Feuilles de plomb et d'étain
i°. — Le plomb est un métal particulièrement fusible (327°); parmi les métaux usuels, seul l'étain a une température de fusion plus basse (231°).
L'eutectique de plomb et d'étain (Sn = 63, Pb = 37) fond à 180°.
Première remarque intéressante : dans le plomb amené peu audessus de son point de fusion, le bois, les étoffes, le papier se carbonisent sans prendre feu, au moins immédiatement. A la façon plus ou moins rapide dont le bois se carbonise, on reconnaît si la température du plomb est ou non très supérieure à celle de fusion.
Pour couler le plomb, on le chauffe dans des marmites de fonte. Il s'oxyde à la surface, les crasses surnagent; on les enlève avec une passpire.
Pour obtenir des plaques de plomb d'une épaisseur de l'ordre de quelques millimètres, on coule le métal sur des tables de pierre bien planes et légèrement inclinées. On étale et on égalise avec une sorte de râteau, formé d'une planche de chêne tenue par un manche et au bout de laquelle sont deux entailles glissant sur des glissières. Le bord inférieur de la planche est ainsi maintenu à une distance de la table qui fixe l'épaisseur de la lame de plomb.
Si le plomb est trop chaud, la pierre se fend. Aussi coule-t-on parfois sur du sable légèrement humide, bien tassé et bien égalisé (nous retrouvons notre sable de fonderie).
Ce procédé très simple peut donner des plaques n'ayant pas plus d'un millimètre: elles servaient autrefois à la couverture des monuments.
Aujourd'hui les feuilles minces de plomb sont obtenues par laminage à partir de plaques de 5 à 6 millimètres d'épaisseur.
2°. — Le papier qui enveloppe le saucisson, le chocolat, les bonbons, la chicorée,... doit être en étain à peu près pur, le plomb donnant des sels extrêmement vénéneux. On tolère un alliage à 0,97
d'étain, mais ne contenant pas plus de 0,005 de plomb et 0,0001 d'arsenic.
On pourrait croire que la fabrication des feuilles d'étain est identique à celle des feuilles de plomb; mais Tétain se lamine mal en couches très minces.
On obtient des couches relativement épaisses au moyen d'un cylindre horizontal de bois, de 2 m. de diamètre et de lm,50 de long. Contre sa génératrice supérieure est l'arête inférieure d'une auge de section triangulaire, percée d'une fente mince le long de cette arête. On la remplit d'étain fondu; on fait tourner le cylindre. L'étain se répand uniformément dessus et (grâce à la tension capillaire qui empêche son sectionnement) donne une feuille mince qu'on reçoit sur un cylindre magasin.
Pour égaliser et amincir cette feuille, on la bat entre deux étoffes ou deux plaques métalliques minces (comme pour l'or, § 20).
3°. — Le lecteur s'amusera à déterminer l'épaisseur d'une feuille de « papier à chocolat ». Pour le chocolat dont je me sers, le décimètre carré pèse 288 milligrammes. Dès lors, pour ne pas me tromper y je conduis le calcul comme suit; je laisse aux imbéciles les procédés plus savants.
Une couche d'eau dyun décimètre carré de surface et d'un centimètre d'épaisseur pèse 100 grammes,
d'un millimètre 10 grammes,
d'un micron 10 milligrammes.
Une couche d'étain (densité 7,8) d'un décimètre carré de surface et d'un micron d'épaisseur pèse par conséquent 78 milligrammes.
L'épaisseur de mon « papier de chocolat » est donc :