SUR LE» GRANDES OPÉRATIONS DÉFENSIVES
Les principes qui doivent servir de guide tux upéniions défensives peuvent, en grande parlie, être déduits de ceux que nous avons établis pour le système ofiensif.
Toute opération défensive a aussi deux buts enentiels à remplir :
i. I>e résister à Tarroée assaillante, et de la battre si Toccasion en est favorable;
2. De garantir et de défendre le pays que Tennemi se propose d'envabir.
Le premier, comme je l'ai déjà dit, appartient à la tactique, il ne s'agit donc ici que du l^nd.
Le premier but dont Tannée défensive doit s'occuper, est la défense de la ligne frontière. Dans ce cas , remplacement préliminaire des armées influe sur les . opérations défensives ultérieures , autant que le cboix du point des frontières qu'on prend pour but de l'attaque , décide des manoeuvres offensives.
Les parties faibles des frontières ont -elles été mal appréciées , et les années placées en sens contraire des points vulnérables, l'invasion des ennemis n'est plus à éviter, et les opérations des forces actives deviennent, non-seulement gênées, mais pernicieuses.
Esclaves des mouvements de leurs ennemis, les défenseurs ne conservent plus la faculté de recouvrer, quand ils le veulent, les avantages
qu'ils auraient cédés. Ce n'est, quelquefois, qu'avec une perte sensible de temps et de terrain qu'on parvient à rétablir l'équilibre; mais le sacrifice du terrain devient, pour une armée qui manœuvre déjà dans un système désavantageux, un mal irréparable.
Passons à un exemple, et prenons celui que nous offre l'ouverture de la campagne de 1819.
Les armées russes, assujéties à une stricte défensive, s'étaient déployées sur la ligne transversale depuis Keidany par Lida , jusqu^à Novoï-Dvor. La première formait la droite , la deuxième l'aile gauche. Les forces de ces deux armées se trouvaient dans un éloignement d'environ 50 myriamètres les unes des autres. Séparées par la vallée du Niémen, elles l'étaient encore par un espace qui était hors de mesure. On interposa, entre les deux masses principales, deux corps qui devaient servir d'échelons de jonctions, dont l'un était à Lida et l'autre à Grodno. Ce déploiement était vicieux, car ces masses, trop faibles par elles-mêmes, étaient encore disséminées sur une grande étendue et hors d'état de se concentrer sur le point décisif, n arriva, ce i quoi on devait s'attendre: Napoléon, en jetant une force respectable entre les deux flancs, parvint à les séparer pendant un certain temps, et ce n'est qu'en sacrifiant une grande section de terrain, que les
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généraux russes parvinrent à se réunir sous les raurs de Smolensk (i).
La complication des éléments du système défensif en rend les opérations beaucoup plus difficiles que celles du système offensif. Obligée de protéger la directrice de la guerre, la base d'approvisionnement, et en général le terrain qu'elle défend, et de se moduler encore sur les mouvements de son ennemie, l'armée défensive se trouve souvent entre plusieurs alternatives qui rendent son rôle très-pénible. Toutes les ressources de la stratégie et de la tactique doivent être déployées avec subtilité et précaution, tous les avantages du terrain doivent être utilisés avec sagesse et discernement. L'individu qui saura maîtriser le système défensif, et en conduire les opérations avec sagacité et finesse, dominera toujours d'une manière prépondérante dans une offensive décidée.
Les désavantages inhérents au système défensif nous mettent aussi dans l'obligation, au défaut d'une force majeure active, de Fappuyer du moins par une autre passive : ce sont les places fortes. Elles sont appelées à y jouer un très-grand rôle, et ne pouvant être élevées en peu de temps, leur construction nous fait un devoir de nous en occuper de longue main.
Un des grands avantages d'un échiquier bien fortifié est , non-seulement de nous offrir dans ses objets d'opérations des points d'appui permanents, mais de nous ménager aussi plusieurs retraites qui nous mettent à même de manœuvrer dans différentes directions, et de paralyser les mouvements offensifs des ennemis, en nous portant sur une communication latérale qui offre une position de flanc.
Cette opération , très-avantageuse en effet, revendique cependant des apprêts préliminaires. Les a-t-on négligés , la manœuvre se complique et devient épinense , car on découvre l'objet principal des opérations.
Au défaut des places fortes, on ne saurait y suppléer que de deux manières :
(i) Ayant déjà eu roccasion de développer toutes les opérations de cette campagne, je prends la liberté d'attirer Tattention du lecteur sur mon ouvrage intitulé: Considérations sur les grandes opérations y les batailles et les combats de la campagne de Russie en 1812 ( Pag. 55 h 62). Il y trouvera tous les détails nécessai-
i . Par les grands espaces ; 2. Par les chocs tactiques.
En attirant les armées offensives dans l'intérieur du pays « et en les éloignant de leur base alimentaire, on soumet les approvisionnements de leurs munitions de guerre et de bouche, à un transport pénible et irrégulier, et on les expose à des privations très-nuisibles pour la guerre , comme l'exemple que nous en offre la campagne de 1812 et les désastres de Tannée française.
En utilisant les ressources de la tactique, parvient-on à vaincre son adversaire , on paralyse ses mouvements offensifs. La guerre que Frédéric 11 a soutenue contre l'Europe coalisée, nous en offre des exemples bien instructifs (2). Un système de montagnes qui partage le théâtre de la guerre en sphères indépendantes, est une des plus fortes lignes de défense que la nature puisse nous offrir , et le plus ferme appui de la défensive. Abstraction faite des difficultés quelle offre pour s'en rendre maître, elle soumet souvent les assaillants , qui s'en seraient mis en possession , à un changement de base d'approvisionnement que les difficultés du terrain qu'on parcourt rendent quelquefois indispensables. Tel est le cas que nous offre les campagnes de 1828 et 1829 contre les Turcs. Tant que l'armée russe opérait en Bulgarie, la place de Varna lui servit de base temporaire d'approvisionnement. Séparée de la Roumélie par la chaîne des Balkans, cette place pei-dit beaucoup de ses avantages du moment où les Russes franchirent la chaîne. La difficulté charier les munitions de guerre et de bot au delà de ces montagnes, les obligea d'en' blir une autre sur les revers méridionaux , en prenant Missévri, Bourgas et Sizépoli pour dépôts temporaires. Ce changement put s'effectuer avec facilité, car la mer Noire était au pouvoir des Russes, et que les villes maritimes furent conquises par eux ; mais toutes les armées ne sont pas toujours aussi favorisées par les localités que l'a été celle de la Russie, et
res sur cette partie intéressante de nos opérations daas les considérations que remplacement denosarméesà cette époque m'a suggéré.
(i) A ce sujet, les militaires ne sauraient assez étudier TouTrage du général Jomini sur les grandes opérations militaires.
c*est alors que se développent toutes les entraves auxquelles un changement de la base d'approvisionnement est soumis.
Le vrai esprit du système défensif consiste donc à ramener Tennemi sur un terrain où , à chaque pas , la nature ou Tart puissent lui offrir une entrave difficile à surmonter. Eln obligeant Tarmée offensive à vaincre de grands obstacles, on diminue la faculté impulsive de ses forces actives » et en compensant par là les désavantages de la défensive, on établit, entre les deux armées belligérantes, cet équilibre sans lequel un pays ne pourrait être ni défendu ni conservé.
Tout ce que nous avons dit dans le chapitre précédent sur le déploiement stratégique des différentes masses, se rapporte tout aussi bien à la défensive qu'au système offensif, avec la différence que , dans le second, Tennemi choisit à son gré le point d'attaque et prend par conséquent le plus vulnérable pour but, landis que, dans le premier, les défenseurs doivent être préparés à résister à leurs adversaires sur tous ceux de la lign e qu'ils occupent.
Si les avantages intrinsèques de l'offensive mettent quelquefois les assaillants dans le cas de se permettre quelques licences dans leur déploiement stratégique , il n*en est pas de même des défenseurs, qui doivent être prêts à résister sur tous les points. Les règles qui nous guident dans l'occupation des bases d'opérations, doivent être plus scrupuleusement observées encore, c'est-à-dire, que les différentes parties qui jQfinnent le déploiement stratégique, doivent placées de manière à pouvoir se prêter un »urs mutuel et prompt.
Le déploiement stratégique du système défensif doit être toujours fait dans le sens des différentes attaques que les assaillants peuvent diriger contre la ligne, c'est-à-dire, si on se trouvait attaqué sur un des flancs, entre un des flancs et le centre, ou dans le centre même du déploiement.
Dans tous ces cas, la concentration des forces sur le point mis en échec ., est toujours l'unique remède au mal ; mais ce remède peut , dans le cas d'une attaque sur une des extrémités de la ligne , à cause de l'éloignement dans lequel se trouvent les deux flancs, être souvent tardif et insuffisant. Il en faut donc un autre plus efficace , et je le Irouve dans rétablissement d'une
sorte de réserve qui , occupant en arrière de la ligne du déploiement une position convenable, soit toujours prête à secourir le point que l'ennemi aura mis en échec. Cette disposition ne pourra pas être mise dans la catégorie d'une dissémination désavantageuse des forces physiques, puisque cette masse de réserve étant une partie intégrante du déploiement, sera là pour soutenir le point attaqué. En nous offrant les moyens de pouvoir présenter aux assaillants une masse capable de s'opposer du moins au premier choc, pendant lequel la concentration du reste des forces pourra s'effectuer, cette réserve, au contraire, sera d'un effet salutaire. Cette disposition possède encore un avantage. Supposons qu'à la suite d'une opération bien conduite , l'ennemi vienne se placer perpendiculairement sur le flanc de notre ligne stratégique. Un changement de front de notre déploiement devient indispensable; mais ce changement est un mouvement tardif, et, par conséquent, n'est qu'un remède d'une efficacité souvent douteuse. La masse de la réserve , d'après la disposition proposée, y remédie, sinon tout à fait, atténue du moins les dangers du premier moment. Se trouvant dans la proximité des deux flancs, elle peut, d'après l'exigence , venir au secours de l'un ou de l'autre, et en soutenant le choc des assaillants, elle pourra donner au reste des troupes le temps de se rassembler.
Les trois ordres de déploiement dont nous' avons eu l'occasion de parler , dans lesquels on peut se trouver par rapporta la ligne ennemie, reposent sur les mêmes principes pour le système défensif que pour l'offensif; les mêmes règles que nous avons établies pour le second, nous guideront donc aussi .pour le premier. I Quoique le vrai but des opérations défensives soit la conservation des objets qui maintiennent l'intégnlé de l'échiquier stratégique, comme les lignes de jonctions principales qui nous conduisent aux objets des opérations, les grands fleuves ai nsi que les objets et les bases d'opérations, il n'en est pas moins utile et salutaire, pour pouvoir soutenir le système défensif avec efficacité , de chercher aussi à prendre l'offensive sur des points que Tennemi aurait découverts, et en les mettant en échec, de paralyser le mouvement offensif qu'il aurait prononcé sur un autre. C'est dans rot te transition altcr-
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native de la défense à l'altaque , qu*on trouve les éléments actifs les plus avantageux du système défcnsif; car il est tout simple que, si on permettait à Tassaillant de conduire ses attaques en sécurité et sans interruption , protégé par les circonstances, comme il est à supposer qu'il doit Fétre, il n'y aurait pas de point qui, à la suite d'attaques persévérantes, ne finisse par tomber sous ses coups (i).
La supposition de prendre rolTensive dans une direction contraire à celle où on est réduit à une stricte défensive, nous dévoile l'emploi d^un principe qui n'est pas toujours compatible avec les désavantages intrinsèques de la défense; c'est une dissémination des forces physiques. Au reste , l'emploi de ce principe étant indispensable, il est juste de s'en servir, maison ne doit en user que dans un moment opportun , et ne le mettre en exécution qu'avec précaution, fine^e et célérité.
Le calcul du temps, des espaces, et surtout une distribution analogue des forces physiques, pour pouvoir maintenir le point défensif et ne pas échouer dans l'attaque de celui qui sert de but à la diversion , doivent être soumis à une attention scrupuleuse, un examen approfondi , et fait dans le vrai sens des ressources territoriales , envisagées sous le point de vue des deux systèmes.
Pour mieux éclaircir mes idées, je crois devoir présenter au lecteur un exemple tiré des guerres modernes : je prendrai la campagne de i796, en Allemagne.
(i) 11 serait difficile d'offrir au lecteur uoe époque militaire plus riche en exemples que celle de la campagne de 1814, en France. C'est une mine inépuisable de règles, d'eiemples et de principes pour le système défensif, et le militaire qui aime à approfondir son métier ne
Après les combats désavantageux que Tarchiduc Charles avait livrés à EtUingen et Néresheim , il fut rejeté sur la défensive et se replia derrière le Lech , tandis que Wartensleben prit position derrière la Naabe. Le général Nauendorf , avec 5 bataillons et i4 escadrons, se trouvait à Neumarck et formait l'échelon stratégique intermédiaire entre les deux armées impériales. Le projet de Tarchiduc avait été de les diriger concentriquement vers Ratisbonne, afin de pouvoir se jeter, après leur réunion, d'abord sur l'armée de Sambre-et-Meuse , et, plus tard, sur celle de Moreau.
L'inaction du général en chef français après FaiTaire de Néresheimet le mouvement oflfensif de Jourdan dans la vallée de la Pegnitz , avaient séparés d'une manière sensible les deux armées françaises. L'archiduc voulut profiter d*un moment aussi opportun pour reprendre Toffensive. Laissant le général Latour avec 37,000 hommes devant la position qu'occupait Moreau, il part, le 1 6 août , des environs de Neubourg , avec trois divisions, et après avoir recueilli le général Nauendorf à Neumarck, il s'avance sur Amberg où, conjointement avec le général Warteo9leben , il attaqué Jourdan , remporte sur lui une victoire complète , et répare, par cette opération décisive, tous les désavantages que les échecs antérieurs avaient produits. Nous savons Tinfluence salutaire que cette victoire eut sur l'issue de la campagne [%).
saurait rétudier avec assex d*atteation et de profondtfML (s) Le lecteur ne saurait en étudier asseï les détiflF daus les Principes de Stratégie, développés par VBU^ toire de la campagne de 1796 en Allemagne^ que Farchiduc Charles nous a livrés lui-même.
DIX-HUmÊME MÉMOIRE.
SUR LA PARTIE DESCRIPTIVE £7 EXPLICATIVE DES DEUX SYSTÈMES DE LA STRATÊOIE»