LES RÉVÉLATIONS DE CHAUSSEBLANGHE
de les composer : j'avais peur. Alors, il me fit connaître les ordres de Paris... ».
Mais interrogé à son tour le vaguemestre se récria : « Chausse-blanche racontait des sornettes ; il mentait. Quinze cents francs, le prix de son impression? Allons donc! On lui en avait remis cent vingt ». — « Simple acompte, ripostait le bonhomme.... Au surplus, que le préfet me laisse conférer avec mon complice ; je saurai le faire jaser. »
Mounier se passionnait à présent pour cette affaire ; peut-être allait-il 1 eclaircir, quand brusquement il dut mterrompre aon enquête. Fouché lui ordonnait derechef d'expédier à Paris les deux détenus, et, bien à contre-cœur, le préfet obéit..,. Mais tandis que, livrant le secret de Tintrigue, le maupiteux Chausseblanche accusait Bernadotte, des cris de : A bas Bonaparte! éveillaient, à Rennes, le silence consterné de la ville, et emplissaient de mutinerie la caserne de Saint-Cyr.
La mort d*un régiment.
Le samedi, 7 messidor, vers les cinq heures du soir, un courrier apporta au général Delaborde un arrêté consulaire à faire exécuter sur-le-champ. Quatre demi-brigades, — une division entière, — tenant garnison à Rennes ou dans les alentours, devaient sans retard évacuer la Bretagne. Bonaparte dispersait au loin les derniers débris de l'armée jacobine, et, visée spécialement, la 82* allait être dirigée sur Brest. Selon toute apparence, elle n'y séjournerait pas longtemps. Les plus rigoureuses mesures étaient prescrites contre ce régiment, pour « y prévenir la désertion et réprimer l'indiscipline » : départ dans les quarante-huit heures, étapes doublées, cantonnement hors des remparts de Brest; on avait peur qu'il ne contaminât la ville.
Fort contrarié, même inquiet, le général Delaborde fit appeler aussitôt le chef de la 82% et lui