.

S'agit-il de faire le choix des points d'intersections de la ligne AB vers lesquels on devra diriger les masses assaillantes, ce choix sera désigné d'une manière non douteuse par les directionsCD, CE, CF, CG, etc. , entre lesquelles nous choisirons les plus courtes , les plus avantageuses et qui offriront le moins de difficultés de la nature ou de l'art à vaincre ; ce choix et les principes sur lesquels nous devons le baser, appartenant à la section des lignes d'opérations, seront discutés avec détail au moment où nous serons parvenus à cet article.

Une frontière fortifiée par la nature se présente ordinairement sous deux aspects différents : la ligne transversale est marquée par un fleuve, ou par une chaîne de montagnes. L'un et l'autre offrent par leurs propriétés , aux assaillants, quelques difficultés à vaincre, aux défenseurs, quelque facilité de s'y maintenir. Lorsque c'est un fleuve qu'on se propose de franchir, c'est vers les sections auxquelles la configuration lopographique accorde des avan-

tages réels, qu'il faut se porter; mais, d*uD autre côté, les points d'intersections de la ligne transversale, influant beaucoup sur les directions qui nous mènent vers le but principal, les points de passages seront subordonna à ceux d'intersections, et devront être désignés au moins dans leur proximité. Cette précaution est indispensable pour pouvoir toujours dominer ces sortes de points près desquels se fera le passage. Avoisinant l'intersection principale ils sont, d'un autre côté, d'autant plus avantageux, puisque n'étant quelquefois désignés par aucune prérogative bien marquante, ils sont plus exempts de surveillance et peuvent être franchis avec plus de facilité. C'est ainsi qu'en i812, Napoléon choisit prèsd'Alexiotai, à une demi-lieue de Kovno, un point favorable pour franchir le Niémen.

Pour ce qui regarde les ressources que les fleuves et leurs affluents peuvent offrir aux défenseurs après le passage , nous avons eu l'occasion d'en développer les ressources dans le quatrième Mémoire.

Lorsque la frontière est marquée par ime chaîne de montagnes, les points d^intersections se trouvent sur les revers à rentrée de la chaîne et forment les points de départ des rouies qui la traversent. Si l'ennemi en déf^id l'entrée, ces points d'intersecUous ne tombent qu'avec difficulté au pouvoir des assaillants, car, dlH le cas présent , les points de passages ne peov^ pas, comme sur les fleuves, être choisis " la proximité du débouché principal. Ces qui forment ceux de départ des routes qui tn* versent la chaîne, ouvrant l'e-ntrée dJes défilés , nous obligent à nous en rendre maîtres, pour pouvoir dominer les voies qui nous m^ nent au delà de l'obstacle que nous vouloos franchir.

Entre les communications qui traversent une chaîne de montagnes, c'est aussi la plus courte , et celle qui nous mène à Polget principal des opérations, qui est la préférable, etk choix des points d'intersections sera subordonné à ces indications. C'est ainsi que dans les guerres des Français contre les Espagnob, nous avons vu la direction qui, de Saint-Jeande-Luz, par Irun, Burgos, nous mène droit à Madrid, élre la direction préférée.

Une frontière fortifiée par l'art est toujours» la plus difficile à franchir. Appuyée par une

ligne de places fortes, la transversale offre aux défenseurs tant de moyens pour s*y maintenir et tant de directions avantageuses , quant aux positions de flanc , que son intégrité peut être conservée avec facilité, peu de moyens et pendant un long espace de temps. Les points d'intersections servant de but aux fortifications , sont ceux aussi où les défenseurs rassemblent leurs forces pour défendre la ligne firontière.

Le passage étant une fois forcé , chaque point fortifié pouvant servir de point d*appui à la force mobile des défenseurs , les places fortes devront être envahies , paralysées , ou mises en échec. Ces différentes opérations exigent des sièges, des blocus ou des observations. Les deux premières seront dirigées contre les places qui influent d'une manière directe sur les lignes d'opérations , la troisième contre celles dont Tinfluence n'est que de peu d'importance sur le mouvement qui nous mène vers l'objet principal.

Pour bien baser la classification de ces différents genres de places fortes , nous la soumettrons à un calcul normal, qui nous servira de guide assez sûr dans nos décisions. Soit AB {Fig. 5), notre ligne traversale frontière, G le point d'intersection central qui sera par conséquent le point de départ de la ligne de jonceotre l'objet principal des opérations D ,

le point d'intersection. CD étant la ligne la courte , nous supposerons qu'elle sera la l^iie directrice des opérations. Du point G nous prendrons vers les flancs A et B de la transversale des portions CE et GF, égales à GD. Les points défensifsE, G, G, H, F, pourront influer directement sur notre ligne d'opérations , car même ceux extrêmes E et F, étant à la même distance du point d'intersection G , que celui-ci l'est de l'objet principal des opérations, pendant que les assaillants se dirige-

ront vers l'objet D, les défenseurs pourront, en se basant sur un des points E, G, H ou F, tomber et intercepter la ligne GD.

Tous les poiats , au contraire , qui sont an delà de ceux E et F étant plus éloignés du point d'intersection. G , que celui-ci ne l'est de l'objet principal D , n'auront pas une influence directe, car le point D , qui doit être toujours l'objet primitif vers lequel les défenseurs doivent porter toute leur attention, et qui décide souvent du sort de la guerre, tombera au pouvoir des assaillants avant que celui G puisse être menacé.

Nous en conclurons que tous les points compris dans la section ECF delà frontière comme E, G, G, H, F, devront, selon leur importance, être les objets des sièges ou des blocus , tandis que ceux qui sont au delà des points E et F , n'exigeront qu'une observation plus ou moins stricte.

Enfin , lorsqu'une frontière est fortifiée par l'art et la nature, défendue par une troupe qui connaît bien les localités, et sait en profiter avec adresse , elle peut aisément devenir un obstacle insurmontable pour ceux qui voudraient la franchir. Dans ce cas, les règles de l'attaque , comme celles de la défense, forment la somme collective de celles que nous venons d'établir pour une frontière fortifiée par la nature et une autre renforcée par l'art. Les Pyrénées pourraient aisément devenir une ligne inexpugnable de défense, et, malgré les 40 à 50 myriamètres de développement qu'elle possède, en y élevant un système de fortifications en rapport avec les avantages topographiques des lieux, en se rendant maître de tous les débouchés des points culminants et des nœuds des vallées, les Espagnols pourraient facilement prévenir toute invasion de la part de leurs ennemis , ou du moins la leur faire acheter au prix de très-grands sacrifices.

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