‹ Constitution militaire de la France: étude sur les modifications à apporter au système de nosChapitre 16 sur 66 · UNE RÉSERVE DÉLITE · texte numérisé non relu

UNE RÉSERVE DÉLITE

ce que fit à Fontenoy la maison du Roi, ce que fit à Marengo la garde consulaire, ce que fit partout la garde impériale. Napoléon en était tellement persuadé qu'il avait institué, comme réserve d'élite, non-seulement sa vieille garde, mais encore la jeune gardé ; et, de plus, des grenadiers réunis.

Si donc survenait le besoin d'être en mesure pour une guerre sérieuse : il faudrait, sans écouter les harangues égalitaires, organiser une réserve d'élite. Cette réserve, avec la constitution actuelle de notre armée, pourrait être composée de la manière suivante :

L'infanterie serait formée des grenadiers et voltigeurs des bataillons qui ne marcheraient pas ; ou de ceux de ce bataillon qui, dans chaque brigade (voir chapitre vu), laisserait au dépôt ses cadres du centre, pour l'instruction des recrues et l'alimentation des bataillons de guerre. A cette infanterie, l'on ajouterait la portion des troupes du génie, troupes de forte organisation, qui ne serait pas employée à des travaux

de siège Et, s'il n'y avait pas de guerre maritime,

des corps composés d'hommes choisis dans les corps de la marine... 0) L'on y ajouterait un nombre conve-

(I) Les troupes de la marine ont 2,000 à 3,000 hommes d'artillerie à pied l*,000 à 15,000 hommes d'infanterie et 1,000 ouvriers.

nable de chasseurs h carabines, formé d'hommes et d officiers de choix.

La cavalerie, pour sa masse principale, serait nos carabiniers et cuirassiers, qui sont les premières troupes à cheval de l'Europe.

L'artillerie serait formée de batteries, dont chacune serait composée d'hommes choisis dans un même régiment. Et peut-être, au moyen de nos excellents chevaux (les percherons) qui entraînent au galop de lourdes voitures publiques, pourrait-on faire arriver et faire entendre sur le champ de bataille, pour les occasions graves, quelques voix plus puissantes que celles auxquelles on y est habitué. (,)

Enfin, si tel ou tel corps, avait trouvé dans quelque expédition extérieure ( par exemple en Algérie) des .occasions de s'aguerrir, il pourrait (comme les dragons d'Espagne en 1814 ) être désigné de préférence pour la réserve d'élite.

(l) Voir sur cette question spéciale d'artillerie la note G.

Les sous-officiers de la fin de l'Empire n'étaient plus les mêmes que ceux du camp de Boulogne ; ceux de la Restauration n'étaient plus les mêmes que ceux de l'Empire ; et ceux d'aujourd'hui ne sont plus les mêmes que ceux des régimes précédents. Ce sont des générations impressionnables qui se succèdent sans se ressembler entièrement. Et pour les bien connaître, il faut continuellement les étudier.

Les sous-officiers de notre armée sont très bons ; mais, par l'effet de la législation actuelle, ils sont en général très jeunes ; et la jeunesse, toujours confiante en elle-même, surtout quand elle possède un peu d'instruction, est accessible à toutes les émotions et à toutes les espérances..... Or, les sous-officiers sont, dans le mécanisme militaire, un rouage intermédiaire entre les officiers et les soldats ; et il importe que ce rouage

transmette, exactement et sans résistance, aux soldats,

l'impulsion qui lui est donnée par les officiers Si

donc il y a, dans tous les temps, beaucoup d'intérêt et d'importance dans la question des sous-officiers, cette question est, dans ce temps-ci, plusintéressante et plus importante encore.

Jadis on les nommait bas-officiers, et ils ne parvenaient à rien. La révolution de 1789 leur a donné le nom honorable de sous-offtcim ; leur a ouvert toute la carrière ; et ils l'ont noblement parcourue. Puis, à diverses époques, il a été pris des mesures qui ont de beaucoup amélioré leur position. Ces mesures, et les règles en ce qui concerne la promotion aux grades, la perte du grade, les distinctions, les punitions, etc.: il serait bien de les revoir, non pas dans un esprit de flatterie, mais avec un sentiment de paternelle et sincère bienveillance ; afin de les coordonner, de les compléter, de les codifier ; et peut-être serait-il bien de donner aux plus importantes la garantie d'une loi, comme on l'a fait pour l'étal des officiers.

Ce à quoi il importe d'arriver : c'est que, d'être sous-officier, ce soit un étal, une profession, un but, pour ceux des jeunes gens qui, méritant et servant bien, ne peuvent cependant satisfaire à toutes les conditions indispensables pour devenir officier. C'est cela,

et cela seul qui peut donner un corps de sous-officiers solide et respecté. 11 faut instituer pour les sous-officiers un sort et un avenir. Voyons par quelles mesures ce sort et cet avenir peuvent être assurés.

D'abord le rengagement doit devenir pour eux aussi honorable et aussi avantageux que possible. Ainsi l'organisation du remplacement doit être faite : sans qu'aucun soit un remplaçant ; et avec la conservation du grade; et avec des droits solidement établis sur la caisse de Tannée.

Et les droits actuels doivent être revus : ainsi la pension de retraite doit être accordée vers l'âge de quarante ans, au lieu de ne l'être qu'à celui de cinquante ; car ils ne peuvent arriver à ce dernier âge que par un passage aux vétérans, qui est une mauvaise position. Un bon sous-officier se rengagera quand il verra qu'à quarante ans, âge où il pourra encore s'établir, il aura la double jouissance de sa pension de retraite et de ses droits acquis par le rengagement.

De cette manière, on compléterait rationnellement, hiérarchiquement, graduellement, la série des durées de service qui se trouverait alors comme il suit : avant trente ans pour les soldats ; vers quarante ans pour les

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sous-officiers ; après cinquante ans pour les officiers inférieurs; vers soixante ans pour les officiers supérieurs ; et au delà de soixante ans pour les officiers généraux.

Enfin, il est des emplois qui, étant réservés aux sous-officiers, peuvent devenir pour eux une juste récompense. Ainsi, un bon adjudant et un bon sergentmajor, seraient un bon percepteur. Et combien d'autres emplois n'y a-l-il pas dans les contributions indirectes, dans les forêts, dans les chemins de fer (où celte mesure peut être insérée an cahier des charges) et dans l'administration militaire elle-même; et dans les bureaux des ministères?.... Les premiers pas faits sur cette voie n'ont pas eu un grand succès, cela est vrai ; mais les éléments existent et n'ont besoin que d'être organisés. W

On a proposé, dans l'intérêt des sous-officiers, de ne prendre que parmi eux les élèves des écoles militaires Sans doute, on peut assujelir tout jeune

homme, qui veut devenir élève d'une école militaire,

(l) Outre les ordonnances d*jn nistantrs i resujel, une mesure Itftilllilr. [prise le Ifi m»i 1**11, assure au* snlihl.-, ninrins et uiitricrs les deui tiers Jf(. emploi* subalterne- il.m. les .iitmiiii-lrnliuhs piddiijiii's. Crin es I bien, mtit

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à gagner d'abord sous le drapeau les galons de sousofficiers. Mais cette innovation établirait une sorte d'exclusion : et au lieu de fermer telle ou telle porte, il faut au contraire les ouvrir toutes. Admettons directement aux écoles, par le concours, les jeunes gens sortant de leur famille ; admettons-y les sous-officiers qui, dans le régiment, se seront distingués ; et admettons que le sous-officier changera directement le galon pour l'épaulette, s'il s'en est montré digne. Admettons tout : n'excluons rien.

En résumé : notre législation contient beaucoup d'excellentes mesures pour ce qui concerne les soldats ; elle contient beaucoup d'excellentes mesures pour ce qui concerne les officiers : il serait utile aujourd'hui que des mains habiles, expérimentées et bienveillantes y fissent introduire aussi des mesures qui constituassent l'état des sous-officiers.

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