Consonnances et dissonances
L’Evolution musicale chez Verdi : Aida - Othello - F alstaff Les Femmes dans l’œuvre de Richard Wagner, avec une préface d'Alfred Bruneau et vingt dessins d\4. de Broca. Feryaal, de Vincent d’Indij.
Hænsel et Gretel. à'E. Humperdinak.
Kérim — Requiem — Penthésilée — Lieds de France Chansons a Danser, d'Alfred Bruneau.
Les Interprètes musicaux du Faust de Gœthe (épuisé). Messidor, A Alfred Bruneau.
L’Œuvre lyrique de César Franck.
L’Œuvre théâtral de Meyerbeer.
L’Ouragan, d'Alfred Bruneau.
Proserpine, de Saint Sac ns.
Le Rêve, d'Alfred Bruneau.
Samson et Dalila, de Saint- S aé ns.
Sancho, de E. Jacques-Dalcroze.
Tannhæuser.
LesTroyens, de Berlioz.
Le Vaisseau-Fantôme .
Ouvrages divers
Collot d’Herbois a Nantes, d’après une pièce originale découverte dans les Archives de la Ville.
Dix jours a Bayreuth.
Notes de Voyage.
Souvenirs de Bayreuth.
Le Théâtre a Nantes, depuis ses Origines jusqu’à nos jours
En préparation Le Théâtre a Nantes au XXe Siècle.
PREFACE
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Avertissement
P Fi ÉFACE
l/on n'a jamais autant écrit sur la musique que de nos jours. Chaque année voit naître, parfois mourir, des milliers de pages consacrées aux maîtres du passé, du présent et même do l’avenir. Jamais en France, le champ de la critique ne fut aussi profondément labouré et l’on dirait que plus les chefsd’œuvre se font rares, plus les discussions théoriques sur ce qu il convient de faire ou ne pas foire, se multiplient. Il devient difficile de se reconnaître dans le dédale des opinions qu’offrent aux méditations de leurs lecteurs les journaux quotidiens, les feuilles spéciales et le livre. Les premiers, malheureusement, nous apportent au lendemain de l’apparition de toute œuvre nouvelle des jugements hâtifs, incertains, prématurés ; les secondes ne sont trop souvent, à quelques exceptions près, que l’écho banal d’une raison commerciale ou l’organe attitré d’une petite chapelle, société d’admiration mutuelle et de dénigrement réfléchi. Sans être complètement à l’abri du vent d intransigeance destructeur de tout esprit de justice et de liberté, le livre, même ardent et combatif, présente par sa nature même de plus sérieuses garanties de pondération, de savoir et de sincérité. Il a du moins pour lui, à défaut d autres qualités, le temps qu’on a mis à l’écrire et ce temps comme durée dépasse forcément l’espace d’un soir ou d’un matin. Celui que nous devons à la plume consciencieuse et féconde d’Etienne Destrauges est avant tout, mérite aussi grand que rare, un livre de bonne foi.
Voici plus d’un quart de siècle que l’on s’accorde chez nous à considérer l’art musical comme traversant une époque de transition dans laquelle beaucoup s’obstinent à ne voir qu’une période d’indécisions, de tâtonnements riche en aspirations généreuses, pauvre en tant qu œuvres viriles, puissantes et durables. Le reproche ne me parait fondé qu’en apparence et résulte du point de vue trop spécial auquel se place la masse du public, dont la musique composée pour le théâtre accapare presque entièrement l’attention et qui, dans cet ordre d idée, base ses jugements uniquement sur le succès. C’est ainsi que la plupart de ceux dont les souvenirs de jeunesse remontent aux beaux jours des Huguenots, d^ la Juive et des inspirations superficielles des Auber et des Adam se lamentent sur ce qu’ils appellent le vide des productions modernes et l’impuissance üe nos contemporains. Le Faust pommadé de Gounod, la Mignon senti mentale d’Ambroise Thomas marquent pour eux les dernières étapes d'une forme musicale en dehors de laquelle il n’est point de salut. Leur nombre.
PRÉFACE
beau diminuer chaque jour, ils n'en représentent pas moins deux générations et, qu’on le veuille ou non, cela compte dans les manifestations de l’opinion publique. D'autres, moins profondément ancrés dans le passé, ne croient pas possible pour nos facultés de compréhension d’aller au delà de Samson et Dalila , de Carmen ou de Sigunl , maximum de symphonie qu'ils soient capables de supporter au théâtre. Ils forment un groupe important, compact d’auditeurs dont les oreilles restent fermées ou tout au moins anthipatiques à toute musique de tendance outre et plus accentuée. Aussi, nos compositeurs ne ."a'sent-ils trop a quel saint se vouer et, sous 1 influence du désir assez naturel de ne pas voir leurs œuvres jouées devant des banquettes, se préoccupent-ils trop souvent outre mesure, de l’effet quelles sont susceptibles de produire sur une majorité de spectateurs dont la mentalité retarde d’un quart ou même d’un demi siècle. Cette continuelle hantise est le fléau de notre temps ; mais s’il est vrai de dire que notre théâtre en souffre, il serait faux de conclure qu’il en meurt et si l'on veut comparer la somme de talent dépensée dans certaines chutes retentissantes à celle que révèlent la plupart des pièces cent fois applaudies de l’ancien répertoire l’on se convaincra sans peine que la vraie cause du marasme présent, le vrai coupable est le public. Composé d’éléments hétérogènes, bourré de parti pris et d’idées préconçues, niaisement conservateur, parfois inconsidérément radical, il ignore ce qu’il veut et demeure encore hésitant entre le genre suranné de l’opéra-concert et la forme nouvelle du drame lyrique. Et dans ce champ d’incertitudes où nous évoluons depuis une trentaine d’années Paris, il est permis de le constater, donne la main à la province et l’on y discute toujours sur lutilîté de donner à l’Opéra Le Crépuscule des Dieux !
Je note en passant le fait, tout à l'honneur des départements en avance sur la Ville-Lumière, seule capitale dans le monde entier où l’œuvre wagnérienne n’ait pas été jusqu’à ce jour intégralement représentée. Nous n’ignorons pas qu'à l’heure présente on lui en veut sous la coupole de l’institut comme on lui en voulait naguère, comme on lui en a toujours voulu d’avoir eu sur notre école française la plus néfaste des influences, mais nous savons aussi que c est d’elle que date l’ère nouvelle à laquelle nous devons tout le théâtre lyrique moderne, y compris Pelléas et Melisande , que sans Wagner le cerveau de Debussy n’eût jamais enfanté.
Or, ce théâtre est, quoiqu'en puissent penser les rares disciples de Meyerbeer, autrement près de la vérité dramatique que les pompeuses suites d’airs, duos, trios, quatuors, dont on abusait, véritables oratorios transportés au milieu d’un décor et dans lesquels l’action scénique était plus ou moins complètement sacrifiée. Si notre jeune école française fait attendre l'œuvre définitive et parfaite qui s’impose aux foules, c’est que le génie ne court plus les rues : du moins, y chercherions-nous en vain les faux chefs-d'œuvre dont le règne, près de finir, n’a que trop longtemps duré. Soyons donc plus équitables pour notre époque et ne basons pas le mérite d’une œuvre sur le nombre des représentations qu’elle peut atteindre. J’en pourrais citer un certain nombre qui, de même que Messidor ou le Juif Polonais, n’ont pas tenu l’affiche et cependant possèdent une autre valeur musicale que, pour citer un exercise, les Diamants de la Couronne ou tels et tels opéras ayant doublé [e cap de la centième.
Ni l’ Allemagne depuis Weber et Wagner, ni l’Italie depuis Rossini et \ erdi ne sont en mesure d’opposer à la production de nos compositeurs un
PRÉFACE
répertoire théâtral plus riche et plus varié et nous aurions le plus grand tort de prendre au sérieux les lamentations des pessimistes et fastidieux prophètes de malheur qui pleurent sur une décadence n’existant en réalité que dans leur imagination. J’ai toujours en matière d’art combattu l’étroit nationalisme de ceux qui prétendaient et prétendent encore servir leur pays en fermant ses portes aux chefs-d’œuvre venus de l’étranger et suis d’autant plus à l’aise pour exprimer ma pensée sur les qualités, inhérentes à notre race, qui caractérisent notre moderne école Française et nous font un devoir de ne pas douter de son avenir.
Les Consonnances et Dissonances de M. Etienne Dest ranges nous résument trente ans de son histoire. 11 y a, dans ces pages, plus que des impressions et mieux que des souvenirs. Les analyses qu’elles contiennent dissèquent chacune des œuvres auxquelles elles sont consacrées, ne laissant dans l’ombre aucun détail, soucieuses uniquement d’en faire ressortir les beautés tout en nous en signalant les imperfections et les défauts. L’auteur y proclame la déchéance de l’Opéra Historique, de l’Opéra tel que le comprirent Halévy et Meyerbeer. En ce qui concerne les ouvrages de ces deux compositeurs elle est assurément prochaine.
J’estime toutefois qu’il serait imprudent de condamner irrévocablement et sans appel la source même d’ou sortirent des livrets dont certains, assurément, tels que Y Africaine, réalisent le comble de la sottise et du ridicule, mais qui peut néanmoins offrir au musicien comme au poète, des sujets susceptibles d’être traités et développés sans que soient foulés aux pieds la vraisemblance et le sens-commun. L 'Henri VIII de Saint-Saêns en est la preuve N’anticipons pas sur l’avenir et gardons-nous des affirmations dans le domaine de l’hypothèse. J’avoue préférer, comme plus en rapport avec l’essence même de l’art musical, le mythe à l’histoire, mais je ne vois pas au nom de quels principes il est possible de logiquement proscrire cette dernière. Opéra historique, légendaire ou vériste : qu’importe ? Pourquoi ne pas laisser le champ libre ? Toutes les voies sont bonnes et chacun suit celle qui répond le mieux à la nature de son esprit, au genre de ses aspirations, à la conception de son idéal. Quelle que soit d’ailleurs la forme d’une œuvre écrite pour le théâtre, on y trouvera toujours une part de convention. Il faudrait pour qu’il en fut autrement supprimer la parole chantée, sans laquelle le drame lyrique tout aussi bien que l’opéra ne saurait exister. Ce serait la condamnation d’un genre auquel nous devons d’admirables chefs-d'œuvre et de profondes impressions d’art. Il en est qui n’hésitent point à la prononcer et dont l’horizon musical ne s’étend pas au delà des sphères dans lesquelles gravitent la symphonie, le quatuor et les fugues de Bach. Pour eux le théâtre de Wagner est aussi faux que celui de Rossini et si paradoxaux que soient en réalité les arguments qu’ils invoquent à l’appui de leur ‘thèse ils n’en contiennent pas moins des parcelles de vérité. Aussi convient-il d’user de prudence en anathématisant certaines œuvres qui nous semblent, à l’heure présente, ridiculement conventionnelles. Il faut se garder des dogmes absolus et tenir compte, en opposant le présent au passé, de l’action du temps lui-même sur notre façon de comprendre et de sentir.
Nulle part mieux que dans les pages qui suivent cette action ne se révèle et le grand intérêt de ce livre est dans la sincérité avec laquelle l’auteur y juge, commente et décrit les œuvres nées au cours des phases successives de l’évolution qu’il résume. Les quelques réserves que je pourrais être tenté de faire en ce qui concerne l’objectivité de sa critique s’évanouissent devant
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l'évidente absence de tout parti pris dans la distribution de l'éloge ou du blâme et la loyauté rare avec laquelle nous sont transmises les impressions personnellement ressenties. M. Etienne Destranges ne craint pas d’affirmer ses préférences ; il n'est pas l’homme des concessions, des complaisances ou des sous entendus, mais va droit au but, notant, chaque fois qu’il le rencontre, le bien dans les ouvrages dont les tendances s'éloignent le plus des convictions qui lui sont chères. Ses analyses thématiques sont des modèles de conscience et de probité dont la lecture ne saurait être trop vivement conseillée à tous ceux qui s’occupent de critique musicale.
Non seulement elles facilitent la compréhension de l’œuvre, mais elles en font ressortir nettement les beautés et les faiblesses et sont doublement instructives. Qu’elles soient consacrées à des partitions classiques comme celles d'Orphée, d 'Iphigénie en Ta aride, de Josejth , à un drame lyrique tel que la Walkyrie , aux œuvres à succès du répertoire : les Hamlet, Mignon , Sigurd, Mireille , Vie de Bohème , Henri VIII , ou bien encore à des partitions dont la destinée fut éphémère, comme Evangcline , Patrie, Thamara, Princesse d' Auberge, le Fils de l'Etoile , c’est partout le même souci de vérité, la même étude approfondie des détails, le même respect de l’effort tenté, le même dédain du succès facile, de toute spéculation dont l’Art est banni. Ilérodiade, Le Cid , Werther , ont leurs chapitres dans lesquels la sévérité de certaines appréciations se mêle à des éloges consciencieusement distribués. Louise , le Juif Polonais sont commentés, disséqués, expliqués avec une scrupuleuse exactitude et des pages éloquentes dédiées à Emile Engel, nous conduisent dans le champ, plus riche qu’on ne le pense, des « Lieder Contemporains » où brillent au premier rang les noms d’Alexandre Ceorges, d’Erlanger, de Lekeu, de Ropartz et de Debussy.
Je n’insiste pas, certain que tout musicien éprouvera un plaisir égal à celui que j’éprouvai moi-même en tournant les feuillets de ce volume de près de cinq cents pages.
Il sera pour les jeunes un enseignement, car ils y trouveront la genèse d’ouvrages dont il n’est pas permis d’ignorer l'existence et qui, après avoir occupé l’attention publique, touchent le seuil de la tombe; il ranimera les souvenirs de ceux qui. mêlés depuis quarante ans au mouvement musical ont assisté, et parfois pris une part active, aux luttes soutenues en faveur des chefs-d’œuvre qu’on s’obstinait naguère à proscrire. J’eus l’honneur d’être du nombre de ces derniers en même temps que l’écrivain convaincu dont la plume est demeurée fidèle aux idées qu’elle sut éloquemment défendre, alors que l’incertitude planait encore sur la victoire ardemment désirée et je ne saurais, en présentant ou public ce dernier fruit de son labeur obstiné, oublier la communauté de pensées, d’espoirs et d’enthousiasmes qui nous rapprocha sur le terrain de la Musique et de l’Art où il reste encore de vieux préjugés à vaincre et de nouvelles batailles à gagner.
Louis de Romain.