Avec la base d'approvisionnement
Les règles pour l'emplacement des armées doiventdonc être uneconséquence immédiate d% celles que nous avons établies pour la configuration des frontières, ainsi que pour les objets et les bases d'opérations et d'approvisionnement. Nos discussions sur leurs propriétés^ leur emploi et leur valeur intrinsèque, ont suffi pour établir le mode d'après lequel nous devons régler leur choix, et définissent aussi le rUe important qu'ils sont appdés à jou^ dans les grandes opérations.
Le lecteur ayant pu se convaicre, dans le courant de l'ouvrage, que les lois de la stratégie ne sont pas fond^, comme on l'avait prétendu autrefois, sur des principes vagues» mais portent plotâl un caractère synthétique qu'on ne saurait méconnaître; qu'en partant d'un faux principe on arrive i un faux résultat; il se convaincra facilement, qu'en plaçant la force active en sens inverse des objets qu'elle doit défendre ou de ceux qui peuvent appuyer
MÉMOIRES SUR LES PRINCIPES
ses opérations, on marchera vers des résultats qui peuvent influer d*une manière vicieuse sur le résultat de la guerre.
Nous avons discuté avec détail dans le sixième Mémoire sur la configuration et les propriétés des frontières, dans le huitième sur les bases d'approvisionnements; dans le neuvième sur les objets des opérations ; et dans le onzième sur les lignes d'opérations ; ce sont ces raisonnements qui devront nous guider dans le choix des points où nous devrons placer préalablement des armées assaillantes et défensives.
La règle générale impose aux défenseurs le devoir de se porter vers l'endroit que leurs adversaires choisissent pour débouché. Dans le cas où la frontière décrit une ligne droite, qui nest défendue par aucun obstacle marquant de la nature ou de Tart, l'emplacement des armées défensives devient d'autant plus difficile que, les assaillants ayant à leur choix plusieurs points, souvent également avantageux, où ils peuvent franchir cette ligne, mettent les défenseurs dans la situation embarrassante de se trouver prêts à recevoir leurs adversaires sur plusieurs directions. Soumettre à une observation immédiate tous les points d*inlerseclion$ d'une frontière ouverte, serait tomber dans le défaut de la dissémination des forces. Le seul moyen et le plus efficace, dans un cas pareil, et de prendre une position centrale qui soit à peu près à égale distance de tous les points, et lorsque Tennemi ■aura prononcé son mouvement , de se porter avec la masse des troupes à sa rencontre, en occupant, par des détachements d'observation, les principales communications qui mènent des extrémités de la ligne frontière au centre du pays , afin de paralyser les incursions que l'ennemi pourrait y faire.
Si la ligne frontière est défendue par des places fortes , elle offre aux défenseurs des avantages incontestables, et rend, au contraire, le mouvement offensif des assaillants , esclave de l'emplacement de Tarmée défensive. Possédant , dans une frontière fortifiée , des bases avantageuses d'opérations et* d'approvisionnement , en s'appuyant sur une des places , les troupes défensives obligent les assaillants à venir les chercher dans leur position et leur ravissent tous les moyens de pouvoir la franchir sur un autre point , pour ne pas livrer leurs lignes de jonctions à leurs ennemis.
Si la frontière n'étant défendue sur ses côtés par aucun obstacle naturel ou fruit de l'art, décrit un angle saillant ( Fig. 2 ), la position de l'armée défensive se trouve sur la ligne AC : car si elle avançait imprudemment vers B, l'ennemi, qui se porterait vers A ou vers C, en prenant toute la section renfermée dans ABC à revers, parviendrait facilement à la couper de ses lignes de jonctions et à l'isoler. La position D, au contraire , deviendra une position centrale entre les deux points d'intersections A ou C , et offrira aux défenseurs les moyens de se porter vers l'un ou l'autre point, et d'y prévenir leurs adversaires.
Si la frontière est fortifiée, le cas rentre dans celui d'une ligne droite bien défendue ; l'année défensive pourra choisir sa position et forcer les assaillants à venir la chercher.
Si l'angle que forme la frontière est rentrant {Fig. 5) , la position devient inverse. L'armée défensive devra se diriger vers l'une des parties saillantes A ou C, eii occupant la partie rentrante B par un corps détaché, pour s'opposer à quelques incursions que l'ennemi pourrait y faire. Cette position des défenseurs, en A ou C, leur donne la faculté de prendre leurs ennemis à revers , s'ils s'avisaient de manœuvrer par l'angle rentrant vers B.
Quant à l'emplacement des armées par rapport à la directrice , l'objet principal des opérations et la base d'approvisionnement , cet emplacement doit se faire de manière à pouvoir les couvrir immédiatement tous les trois, car ils forment une des parties fondamentales des grandes opérations.
Telles sont les règles générales qui doivent nous guider dans l'emplacement des années. C'est surtout lorsqu'on est sur la défensive, qu'on portera son attention vers les points les plus faibles.
Cependant les armées du système de guerre moderne sont tellement nombreuses, que pour ne pas trop allonger les colonnes de route, ce n'est pas un seul point de la ligne frontière qu'on choisit pour franchir cet obstacle, mais plusieurs. On calcul et on fonde les mouvementssurdes marches concentriques qui mènent vers les premiers objets des opérations qui se présentent au mouvement des armées. Une disposition pareille attire, par conséquent, l'attention des défenseurs vers plusieurs points mis
en échec. Vouloir garder tous ceux de la ligne frontière y qui sont d'une égale importance , serait tomber dans le défaut d'une dissémination de forces , et le remède serait pire que le mal. Comme ce n'est pas en affaiblissant les parties , qu'on prend la meilleure voie pour parvenir à un résultat avantageux , la concentration des forces est toujours le meilleur conseil à donner pour prévenir les suites fâcheuses d'un cas pareil.
Je ne veux pas envisager toujours cette concentration sous Taspect d'une seule masse; la configuration des frontières protège souvent l'emplacement des armées de manière à pouvoircombiner les opérations de plusieurs corps, sans porter atteinte à l'in tégrité des points qu'on se propose de défendre. En thèse générale , il faut envisager la concentration sous le point de vue de masses , dont chacune soit assee forte pour s'opposer aux tentatives que les ennemis pourraient faire dans les différentes directions.
11 est tout juste que leur emplacement sur les firontières qu'elles se proposent de défendre , soit ordonné de manière à ce que l'ennemi ne puisse venir interrompre le contact constant qui doit exister entre elles. En un mot , ces corpsdoivent être partagés de manière à pouvoir se maintenir seuls, lorsque la nécessité Texige, et qu'ils puissent se rassembler sans obstacle en un seule armée, si un engagement général était à prévoir et nous en imposait l'obligation.
Soumettons maintenant ces règles à de plus grands détails et recherchons les principes qui dériveront pour l'emplacement des armées de Uur$ rapports collectifs avec la configuration des frontières , avec la ligne directrice de la guerre, avec l'objet principal des opérations et avec la base d'approvisionnement.
Les frontières d*un pays nous présentent, ordinairement, un grand espace de terrain et plusieurs points d'intersections où nous pouvons franchir cette ligne. Il n'en est pas de même de la ligne directrice de la guerre et de l'objet principal des opérations. Il ne peut y avoir qu'une seule ligne et qu'un seul point. L'attention de l'armée défensive se trouve donc partagée entre les iK)ints d'intersections de la frontière , la ligne directrice de la guerre et l'objet principal des opérations.
Si les circonstances, ou les désavantages topographiques , ne nous [lermettent pas de placer
les armées actives de manière à pouvoir rester en rapport intime avec les règles établies pour les différents objets mentionnés, et les défendre avec le même succès les uns comme les autres, il n'y a pas de doute que , dans un cas pareil, il faudra porter son attention et employer toutes les ressources de la défense , plutôt en faveur de la directrice, comme la ligne sur laquelle reposent les grandes opérations et l'objet principal, et chercher à les soustraire aux coups des ennemis. La raison en est toute simple, c'est qu'entre la ligne frontière, la directrice de la guerre et l'objet principal des opérations; ces deux derniers sont sans contredit les plus importants , puisqu'en se laissant rejeter de la ligne directrice de la guerre , on découvre aux attaques des ennemis l'objet principal des opérations, et en cédant ce dernier aux adversaires, on leur livre le point le plus nécessaire du théâtre de la guerre et qui décide , ordinairement , du sort du pays qu'on attaque ou qu'on défend.
Ces considérations suffisent pour nous porter à mettre de préférence la ligne directrice sous la protection immédiate de l'armée, c'est-àdire, que les forces mobiles soient placées de manière à pouvoir la défendre immédiatement contre l'agression ennemie, de quelque côté que les assaillants se présentassent.
Comme la ligne frontière possède plusieurs points d'intersections et de passage , il ne peut pas même en être autant pour la défense de ces points différents , car si l'armée défensive se proposait de les mettre tous sous sa protection immédiate, elle agirait en sens inverse de la règle générale et immuable de la concentration , et marcherait à grands p;is vers sa perte.
La règle générale pour l'emplacement préliminaire des armées actives , sera donc d'en placer toujours une grande masse sur la communication qui doit servir de directrice à la guerre et dans la direction où cette ligne coupe les frontières. Les autres masses qui formeront le total des forces actives peuvent, par une extension de déploiement , être employées à défendre d'autres i>oints d'invasions; mais leur position doit être soumise i la règle générale, qui prescrit de rester en contact constant et non interrompu avec les forces principales pour pouvoir, dans les cas d'urgence, secourir la masse primitive ou en recevoir l'assistance.