LETTRES
DE
Gluek, JS/lozart, Beethoven, Grétry, Paisiello, Spontini, Boïeldieu, Cherubini, Paër, Weber, Rossini, Wagner, Liszt, Gounod, Thomas, CarValho.
La Bibliothèque de Nantes possède une très riche collection d’autographes. Elle lui fut léguée, en 1873, par le peintre Pierre Labouchère qui, bien qu'ayant quitté tout jeune sa ville .natale, ne l’avait jamais oubliée. Cette splendide collection estimée 100.000 francs renferme une quantité de pièces rares et curieuses. Un jour, mon aimable confière M. Giraud Mangin, sous-bibliothécaire, me prévint que 1 e fonds Labouchère contenait dilïérents autographes de musiciens célèbres. Ma curiosité fut éveillée et, sans tarder, je courus feuilleter les gros in folios qui contiennent les pièces manuscrites.
C’est le résultat de ces recherches que je vais donner dans les pages qui suivent.
Le plus ancien autographe de musicien que j’ai trouvé dans la collection Labouchère est un acte notarié avec signature de Lulli et notes marginales, signées du même.
Gluck vient après avec une lettre extrêmement intéressante adressée, à propos d Iphigénie en Tauride , à son librettiste Guillard. Cette pièce est incontestablement l une des plus précieuses de la Bibliothèque de Nantes. La voici, identiquement copiée sur l’original, avec ses germanismes et ses italianismes, ses fautes d’orthographe et de ponctuation. (1)
(1) Le fac-similé de cette lettre a été reproduit en tête de la partition d 'Iphigénie en Tauride (édition Pelletan). M. Charles Malherbe, le distingué archiviste de l’Opéra, m’a fait savoir qu’avant de faire partie de la collection Labouchère, cette lettre avait successivement appartenu à deux autres collectionneurs MM. Renouard et Dubois.
Vienne, 17 juin 1778.
Vos lettres m’arrivent très tard, mon ami, j’ai reçu hier votre dernière ! elle a couru 15 jours. J’ai déjà vu que vous étiez malade, vous voulez que je vous réponde aux points essentiels de votre lettre ? me voilà tout prêt : d’abord je vo 1S diroi que les changements que vous avez fait à votre 4e acte, seront de pure perte, parce que j’ai déjà achevé le duo entre Oreste et Pilade, et l’air qui finit l’acte: Divinité des grandes âmes lesquels je ne puis plus changer, plus ce que vous appelez le 5^ acte, il faudra je crois retrancher la 3* strophe de l’hymne, ou en faire une plus intéressante, ou on n’entend pas les mots : Le Scgthe fier et sauvage , ces paroles ne prêtent pas au patétique de la situation ; en outre il faut que les vers soient de la même mesure, 4 à 4, j’ai arranché la 2e strophe ainsi : Dans les deux et sur la terre; tout est soumis à ta loi; tout ce que UErèbe enserre à ton nom pâlit d'effroi. Si vous voulez faire une 3e strophe, il faut qu’elle marche comme la seconde, parce que on fait en même teins qu’on chante la cérémonie sur la même aire, chose très essentielle. Je voudrais encore que Thoas arrive à la 4e scène, furieux, avec une Aer d’invective, et que tous les vers soient faits propres pour être chantez jusqu’à la catastrophe sans récitatifs, cela donnerait une chaleur au dénouement et à tous les acteurs et chœurs un mouvement d’un grand effet, si vous voulez exécuter cette proposition, ne perdez pas de teins pour me l’envoyer, autrement je me tiendrai aux paroles qui sont déjà faites. Venons à l’air qui finit l’acte pendant les sacrifices funèbres, je voudrois une aire dans laquelle les paroles expriment et la situation et la Musique, que le sens se repose toujours à la fin du vers, pas au commencement ou à la moitié du vers suivant, chose très essentielle pour les vers et mauvaise pour la récitatif, cela fait la distinction de l’un à l’autre, et les airs sont alors plus susceptibles d’un mélodie coulante. Venons au mètre de l'air que je désire, je vous donne la poésie italienne où je fais un signe, cette syllabe doit être longue encore, et le vers de 10 syllabes.
Se mai senti spirati sul volto.
lieve fiato que lento s’aggiri
di, son questi gliestremi sospiri y
Sel mio fipo che muore por me.
Je* voudrois que le troisième vers soit coupé par une monosyllabe corne l'Italienne, par exemple.
Vois nos peines, entends nos cris perçents
ledernier vers doit être sombre, si l’est possible pour être analogue à la musique. Après ces 4 vers ou 8 si vous voulez, pourvue qu’il aient la même mesure viendra le chœur contemplés ces tristes apprêts lequel me semble très propre pour la situation, je désirerois presque que l’air dont s’agit, ait à peu près le même sens, après le chœur on reprendrà l’air da Capo , ou on chantera le 4 vers seulement que vous auriez fait, je m’explique un peu confusément, car la tête m’est échauffée de la Musique. Si vous m’entendez pas, nous laisserons la chose jusqu’à mon arrivée, et alors ce sera d’abord fait. Tout le reste je crois restera tel qu’il est, on otera quelque chose des récitatifs par ci par là, où ils semblent dire la même chose ou être trop longues, cela gattera pas l’ouvrage, qui doit selon moi faire un etfe’t surprenant, je vous ne répond pas
AUTOGRAPHES DE MUSICIENS
sur 1 affaire de mon établissement, j’attends votre première lettre avec les propositions pour vous dire mon opinion, en attendant, faites en sorte que la Reine me demande pour un temps indéterminé, pur quelques années pour me débarasser d’ici avec bienséance, mais qu’elle fasse cela d’abord sens perdre du teins, parce je ne vais plus voyager en l’hyyer, je partirois au commencement de septembre, il faut que je le sache un couple de mois d’avance, pour pouvoir vendre mes effets et arrenger mes affaires. Adieu, mon très cher ami, je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que nos connaissances.
P. -S. — Je ne trouve plus le prologue, en tous cas l’abbé pezzona le pourroit faire venir de Parme, parlez en à notre cher abbé.
Voici corne je souhaiterois que la pièce soit couppée en 4 actes.