Considérations sur les mollusques, et en particulier sur les céphalopodes
Les Mollusques , en général , mais plus particulière-, liment les Céphalopodes , ont une organisation plus riche, ^èt où l’on retrouve plus de viscères analogues à ceux i des classes supérieures que dans les autres animaux sans 1 vertèbres. Ils ont un cerveau, souvent des yeux qui,
I dans les Céphalopodes, sont plus compliqués encore que lidans aucun Vertébré; quelquefois des oreilles; des F glandes salivaires'; des estomacs multipliés; un foie irèsjScôDsidérable et de la hile; uue circulation complette, ot double , pourvue d’oreillettes, de ventricules, en un mpi
de puissances d’impulsion très-vigoureuses ^ des branchies J des organes mâles et femelles très-compliqués , et d’où sortent des œufs dans lesquels le fœtus et ses • moyens d’alimentation sont disposés comme dans beaucoup de Vertébrés.
Ces différens faits résultaient déjà des observations de Kédi , de SvVammerdam , de Monro et de Scarpa , ob- I servalîons que j’ai fort étendues , appuyées de prépara- ^ tions nombreuses et dont je me suis prévalu , il y a main- i tenant trente - cinq ans , pour établir que des animaux aussi richement pourvus d’organes ne pouvaient pas être confondus , comme ils l’étaient avant moi , avec les Po- < lypes et autres Zoophyles dans une seule classe , mais r qu’ils devaient en être distingués et reportés à un plus ; haut degré de l’échelle , idee qui me parait aujourd hui i| adoptée d’une manière ou d’une autre par 1 universalité ■■ des naturalistes.
Cependant je me suis bien gardé de dire que cette organisation , approchant, pour 1 abondance et la diversité de ses parties , de celle des animaux vertébrés , fût composée de même, ni arrangée sur le même plan •, au contraire, . j’ai toujours soutenu que le plan qui jüsqu a un certain i point est commun aux Vertébrés, ne se continue pas chez les Mollusques *, et, quant à la composition, je n’ai jamais admis que l’on pût raisonnablement la dire n/ze, même en ne la prenant que dans une seule classe , à plus forte raison dans des classes différentes. Tout nouvellement encore , dans le premier volume de mon Histoire des Poissons , j’ai exprimé mon sentiment à ce sujet , sans doute avec le ton modéré que les sciences réclament et avec la politesse qui appartient à tout homme bien élevé,
mais cependant d’une manière assez claire, assez positive, pour que personne n’ait pu s’y méprendre. Mon opinion est sous les yeux des naturalistes avec ses preuves ; c^est à eux qu’il appartient de la juger, et je me serais abstenu, comme je m’en abstiens depuis dix ans , d’en entretenir l’Académie, si une circonstance dont elle a été témoin ue me contraignait de renoncer à une résolution que me dictaient le désir d’employer plus utilement mon temps aux progrès de la science, et la persuasion que c’est par une connaissance plus approfondie des faits , et non par des dissertations polémiques, que la vérité en histoire naturelle est assurée de se faire jour.
Deux jeunes et ingénieux observateurs , examinant la manière dont les viscères des Céphalopodes .sont placés mutuellement , ont eu la pensée qu’on retrouverait peutêtre entre ces viscères un arrangement semblable à celui qu’on leur connaît dans les Vertébrés , si l’on se représentait le Céphalopode comme un Vertébré dont le tronc serait replié sur lui -même en arrière, à la hauteur du nombril , de façon que le bassin revienne vers la nuque ; et un de nos savaus confrères, M. Geoffroy SaintTHilaire, saisissant avidement cette vue nouvelle , a annoncé qu’elle réfute complètement tout ce que j’avais dit sur la distance qui sépare les Mollusques des Vertébrés j allant même beaucoup plus loin que les auteurs du Mémoire , il en a conclu que la zoologie n’a eu jusqu’à présent, aucune base solide, qu’elle n’a été qu’un édifice construit sur le sable , et que sa, seule base désormais indesr Iructible est un certain principe qu’il appelle à' unité de composition^ et dont il assure pouvoir faire une appli-r cation uni ver;sellc, ' jj , . '
Je vais examiner l,i queslion dans son rapport parlicu- i lier avec les Mollusques -, dans une suite d’autres Mémoires je la traiterai relativement aux autres animaux ; j’espère le faire avec la même urbanité dout notre savant n confrère a usé envers moi, et comme les écrits qu’il a di- rigés depuis dix ans contre mamauière devoir n’onljamais ^ altéré en rien l’amitié que je lui porte, j’espère qu’il en i sera de môme de ceux par lesquels maintenant je vais i successivement défendre mes idées.
Mais, dans toute discussion scientifique, la. première i chose à faire est de bien définir les expressions que l’on emploie *, sans cette précaution, l’esprit s’égare promptement 5 prenant les mômes mots dans un sens à un endroit i du raisonnement et dans un sens diflërent à un autre ! endroit , on fait ce que les logiciens appellent des syllo- I gismes à quatre termes, qui sont les plus trompeurs des i sophismes. Que si dans l’exposé de ces mômes raisonne- | mens, au lieu du langage simple, des mots propres rigou- • reusement exigés dans les sciences, on emploie des méta- I phores et des figures de rhétorique , le danger est bien plus grand ('ncore 5 on croit se tirer d’un embarras par un j trope, et répondre à une objection par une paronomase 5 |
et, en se détournant ainsi de sa route directe, on s’enfonce promptement dans un labyrinthe sans issue. Mais, j’en demande pardon à l’Académie , je vois que je me perds I moi-même dans le langage que je repousse , et je m’empresse de revenir à celui que je continuerai de parler dans le reste de ce Mémoire.
Commençons donc par nous entendre sur ces grands mots à! unité de composition et d'unité de plan.v
La composition d’une chose signifie, du moins dans le
laugage ordinaire, les pailles dans lesquelles celle chose consiste , dont elle se compose ^ et le plan signifie l’arrangement, que ces parties gardent entre elles.
Pour irie servir d’un exemple trivial , mais qui rend bien les idées la composition d'une maison, c’est le nombre d’apparlemens ou de chambres qui s’y trouvent 5 et son plan, c’est la disposition réciproque de ces appartemens.ei de ces chambres. Si deux maisons contenaient chacune un vestibule , une antichambre , une chambre à coucher, un salon et une salle à manger, on dirait que leur composition est la même ; et si cette chambre , ce salon , etc. , étaient au même étage arrangés dans le même ordre, si. l’on passait de l’une dans l’autre de la même manière , on dirait aussi que leur plan est le même. Mais si leur ordre était différent , si , de plain-pied dans une des maisons , ces pièces étaient placées dans l’autre aux étages successifs, on dirait qu’a^ vec une composition semblable ces maisons sont construites sur des plans difléi'cns.
Ainsi la composition d’un animal se détermine sans doute par les organes qu’il possède , et son plan par la position relative de ces organes , ou ce que notre savant confrère appelle leur connexion.
Mais qu’esl-ce que Vunité de plan et surtout V imité de composition qui doit servir désormais de base nouvelle à la zoologie? Voilà ce que personne ne nous a encore dit clairement , et cependant c’est là - dessus qu’il faut d’abord fixer ses idées.
Un argumenlalem' de mauvaise foi prendrait ces mots dans leur sens naturel , dans le sens qu’ils ont en français et dans toutes les langues, il prétendrait qu’ils signi-
fient que tous les animaux se composent des mêmes > organes arrangés de la même manière -, cl, partant de là , il aurait bientôt pulvérisé le prétendu prineipe.
Mais ce n’est pas moi qui supposerai que les nalura- i listes , même les plus vulgaires, aient pu employer ces mots, unité de compôsitiùTv; unité -de plan, éi?a\%\eviv sens ordinaire, dans le sens d! identité-.' • i
li Aucun d’eux n’oserait soutenir une minute que le Po- ■ lype et l’Homme aient, dans be sens y une càmpositiom\ une , un plan un. Cela sâute aux yeux. Unité ne signifie | donc pas , pour les naturalistes dont nous parlons , iilen- ( tité-, il n’est pas pris dans son acception naturelle j mais i on lui donne un sens détourné ■ pour signifier ressent- ■ < blànce , analogie. Ainsi, quand on dit qu’il y a entre i l’Homme et la Baleine unité de compôsition , on ne veulil pas dire que la Baleine ait toutes les'parties de l’Homme, caries’ cuisses, les jambes, les pieds lui manquent^ J mais seulement qu’elle en a le plus grand nombre. C’estü une expression du genre de celles que les grammairiens-! appellent emphatiques. Unité de composition ne signifie! \cïf\ne très~grande ressemblance de composition.
De même quand on dit qu’il y a unité de composition entre l’Homme et la Couleuvre, qui n’a point d’extrémités antérieures et dont les postérieures se réduisent à de légers vestiges, on veut dire seulement qu’il y a entre eux une certaine ressemblance de composition , déjà moindre qu’entre l’Homme et la Baleine.
Il est évident qu’il y aurait contradiction formelle dans' les termes à appeler une ou identique une composition qui, de l’aveu même de ceux qui emploient ces mots, change d’un genre à l’autre.
aussi au
Ce c[uc je dis de la composition s applique plan. Nous croirions faire injure à ces naturalistes si nous prétendions que par ces mots , unité de plan , ils entendent autre chose que ressemblance plus ou moins grande de plan. Sans cela, il suffirait d’ottyrir devant euje un oiseau et un poisson pour les réfuter à l’instant.
Or, ces termes extraordinaires une fois definis ainsi , une fois dépouillés de ce nuage mystérieux dont les enveloppe le vague de leurs acceptions , ou le sens détourné dans lequel on en use , l’on arrive à un résultat bien inattendu sans doute, car il est directement contraire a ce qui a été mis en avant ^ c’est que , loin de fournir des bases nouvelles ^ 1^ zoologie, des bases inconnues a tous les hommes plus ou moins habiles qui l ont cultivée jusqu’à présent, restreints dans des limites convenables , ils forment au contraire une des bases les plus essentielles sur lesquelles la zoologie repose depuis son origine , une des principales sur lesquelles Aristote, son créateur, l’a placée , base que tous les zoologistes dignes de ce nom ont cherché à éhirgir, et à l’affermissement de laquelle tous les efforts de l’anatomie sont. consacres.
Ainsi chaque jour l’on peut découvrir dans un animal une partie que l’on n’y connaissait pas , et qui fait saisir quelque analogie de plus entre cet animal et ceux de genres ou de classes différentes. 11 peut en etre de meme de connexions, de rapports nouvellement aperçus. Les travaux auxquels on se livre à- cet effet méritent tous nos éloges. C’est par eux. que la zoologie agrandira ses bases •, mais que l’on se garde de croire qu’ils l’en feront sortir.
Si j’avais à citer des exemples de ces travaux dignes de toute notre estime, c’est parmi ceux de notre savant
confrère M. GeoiTroy que je les choisirais. Lorsque, par' exemple, il a reconnu qu’en comparant la tête d’uni foetus de Mammifère à celle d’un Reptile ou d’un Ovipare ; en général , on remarquait des rapports dans le nombre et 1 arrangement des pièces qui ne s’apercevaient point dans les tetes adultes 5 lorsqu’il a prouvé que l’os , appelé carré dans les oiseaux , est l’analogue de l’os de la caisse dans les foetus de Mammifères, il a fait des découvertes très -réelles, très -importantes auxquelles j’ai été le premier a rendre pleine justice dans le rapport que j’ai eu occasion d en faire a l’Académie. Ce sont des traits de plus qu il a ajoutes à ces ressemblances de divers degrés qui existent entre la composition des différens animaux ; mais il n a fait qu’ajouter aux bases anciennes et connues de la zoologie 5 il ne les a nullement changées 5 il n’a nullement prouve ni l’unité, ni l’identité de cette composition, ni rien enfin qui puisse fournir un nouveau principe. Entre quelques analogies de plus dans certains animaux et la généralisation de l’assertion que la composition de tous les animaux est iine^ la distance est aussi grande, et c’est tout dire, qu’entre l’Homme et la Monade.
Ainsi nous savons tous , et depuis bien long - temps , que les Cétacés ont aux côtés de l’anus deux petits os qui sont ce que nous appelons des vestiges de leur bassin.
Il y a donc là, et nous le disons depuis des siècles , une ressemblance , et une ressemblance légère , de composition. Mais aucun raisonnement ne nous persuadera qu’il y ait unité de composition, lorsque ce vestige de bassin ne porte aucun des autres os de l’extrémité postérieure.
En un mot, si par unilé de composition on entend
identité, on dit une chose contraire au plus simple témoignage des sens.
Si par là on entend ressemblance ^ analogie, on dit une chose vraie dans ceriaines limites , mais aussi vieille dans son principe que la zoologie elle-même, et à laquelle les découvertes les plus récentes n’ont fait qu’ajouter dans certains cas des traits plus ou moins importans
sans rien altérer dans sa nature.
Mais en réclamant pour nous , pour nos prédécesseurs, un principe qui n’a rien de nouveau , nous nous gardons bien , et c’est en quoi nous différons essentiellement des naturalistes que nous combattons , nous nous gardons bien de le regarder comme principe unique -, au contraire, ce n’est qu’un principe subordonne a un autre bien plus élevé et bien plus fécond , à celui des conditions d’existence , de la convenance des parties , de leur coordination pour le rôle que l’animal doit jouer dans la nature. Voilà le vrai principe philosophique d’où découlent la possibilité de certaines ressemblances , l’impossibilité de certaines autres-, voilà le principe rationnel d’où celui des analogies de plan et de composition se déduit , et dans lequel en même temps il trouve ces limites que l’on veut méconnaître.
Cependant cette observation me mènerait trop loin 5 je la reprendrai dans un autre moment. Je reviens à mon sujet.
Tout ce que je viens de dùe sur le plan et la composition étant posé et convenu , et, je le répète, cela est convenu et posé depuis Aristote , depuis deux mille I deux cents ans , les naturalistes u’onl autre chose à faire,
I et ils ne font en effet pas autre chose que d’examiner
( ro )
jusqu où s’étend celte ressemblance , dans quels cas e sur quels points elle s’arrête , et s’il y a des êtres où ell.l SC reduiseà si peu de chose que l’on puisse dire qu’elle- jj finit tout-à-fait. C’est l’objet d’une science spéciale qun 1 on nomme l’anatomie comparée , et qui est tout auss ancienne que la zoologie , et créée par le même auteun
Dans la nouvelle édition de mes Leçons d’ Anatomie cotr: parée que je prépare , excité par le désir de réduire à di justes bornes ce qui a été dit vaguement sur ce sujet, ji considérerai beaucoup les animaux sous ce point de vue i j aurai soin d y profiter de toutes les découvertes récente' qui établissent des analogies nouvelles , mais j’aurai ui soin non moins grand de marquer les limites de ces ana; logies , et de prévenir contre les conclusions trop géné', raies que l’on voudrait en tirer.
Je prendrai la liberté de soumettre de temps en temp.i quelques chapitres de ce travail à l’Académie; mais aui jourd’hui je lui demande la permission de lui offrir seu-; lement quelques considérations sur les Céphalopodes ' sujet qui a été très-heureusement choisi par notre savanr confrère , car il n’en est aucun où l’on puisse voir plu; clairement ce que les principes en discussion ont de juste et ce qu’ils ont de vague et d’exagéré.
Supposons, nous a-t-il dit, qu’un animal vertébré se replie à l’endroit du nombril , en rapprochant les deux parties de son épine du dos comme certains Bateleurs ; sa tête sera vers ses pieds et son bassin derrière la nuque ; alors tous les viscères seront placés mutuellement comme dans les Céphalopodes; et, dans ceux-ci , ils le seront comme dans les Vertébrés ainsi ployés. Celle partie, qu’à cause de sa couleur brune vous appeliez le dos , ré-
( lï )
pondra à la moitié antérieure du ventre-, le fond du sac répondra à la région ombilicale-, ce que vous appeliez le devant du sac sera la moitié postérieure ou inferieure du ventre. Cette mâchoire plus saillante , que vous preniez pour l’inférieure, sera la supérieure -, toiit rentrera dâns l’ordre V unité de plan , unité de composition, tout sera démontré. ^ ’
Je dirai d’abord que je ne connais aucun naturaliste âfesez îgîiiorànt'pouréfoire que le dos sé détermine par sa couleur fdncéé ou mëmè pdr sa posîtioW lbrs' vemeiis dé ■l’animal 5 ils 'savéhi téüs que 'le Blkiréait a ie ventre noir’ et le dos blanc , qu’une infinité d’autres animaux , surtout parmi les Insectes ,"sont dans le mênié cas-, ils savent qu’une infinité de Poissons nagent sur le côté , ou le dos en bas et le ventre en haut 5 maisfils ont pour reconnaître le dos un caractère plus certain . c est
la position du cerveau. . ^
Dans tous les animaux qui en ont un, il est eu dessus, et l’œsopbage et le canal intestinal sont en dessous. Notre savant confrère lui-même l’avait fait remarquer dans un de ses anciens Mémoires -, c’est là pour nous comme pour lui le vrai critérium, et non jias une puérile
remarque sur les couleurs.
Partant de là, j’ai pris d’une part un animal vertébré, je l’ai plôyé comme on le demandait, le bassin vèrs la nuque 5 j’ai enlevé tous les tegumens d un cote poui bien montrer en situation ses parties intérieures 5 d autre part j’ai pris un poulpe , je 1 ai place a côté de 1 animal vertébré dans la position indiquée, et je me suis lendu compte de la situation respective de ses organes.
Les ébauches très-grossics que je mots sous les yeux
de l’Académie pourront faire saisir les détails compara lifs où je vais entrer aux personnes qui n’ont jamais observé ces animaux par elles-mômes.
Dans ces esquisses , le système nerveux est coloré en jaune, 1 artériel en rouge, le veineux en bleu , le canan mtestmalen brun , le foie en vert, les organes génitaujii
en blanc -, les organes respiratoires sont blancs piquetéti de rouge. ' ^
Il est vrai que dans cette position la mâchoire la plus^ saillante du Poulpe répond à la mâchoire supérieure duh Mammifère ; mais, pour en conclure que c’est la mâchoire '' supérieure du Poulpe, il faudrait que le cerveau fùtN placé vers l’entounoir , comme il l’est dans le Mammifère^ vers la nuque. Or, c’est tout le contraire. Le cerveau du j Poulpe est vei;-s la face opposée à l’entonnoir. j
Voilà déjà un terrible préjugé contre l’idée que l’en-| tounoir est un bassin replié vers la nuque. j
Mais continuons.
Pour que ce côté sur lequel se replie l’entonnoir fût le j côté 4o la nuque, il faudrait ejicore que l’œsophage :| passai entre ce côté et le foie , comme on le voit dans j le Mammifère; c’est encore tout le contraire : il passe j du coté opposé , du côté que nous appelons dorsal. i Pour qu’il y eût analogie dans la position du cœur et | de l’organe respiratoire, il faudrait qu’ils fussent, comme | on les voit dans le Mammifère, au-dessus du diaphragme, ; du foie et de l’estomac, ce qui les porterait de ce côté que j nous appelons dorsal , mais que l’hypothèse appelle ven- | tral. C est tout le contraire: les branchies et lecœur sont | plus loin de la tète que le foie et l’estoniac , et au-dessous j de cette partie que l’on a voulu appeler diapliragme et où i
on a même cherché à voir dos piliers analogues au )soas, piliers f[ui ne sont autres cpic les museles de 'entonnoir, déjà déerits dans mon Mémoire snr les •oulpes.
Pour cju’il y eût analogie dans la position des gros aisseaux, il faudrait que la prineipale veine et la prinipale artère marchassent ensemble le long du même ôlé où serait le cerveau. Cela est vrai pour Tarière, ans le sens où nous prenons les viscères du Poulpe ; lais c’est tout le contraire pour la veine ; elle marche récisément du côié opposé. En cela elle se conformerait ax vues des nouveaux auteurs ; mais on ne peut regarder 1 veine comme un régulateur préférable au cerveau , à artère, à Toesophage , au foie et aux branchies. La silaiion opposée où elle se trouve est seulement une reuve plus palpable qu’il ne peut pas y avoir identité e plan.
Pour qu’il y eût analogie dans la position des orgaes de la génération , il faudrait qu’ils fussent , dans la artie repliée sur la nuque , adossés à la portion de ce epli qui reviendrait sur la partie dite dorsale par les meurs. C’est tout le contraire 5 ils sont dans le fond de 1 bourse , immédiatement enveloppés par le sac dans la lartie qui dans l’hypothèse répondrait au ventre et même u nombril.
Pour qu’il y eût analogie dans l’issue des organes géniaux, il faudrait que leurs orifices fussent voisins de anus , soit eu avant comme dans les Mammifères , soit ses côtés comme dans les Poissons. Point du tout -, dans a femelle du moins il en est tout autrement ; les oviducles s’ouvrent fort loin de Tanus, et près des branchies.
Je ni; parlerai pas des^reins, ni de la vessie, fjui n’cxi; | tent pas dans les Céphalopodes, ou que l’on ne croit d moins retrouver dans le tissu spongieux qui commun^, que avec les veines que par une hypothèse sans preuve!
Voilà des démonstrations plus amples, plus aboii dantes qu’il ne faut pour montrer que le problème d l’identité de plan'entre les Céphalopodes et les Ver té, brés n’est pas encore résolu. En voilà en même tcmjj assez pour prouver :
1°. Que le côté brun , qui est celui du cerveau, est 1 côté dorsal ;
2®. Que la mandibule la plus saillante du bec, cell: qui embrasse l’autre , répond à la mâchoire inférieure.
On en a une preuve de plus dans la position de 1| langue qui ést sur cette mandibule, et dans celle du pha.| ryux qui est sous l’autre ;
,3°. Qu’il serait plus facile d’établir quelque analogiii de situation , en supposant l’animal ployé en sens iu. verse de celui de l’hypothèse*, car alors le cerveau , L, foie, l’oesophage, les estomacs, la grande artère reste raient dans la même position respective que dans le Vertébrés 5 mais le coeur, la veine, les branchies, le. organes de la génération seraient toujours aulremeni placés, et le problème ne serait pas encore résolu.
Je vais plus loin ; je dis qu’il est impossible qu’il h soit en entier.
Les coeurs et les branchies , ces organes si impor tans, toujours on rapport avec l’oesophage dans les Vertébrés, en sont ici à une grande distance , et sans aucune connexion. Il én résulte nécessairement une tout autre direction dans les vaisseaux ; en clfei , la grande veine est
i'un côté opposé à la grande artère ; au lieu d’une veine unique entrant dans une oreillette unique , la veine ici se partage en deux pour donner dans deux coeurs branchiaux , qui fout l’office du coeur branchial unique des Poissons. Le coeur aortique, qui manque aux Poissons , ;st ici prononcé comme dans les animaux à sang chaud ; nais il est entièrement séparé et même assez éloigné des ;œurs branchiaux. L’aorte , qui , dans les Vertébrés , naît oujours dans la poitrine, soit au-dessus de l’oesophage, ;omme dans les Poissons , soit en le contournant , :omme dans les animaux à sang chaud , naît ici dans le' bnd du sac au point le plus opposé à l’oesophage ^ en orte que ses rameaux les plus éloignés, qui , dans les T^ertébrés , sont ceux de l’extrémité postérieure, sont ci précisément ceux de la tète.
Or , comme le plan d’un animal dépend essentiellenent de la distribution des vaisseaux qui portent à ses irganes la nutrition et la vie , on peut à priori soutenir [ue l’identité de plan des Céphalopodes et des Vertébrés le se démontrera jamais que très-partiellement.
Un autre élément générateur du plan des animaux, dus essentiel peut-être encore que leurs vaisseaux , c’est eur système nerveux. Or, comment veut - on qu’il y ait ci la moindre analogie ?
Le cerveau est enfermé dans une cavité de l’anneau cartilagineux qui sert de base aux tentacules-, il fournit en avant les nerfs de la masse buccale , puis une expansion qui occupe le côté de l’anneau cartilagineux et donne les nerfs des grands tentacules. De la base de’cette expansion naît le filet qui se renfle pour produire l’énorme ganglion de l’oeil -, une autre branche se renfle un peu
plus loin eu un ganglion d’on les nerfs dn sac parlent e; rayonnant; une troisième, jointe à sa correspondante descend dans l’abdomen et se distribue aux viscères. U; petit filet va à l’oreille. Il n’y a pas la moindre trac d’une moelle épinière , ni de ces nombreuses paires di nerfs qui en sortent si régulièrement dans les Vertébrésaussi n’y a-t-il ni épine du dos , ni aucune des paires, d« membres ou des paires de côtes qui s’y rattachent.
Ce qui a fait illusion aux jeunes auteurs du Mémoire c’est la position de l’oreille du côté de l’anneau cartilagii neux opposé au cerveau. Comme dans les Vertébrés l’o. reilleest vers l’arrière de la tête, ils ont cru qu’elle marquait la nuque ; mais l’oreille , dans les Vertébrés, n’esî pas seulement à l’arrière de la tête, elle est aussi sous cearrière, sous le cerveau ; dans le Poulpe elle est placée di même , puisque cette partie de l’auneau est l’inférieure • seulement les deux oreilles, au lieu de rester simplemen» aux côtés de l’oesophage , descendent plus bas , et l’embrassent en dessous ; mais c’est toujours en dessous qu’elles sont situées.
Ce que je viens de dire du système nerveux me ramène à la composition des Céphalopodes.
Ils ont donc , comme nous l’avons dit , un cerveau enfermé dans une cavité à part, des yeux , des oreilles , un bec formé de deux mandibules , une langue , des: glandes salivaires, un oesophage, un gésier, un second* estomac , un canal intestinal , un foie , des branchies , des coeurs , des artères , des veines , des nerfs ; des organes des deux sexes ; ovaires, testicules , oviductes , épi-didymes, verge, toutes choses qui leur sont communes avec certains Vertébrés; mais tout cela autrement disposé , presque toujours autrement organisé.
Eu même temps ils manquent de tous les os particuliers du crâne, de tous ceux delà face, de vraies mâchoires, de tous les os de l’appareil hyoïdien et de l’appareil branchial , de toutes les vertèbres , de tous les os des extrémités , des côtes , du sternum , des muscles adhérens à toutes ces parties, de la moelle épinière, de tous les nerfs qui en sortent , du pancréas , des reins , de la vessie.
En même temps encore ils ont beaucoup de parties dont il n’y a nulle trace dans les Vertébrés , un appareil musculaii’e tout différent , et approprié à leur forme si extraordinaire-, souvent une coquille d’une structure vraiment remarquable , et dont aucun Vertébré n’offre le moindre vestige ^ un organe excrémentiliel qui produit cette liqueur noire, connue sotis le nom d’encre de Seiche ou de Sépia 5 un appareil spongieux ou glanduleux qui communique directement avec leurs veines par une foule d’orifices . •
Ces tentacules mêmes , que l’on a voulu comparer aux barbillons des Poissons, ne leur ressemblent ni par l’organisation, ni par les connexions. Leur complication est prodigieuse ^ des nerfs renflés d’espace en espace , en nombreux ganglions , fournissant d’innombrables filets, des vaisseaux très-prononcés , divisés aussi •en innombrables rameaux, les parcourent et les animent-, des ventouses d’une structure admirable leur fournissent 'Une armure d’un genre unique. Enfin, le principal barl)illon des Poissons n’est qu’un prolongement de leur os maxillaire , et les tentacules, des Céphalopodes ne sont bas même attachés au bec , qui , sans représenter absolument les mâchoires, en remplit cependant les fonctions.
Je le demande maintenant ; comment avec ces nom-
breuses , ccs énormes différences, en moins d’un côté.i en plus de l’autre, pourrait-on dire qu’il y a entre le?* Céphalopodes et les Vertébrés, identité de composition ,j unité de composition , sans détourner les mots de hlangue de leur sens le plus manifeste ?
Je ramène tous ces faits à leur véritable expression, eci disant que les Céphalopodes ont plusieurs organes quii leur sont communs avec les Vertébrés, et qui remplis—i sent chez eux des fonctions semblables 5 mais que ces organes sont autrement disposés entre eux , souvent construits d'une autre manière , qu’ils y sont accompagnéss de plusieurs autres organes que les Vertébrés n’ont pas ,,j tandis que ces derniers en ont aussi de leur côté plusîeursii qui manquent aux Céphalopodes.
J’avoue qu’en disant cela , je ne dis autre chose que' ce qu’ont dit beaucoup d’autres avant moi j mais , si j(i n’ai pas le mérite de la nouveauté, je me flatte du moimj d’avoir celui de la vérité et de la justesse , et celui dtj ne point embrouiller l’esprit des commençans par des] expressions non définies , qui semblent , dans le vagut' dont on les enveloppe, présenter un sens profond *, mais qui , analysées de près , ou sont entièrement corltraires| aux faits , ou ne signifient que ce que l’on a dit de tous: les temps avec plus ou moins de détail dans l’application.
Dans mes communications suivantes, j’examinerai plusieurs autres principes, plusieurs autres lois annon- 1 cées par divers naturalistes -, mais pour que ces lectures j ne se bornent pas à des questions métaphysiques , j’aurai ; soin qu’elles se rattachent toujours, comme celle d’aujourd’hui, à quelques déterminations de faits dont la science, puisse tirer un parti plus solide que de ces oiseuses ‘ généralités.
EXPLICATION DE LA PLANCHE XTl-
La fig. A représente la coupe d’un quadrupède ployé sur lui-méine, de manière que le bassin revienne sur la nuque.
La fig. B est la coupe d’un Poulpe dans son état naturel.
Dans les deux figures , les mêmes lettres indiquent les mccnes organes.
/I , a , le cerveau. \
h , b , l’oreille.
c , c , la mâchoire ou mandibule supérieure.
d, d, l’inférieure.
e , e’, e”, l’œsophage, l’estomac et le canal intestinal.
/, /, le foie.
g, g, l’organe respiratoire ; poumon dans le Mammifère , branchie
dans le Céphalopode.
h, h, le cœur aortique.
j, le cœur veineux, qui, dans le Poulpe, est double et séparé de l’aortique.
A , A , la principale veine.
1,1, la principale artère.
m , m, l’organe de la génération.
n , le rein propre au Mammifère.
O , la vessie id.
P , l’entonnoir propre au Céphalopode, r r, l’anus.
i , J , l’orifice des organes génitaux, t , { , la moelle épinière propre au Mammifère.