Description des points de couture usuels
Coudre, c'est assujettir au moyen d'un fil deux étoffes ou deux parlies d'une même étoffe. C'est un travail que mon lecteur est à même de suivre tous les jours et auquel il doit apprendre à s'intéresser.
Les points différents usuels sont en très petit nombre; le lecteur suivra mes explications sur la figure 8. Les points n'y sont pas serrés, pour rendre la représentation plus claire.
1". — Le point avant ou devant est le plus simple; il consiste à piquer l'aiguille sur le dessus de l'étoffe en a et, profitant de la souplesse du tissu, à la faire sortir en b. On recommence un peu plus
loin; on obtient ainsi des points sur la même ligne, à égale distance les uns des autres. Pour aller plus vite, avant de sortir l'aiguille on fait d'un coup un nombre de points d'autant plus grand que l'étoffe est plus souple; exceptionnellement, pour assembler des étoffes très épaisses, on est forcé de tirer l'aiguille en dessous et de la repiquer. Le point avant sert à assembler à plat et à grands points, à froncer, à bâtir.
Principes généraux : le point (toujours marqué ab sur la figure) est constitué par la double traversée, de l'étoffe; il ne fait en tenant l'aiguille entre le pouce d'une part, l'index et le médius de l'autre, la pointe tournée vers soi. Par conséquent, dans le point avant, à mesure que l'ouvrage avance, l'aiguille se rapproche du corps.
2'. •— Comme le point avant, le point arrière sert à assembler à plat deux étoffes, mais il est plus solide. Nouons le fd, piquons l'aiguille par-dessous, ce qui revient à arrêter le fil. Reprenons en
,-- -tf
arrière du nœud et faisons le point ab\ reprenons en arrière du lieu de sortie, faisons un second point; et ainsi de suite.
A l'endroit, l'aspect est le même que pour le point avant; à l'envers, le fil est alternativement simple ou double.
Le point piqué est un point arrière très serré, pour lequel on repasse dans le trou qui se trouve immédiatement en arrière. En particulier, le second point repasserait dans le trou du nœud. Le point piqué était utilisé pour la lingerie, les mouchoirs, alors qu'on travaillait à la main.
3°. — Le point de surjet sert à assembler deux étoffes par les bords.
L'étoffe est supposée tenue de la main gauche; les bords à assembler se présentent donc à la main droite. Dans le point de surjet, à mesure que le travail avance, l'aiguille s'écarte du corps. Le fil passe une fois au travers des étoffes, une fois en dehors; on peut appeler le surjet un point dehors.
Le point de surfil est un surjet, mais effectué en sens contraire. Il est généralement plus grand que le surjet et destiné à empêcher l'effilochage.
4°. — Le point de côté ou point d'ourlet sert à assujettir les remplis du bord (ourlet). On pique l'aiguille en a dans le plat de l'étoffe, on la fait remonter en b dans l'ourlet, et ainsi de suite. C'est un point avant pour l'étoffe à plat, un point dehors pour l'ourlet.
Rien n'empêche d'associer les points précédents. Par exemple, une couture rabattue se compose d'un assemblage à plat des deux étoffes suivant leurs bords, par points devant ou arrière. Les bords sont repliés sur une des étoffes et assujettis par un point de côté; le repli forme comme un ourlet.
5°. — Le point de chausson et le point croisé sont suffisamment expliqués par la figure.
Les points ab sont toujours faits la pointe de l'aiguille tournée vers le corps. Conséquemment, à mesure que le travail avance, l'aiguille s'éloigne du corps pour le point de chausson, s'en rapproche pour le point croisé. Le point croisé utilisé pour la marque du linge exige que l'on compte les fils.
£°. — Le point de chaînette est très rapide, mais sert principalement en broderie.
Après avoir arrêté le fil en n, on en couche avec le pouce une certaine longueur, de manière à constituer une boucle. On repique en a près du nœud; on fait le point ab de manière que l'aiguille sorte dans la boucle, et ainsi de suite.
La figure montre le rapport existant entre le point de chaînette et le point d'épine ou point de Paris.
7,J. — Le point de boutonnière est un point noué (on compte une douzaine de points noués de complication croissante).
On commence comme pour un surjet, mais on repasse l'aiguille dans la boucle formée par le fil. La figure montre deux manières de
repasser le fil qui donnent des résultats très différents. Le lecteur aura plus vite de faire l'expérience, que moi de lui expliquer le résultat.
Je me borne à ces points essentiels. Les points plus complexes
Point avant ( à phtj Point d'épine (aplat)
Point arrière (aplat)
&-N ^yg ^ k~.
JL
UJ
Point de chausson {à plat)
Point de surjet (bords)
Point croisè(àplat)
Point de surfil (bords)
Point de chaiheUe (aplat)
Ourlet
K Faux point de boutonnière (bords) Vrai point de boutonnière (bords)
Fi*. 8.
sont utilisés en broderie et par les tailleurs comme motifs d'ornementation.
10. Machines à coudre au point de navette. Il existe 200 systèmes de machines. Il s'agit donc, non pas de les décrire toutes, ni même deux ou trois, mais de permettre au lecteur de comprendre le mécanisme de celle qui lui tombera sous les yeux, en lui expliquant les principes généraux de leur construction.
1°. — Les mécanismes ne permettent pas, commodément du moins, d'imiter la couture à la main qui fait passer complètement l'aiguille à travers l'étoffe. Les gestes de la couturière se décomposent en un nombre trop grand d'opérations-types, c'est-à-dire de mouvements de rotation ou de mouvements alternatifs rectilignes ou circulaires (§ 3). Il faut trouver autre chose.
Faisons l'opération suivante. Servons-nous d'une aiguille percée près de sa pointe (à défaut d'une telle aiguille, servons-nous d'une aiguille à repriser et d'une étoffe facile à percer comme la flanelle). Enfilons l'aiguille et enfonçons-la du côté du chas. Après deux ou trois centimètres d'enfoncement, retirons l'aiguille : le fil F (fig. 9)t retenu par le frottement de l'étoffe, ne suit pas l'aiguille et forme boucle sous l'étoffe.
Continuons à tirer sur. l'aiguille : le fil sort;. par conséquent nous n'avons pas réalisé un point de couture. 11 faut arrêter le fil sous
Aiguille
N Canette Wàvettf
Fi* 9.
l'étoffe : d'où l'emploi de la navette et de la couture à deux fils, rendue possible par l'existence de la boucle au début de l'ascension de l'aiguille.
La navette en sabot que représente la figure 9 contient une petite bobine ican.net te) dont le fil sort par un trou supérieur et que nous supposons fixé en un point de l'étoffe. Nous allons voir que la condition est automatiquement réalisée après le premier point.
Lançons la navette dans la boucle, de manière quelle la traverse complètement en passant de N en N' et en entraînant son fil f. Faisons alors sortir l'aiguille, tirons sur le fil F de manière à serrer la boucle. 11 est évident que le fil /* s'opposera (plus ou moins suivant sa tension) à ce que le fil F dépasse la surface inférieure de l'étoffe. Ramenons la navette N' en N : la période est accomplie.
Avant de recommencer, il faut pousser l'étoffe de la grandeur d'un point, de manière que l'aiguille, animée d'un mouvement rectiligne alternatif suivant une verticale invariable, repique un peu plus loin. Tour que, la navette oscillant de N à N', le fil/* soit toujours tendu quand la navette est en N' (c'est-à-dire au moment où l'on tire sur le lil F et où le point se ferme), l'étoffe doit marcher dans le sens de la llèche <!». On imaginera aisément des ressorts qui gênent
CLOUS, ÉPINGLES, AIGUILLES. — F ABttlCATIO.Y ET EMPLOI i&7
la rotation de la cannette et déterminent la tension du fil f. Le fil se déroule de la cannette à chaque point, précisément de la longueur d'un point, et cela au moment où la navette arrive en N'.
g". — Réalisons mécaniquement ces opérations. Elles se réduisent à trois :
mouvement alternatif de l'aiguille ;
mouvement alternatif rectiligne ou circulaire de la navette;
avance de l'étoffe.
Le mouvement de l'aiguille est obtenu à l'aide d'une came ou d'une bielle. Avec la came on réalise plus aisément la descente rapide et la remontée en deux temps :
l'aiguille s'arrête un instant quand la boucle est déjà formée, pour faciliter l'entrée de la navette; après quoi elle finit sa course ascendante, à l'extrémité de laquelle le fil est tendu et le point se ferme.
Le mouvement de la navette est plus difficile a réaliser. Elle doit passer cotaiplètement à l'intérieur de la boucle formée par le fil F : c'est dire que ce fil ne doit rencontrer aucun obstacle rigide en frottant contre la surface extérieure de la navette. On ne peut lancer
la na*vette libre (comme """'
dans les métiers à tisser); elle est donc posée sur un support oscillant (animé d'un mouvement alternatif rectiligne ou circulaire, peu importe) qui lui communique son mouvement oscillatoire, tout en lui laissant assez de liberté pour que le fil F passe sans trop de fatigue entre lui et elle. La navette est immobilisée par rapport au support oscillant, au moyen de ressorts flexibles qui se soulèvent pour laisser passer le fil F. Sa pointe doit être bien dégagée pour ne pas rater la boucle.
La figure 10 montre en projection horizontale le support oscillant autour de l'axe O; il est entraîné par la tige T mue par une bielle ou une came. La navette glisse sur la platine fixe P, le long'de son
rebord R On imaginera l'étoffe parallèle au plan de la figure et placée au-dessus. On voit en t le trou dans lequel descend l'aiguille. La boucle du fil F se fait en dehors du rebord H, de manière a être saisie par la pointe de la navette.
3". — Avance de l'étoffe.
Reste à faire avancer l'étoffe d'une quantité toujours- la même à chaque point, mais variable suivant la longueur du point qu'on désire. L'entraînement se fait ordinairement en avant, c'est-à-dire en éloignant l'étoffe cousue de l'ouvrière, par-dessous, au moyen d'une pièce dentée (griffe) contre laquelle l'étoffe est appliquée par un pied-de-biche. Ce pied est une fourche B {fig. 10), entre les bras de laquelle passe l'aiguille ; la fourche est poussée vers le bas par o un ressort à boudin .
R. On la relève au moyen d'un excentrique (non représenté).
La griffe a deux mouvements alternatifs : un mouvement de haut en bas qui la met en prise avec l'étoffe, un mouc vement d'arrière en
avant qui déplace l'étoffe. La ligure 11 schématique montre que le problème est soluble, même quand on exige qu'un des mouvements soit réglable en amplilig. io. tude.
La pièce AG portegriffe tourne autour de l'axe A; elle est appuyée par le ressort r sur l'excentrique P d'axe O. Quand l'excentrique tourne, la griffe a donc un mouvement alternatif de bas en haut, d'amplitude invariable.
Pour lui donner le second mouvement, le levier EF d'axe F l'entraîne par Pintermêdiaire d'une fourche E et d'un taquet B. Le levier est mù par la pièce CD, qui est guidée en gg et actionnée par une came. D'où un second mouvement qui est encore d'amplitude invariable. Ou peut lui donner par rapport au premier le décalage qu'on ilésire.
Pour obtenir l'amplitude variable, l'entraînement de EF par CD n'est rigide que dans le sens f par le taquet D. Dans l'autre sens, le ressort R, buté sur le taquet C, agit par compression. En raison de l'élasticité du ressort, il devient possible de régler la course de EF au moyen de la vis de butée V. A partir du moment où le levier EF
bâte sur V, la pièce CD continue seule sa course vers la droite; le ressort H est un peu plus bandé, voilà tout.
Dans certaines machines, l'avance est produite par une griffe circulaire formant roue à rochet; les dents servent ù entraîner l'étoffe et sont elles-mêmes entraînées par un cliquet. La longueur du point est alors déterminée, ce r F
qui n'a pas d'inconvénient dans les machines industrielles (à piquer les tiges t de bottines, par exemple).
Fig. lî.
4°. — Tension hes fils. Suivant la tension rela- ' tive du fil F supérieur et du fil /"inférieur qui vient * j de la navette, le point offre des aspects différents.
La figure 12, 1, suppose le fil F peu tendu et le fil de navette /"très tendu. Si, au contraire, ' la tension du fil de navette est relativement faible, c'est le fil supérieur F qui est quasi rectiligne. Les tensions relatives sont convenables quand le point se forme au milieu de l'étoffe, comme le représente schématiquement la figure 12, 2.
La tension du fil de navette est réglée par des ressorts gênant le déroulement de la cannette. La tension du fil supérieur est de même réglée par des ressorts entre lesquels passe le fil F et que doivent vaincre les pièces qui serrent le point.
La machine à navette oscillante peut faire 900 points à la minute, 15 à la seconde.