‹ Constantin Guys, [le peintre de la vie moderne]Chapitre 27 sur 34 · DEUX BEAUTES · texte numérisé non relu

DEUX BEAUTES

(Musée du Luxembourg).

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tail aux dents, l'œil vague ou fixe ; elles sont théâtrales et solennelles comme le drame ou l'opéra qu’elles font semblant d'écouter. | Tantôt, nous voyons se promener nonchalamment dans les allées des jardins publics d’é élégantes familles, © les femmes se traînant avec un air tranquille au bras PRE + de leurs maris, dont l'air solide et satisfait révèle une ee | | fortune faite et le: contentement de soi-même, Ici l’ap- | parence cossue remplace la distinction sublime. De . petites filles maigrelettes, avec d’amples jupons, et

| ressemblant par leurs gestes et leur tournure à de petites femmes, sautent à la corde, jouent au cerceau ( ou se rendent des visites en plein air, répétant ainsi la 4 comédie donnée à domicile par leurs parents. __ Émergeant d’un monde inférieur, fières d’apparaître ie enfin au soleil de la rampe, des filles de petits théâtres, minces, fragiles, adolescentes encore, secouent sur | 34 Dtre formes virginales et maladives des travestisse- Re ments absurdes, qe né sont d’aucun temps et qui font ue - leur joie. fe De A la porte d’un café, s'appuyant aux vitres illumi- | nées par devant et par derrière, s'étale un de ces im= . * -béciles, dont. l'élégance est faite par son tailleur et la «tête par son coiffeur. À côté de lui, les pieds soutenus par l'indispensable tabouret, est assise sa maîtresse,

grande drôlesse à qui il ne manque presque rien (ce . presque rien, cest presque tout, c'est la distinction) : 1 | pour. ressembler à une grande dame. Comme son joli RAT Nofbégnon, elle a tout l'orifice de sa petite bouche | PCR ; 4 PA RO | HS ù Li !

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occupé par un cigare disproportionné. Ces deux êtres | ne pensent pas. Est-il bien sûr même qu'ils regardent ? à moins que, Narcisses de l’imbécillité, ils ne contemplent la foule comme un fleuve qui leur rend leur image. En réalité, ils existent bien plutôt pour le plaisir de l’observateur que pour leur plaisir propre.

Voici, maintenant, ouvrant leurs galeries pleines de lumière et dé mouvement, ces Valentinos, ces Casinos,

ces Prados (autrefois des Tivolis, des Idalies, des Folies,

des Paphos), ces capharnaüms où l’exubérance de la jeunesse fainéante se donne carrière. Des femmes qui ont exagéré la mode jusqu’à en altérer la grâce et en détruire l'intention, balayent fastueusement les par” quets avec la queue de leurs robes et la pointe de leurs châles ;: elles vont, elles viennent, passent et repassent, ouvrant un œil étonné comme celui des animaux, ayant l’air de ne rien voir, mais examinant tout.

Sur un fond d’une lumière infernale ou sur un fond d’aurore boréale, rouge, orangé, sulfureux, rose (le rose révélant une idée d’extase dans la frivolité), quelquefois violet (couleur affectionnée des chanoïnesses, braise qui s'éteint derrière un rideau d'azur), sur ces fonds magiques, imitant diversement les feux de Bengale, s’enlève l’image variée de la beauté interlope. Ici majestueuse, là légère, tantôt svelte, grêle même, tantôt cyclopéenne ; tantôt petite et pétillante, tantôt lourde et monumentale. Elle a inventé une élégance provocante et barbare, ou bien elle vise, avec plus ou moins de bonheur, à la simplicité usitée dans un meilleur

Photo Giraudon

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