LIMINAIRE
Ce n’est pas sans une douloureuse émotion que nous accomplissons aujourd'hui l'acte ultime de nos études universitaires, car nos yeux cherchent en vain autour de nous les traits vénérés et chéris de notre père, vers lequel se reportent à cette heure tous nos pensers.
Cette grande joie nous a été refusée de lui dire et de lui affirmer ici, en une telle circonstance, tout notre respect, toute notre gratitude et notre filial amour, tous ces purs et profonds sentiments que son seul souvenir gardera de s'éteindre, de s’atténuer même, et que nous éprouvons aussi purs, aussi profonds à l'endroit de notre mère bien aimée.
Selon la formule généralement admise, chacun de nous entreprend et poursuit ici-bas une route. Comme tout voyageur qui veut voyager loin, nous procédons par étapes. Nos états d'âme varient à l'infini durant la course, qui nous paraît tantôt aisée, facile et agréable, tantôt péniôle, dure et douloureuse. Mais quand, atteignant l'un des reposoirs qui s'échelonnentetl fractionnent notre
pérégrination, nous refaisons par la pensée le chemin pareouru, alors se dégage nettement une impression maitresse, ou bonne ou mauvaise, qui qualifiera désormais la période vécue.
Nous n hésiterions pas à considérer, d'ores et déjà, parmi les meilleures passées où à venir ces quelques années d'études médicales, si vite écoulées, qui constituent notre seconde étape, si tout dernièrement -nous n'avions pas eu à pleurer amèrement la mort de notre vénéré père, le docteur Emile Bourguet, de Graissessac.
C'est dire qu'avec mille regrets, et sous le coup de cette pénible et angoissante impression que laissent les adieux nécessaires, nous quittons cette vieille et glorieuse Faculté de Médecine, son cloître familier, ses hôpitaux quotidiennement visités, que nous quittons ses maîtres, et en particuher ceux qui nous ont prodigué durant nos études de si touchantes marques d'intérêt, de hienveillance et de sympathie. |
Que MM. les professeurs Granel et Forgue, auxquels nous devons tant, reçoivent les premiers l'expression de notre vive gralitude et de notre profond attachement.
Que MM.les professeurs Carrieu, Baumel, Tédenat, auprès desquels nous avons eu la bonne fortune d’accomplir nos deux années d’externat, MM. les professeurs agrégés Vires, Soubeyran et Jeanbrau, tous ceux sous la haute direction desquels nous avons travaillé, agréent l'expression de notre reconnaissance et de nos remerciments.
Is nous ont initié, nous les aplanissant, aux difficultés de la clinique et nous ont appris à aimer toujours plus notre art.
À leur école, nous avons conçu toute la grandeur du rêve esquissé dès notre prime jeunesse, toute la gravité
du devoir qui nous incombe et qui, rempli consciencieusement et avec amour, doit nous assurer le bonheur, si avec Renan nous considérons le bonheur comme le dévouement à un rêve où à un devoir.
En terminant. nous ne saurions oublier de joindre à tous ces noms, qui évoqueront toujours pour nous de très chers souvenirs. celui du docteur Jean Castany Arcens, notre compagaon de route depuis les jours déjà lointains de la rhétorique et notre meilleur ami.
https://archive.org/details/1A41555223 0074
bail Te SE