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tudes désespérées d’ennui, dans des indolences d’estaminet, d’un cynisme masculin, fumant des cigarettes pour tuer le temps, avec la résignation du fatalisme oriental ; étalées, vautrées sur des canapés, la jupe arrondie par derrière et par devant en un double éventail, ou accrochées en équilibre sur des tabourets et des chaises ; lourdes, mornes, stupides, extravagantes, avec des yeux vernis par l’eau-de-vie et des fronts bombés par l’entêtement. Nous sommes descendus jusqu’au dernier degré de la spirale, jusqu’à la fœmina simplex du satirique latin. Tantôt nous voyons se dessiner, sur le fond d’une atmosphère où l'alcool et le tabac ont mêlé leurs vapeurs, la maigreur enflammée de la phtisie ou les rondeurs de l’adiposité, cette hideuse santé de la fainéantise. Dans un chaos brumeux et doré, non soupçonné par les chastetés indigentes, s’agitent et se convulsent des nymphes macabres et des poupées vivantes dont l’œil enfantin laisse échapper une clarté sinistre ; cependant que derrière un comptoir chargé de bouteïlles de liqueurs se prélasse une grosse mégère dont la tête, serrée dans un sale foulard qui dessine sur le mur l’ombre de ses pointes sataniques, fait penser que tout ce qui est voué au Mal est condamné à porter des cornes.
En vérité, ce n’est pas plus pour complaire au lecteur que pour le scandaliser que j'ai étalé devant ses yeux de pareilles images ; dans l’un ou l’autre cas, c'eût été lui manquer de respect. Ce qui les rend précieuses et les consacre, c’est les innombrables pensées
| GONSTANTIN GUYS RENE
qu’elles font naître, généralement AS ji noires. Ÿ ‘
Mais si, par hasard, quelqu'un malavisé cherchait 1
dans ces compositions de M. G., disséminées un peu
partout, l’occasion de satisfaire une malsaine curiosité,
je le préviens charitablement qu'il n’y trouvera rien
de ce qui peut exciter une imagination malade. Il ne rencontrera rien que le vice inévitable, c’est-à-dire le :
egard du démon embusqué dans les ténèbres, où
l'épaule de Messaline miroitant sous le gaz; rien que
l'art pur, c’est-à-dire la beauté particulière du mal, le
LR beau dans l'horrible. Et même, pour le redire en passant, la sensation générale qui émane de tout ce caphar-
naüm contient plus de tristesse que de drôlerie. Ce qui
te fait la beauté particulière de ces images, c’est leur fécon- | dité morale. Elles sont grosses de suggestions, mais de suggestions cruelles, âpres, que ma plume, bien | qu’accoutumée à lutter contre les représentations plas- : tiques, n’a peut-être traduites qu'insuffisamment. UNE