IMPRIMERIE J. E. RABUTOT, PLACE SAINT-JEAN, 1 ET
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DU
A DIJOM
PAR M. M. CANAT DE CHIZY
Président de la Société d'Histoire et Archéologie de Chalon.
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Depuis longtemps j'avais entre les mains certains fragments d'un registre du xvr siècle, dont les feuilles lacérées et disjointes ne m'inspiraient pas le désir d'y rechercher ces petits trésors d'histoire et d'archéologie que les parchemins poudreux renferment si souvent. En abordant récemment cette étude, j'ai bientôt reconnu que j'avais en ma possession les restes incomplets d'un compte renfermant quelques-uns des devis et dépenses de la construction du palais du Parlement, à Dijon, sous François I". J'ai pensé qu'il serait intéressant d'en extraire ces notes, aujourd'hui surtout que des réparations et des constructions récentes ont pu ramener les recherches des archéologues du côté des antiquités architecturales de ce palais.
â CONStROCTION DU PALAÎS
Depuis sa création par Louis XI , le Parlement n'avait point eu de local convenable affecté à ses séances, et devait désirer un logis digne de lui. Le roi Louis XII paraît s'être préoccupé de cet état de choses, lors de son second voyage en Bourgogne, en mai 1510; toutefois il n'y pourvut que l'année suivante. Par des lettres patentes, datées de Valence, le 8 août 1511, il ordonna la construction d'un palais pour son Parlement de Bourgogne. Les premiers travaux paraissent avoir marché bien lentement, jusqu'à ce que François P^ eût affecté à ce service une somme annuelle de 1,200 livres à prendre sur le produit des exploits et amendes ; même avec ce subside, le palais avança si peu que, lors de ses deux voyages à Dijon, en 1521 et 1522, le roi n'eut pas la satisfaction de le voir complètement achevé.
Toutefois, pendant l'année de notre compte , les travaux furent menés avec une grande activité, peutêtre en prévision de la prochaine visite royale. La grande salle qu'on nommait la salle d'audience , ou simplement l'Audience, à peine projetée, fut alors commencée et conduite si vivement que le terrain fut nivelé, un puits qui était au centre rempli, les combles couverts, et les pavés , gradins et plafond terminés. Tous ces travaux figurent dans ce compte comme payés et par conséquent achevés. On poussa même si loin la résolution d'en finir, que le crédit annuel fut largement dépassé, et qu'au lieu des 1,200 livres allouées, la dépense de cette année monta à 1,478 livres 15 sous 3 deniers.
Je ne sais si cette activité inaccoutumée eut
pour motif la prochaine entrée royale, qui peut-être ne fut pas connue si longtemps à l'avance ; mais il est certain que, lors de son premier passage à Dijon, en avril 1521, François I®^ dut être surpris de Tavancement des travaux du palais. Peut-être inaugura-t-il lui-même l'Audience, sinon lors de ce premier séjour, du moins lors de celui qu'il fit à Dijon à la fin de mars de l'année suivante.
Une . conséquence à tirer de ces faits, c'est qu'il sera difficile désormais d'attribuer à Henri II une grande part dans la construction de l'Audience, ainsi qu'on l'a fait quelquefois; c'est au règne de François P^ qu'appartient ce monument. Si dans cette belle salle, qui existe encore, quelques parties paraissent plus récentes, elles ne peuvent être dues qu'à des remaniements tardifs et à des restaurations .
On a attribué les plans du palais du Parlement à Pierre Tabouret, qualifié d'architecte, qui devint plus tard, dit-on, maire de Dijon et seigneur de Véronnes. Je soupçonne en ceci une méprise. Notre compte, qui mentionne souvent ce personnage, le désigne comme auditeur ordinaire de la Chambre des comptes, nommé par ce corps pour le représenter en cette affaire, et jamais comme architecte, ou plutôt comme maistre des œuvres , ainsi qu'on disait encore. Son vrai titre officiel est : Contrôleur des ouvrages et édifices du palais. Si avec cette charge bien définie il avait cumulé celle de maître des œuvres, il se serait trouvé dans la nécessité de contrôler ses propres ouvrages, ce qui n'est vraiment pas admissible. De cette incompatibilité il résulte que
notre Pierre Tabourot n'était pas architecte. Mais y avait-il alors deux personnages de ce nom? La chose, tout improbable qu'elle soit, mériterait d'être éclair cie, car il ne faudrait pas augmenter la liste de nos artistes bourguignons du nom d'un intrus, au détriment d'un artiste véritable.
Nous ne connaissons donc pas Tarchitecte du palais. Peut-être y en avait-il deux. S'il s'agissait du XIV® ou XV® siècle, je n'hésiterais pas à le penser ; mais au temps où se faisaient ces constructions, l'unité de conception et de direction des œuvres d'architecture commençait à prédominer. Cependant il n'est pas douteux qu'il existait alors à Dijon deux architectes à titre d'office , dont Tun était maître des œuvres du roi pour les travaux de maçonnerie, et l'autre pour les travaux de charpenterie. Notre compte nous en fournit la preuve. Un artiste charpentier, Marchault-Berruyer, y prend le titre de Maistre des Œuvres de charpenterie du roy nostre sire en Bourgongne^ demourant d Dijon, L'existence de ce maître charpentier suppose celle d'un maître maçon. Toutefois on ne peut dire si Marchault-Berruyer travailla à l'œuvre du palais, car il figure dans le compte, non comme auteur d'aucuns devis ou portraicts, mais comme fournisseur de bois seulement.
Humbert de Villeneuve était premier Président du Parlement lorsque l'érection du palais fut ordonnée. Tant qu'il vécut, les travaux, dont le roi lui avait confié la direction, marchèrent lentement. C'est à son successeur, Hugues Fournier, qu'appartient l'honneur d'avoir été le véritable instigateur
de Tœuvre. A peine élevé à celte haute charge, il obtint du roi des subsides et fut chargé de surveiller leur emploi. Il présida, en qualité de commis aux marchés, les adjudications les plus importantes et signa, conjointement avec P. Tabourot, les certifications au vu desquelles le comptable devait faire les paiements. Cependant, sur la fin de sa vie, il mit quelque négligence à remplir ce devoir. Il était sur son lit de mort lorsque Claude Duchamp, le comptable qui avait fait, depuis plus de cinq ans, les paiements sur la certification isolée du contrôleur, inquiet des suites de ce retard, chargea maître Pierre Regnard, doyen de Cuisery et chanoine de la Chapelle- aux-Riches, qui approchait de près le moribond, de le prier de poser, avant de mourir, sa signature au bas de six contrôles laissés en souffrance. La supplique était tardive, et le Président ne put qu'exprimer le regret de ne pouvoir y faire droit, « obstant sa maladie, et mesmement (( l'impuissance et débilité de ses mains. » Comme il souhaitait fort que les ouvrages ne fussent pas suspendus, il chargea ledit Regnard, en présence de témoins, de certifier, en son nom, les contrôles ; puis il mourut. Le doyen y consentit, mais ne se pressa pas de tenir sa promesse, et le comptable fut obligé de Ty contraindre par acte émané de la Chambre des comptes (1).
Le Président H. Fournier mourut le 30 mai 1525. A cette époque , les travaux étaient loin d'être
(1) C'est C. Duchamp qui a pris lui-même le soin de raconter en six grandes pages sa mésaventure et ses démarches.
achevés, et le terme de six ans, fixé par .le roi en 1516, pour la durée de l'allocation des subsides, avait été de beaucoup dépassé. Qu'on me permette de faire, remarquer ici qu'en matière de travaux publics les choses se passaient déjà, en ces temps reculés, comme de nos jours : non seulement on dépassait volontiers les allocations votées, mais on tenait peu de compte des délais.
Dans le titre placé en tête du compte , il est dit que le palais était construit pour « tenir la Cour souveraine dudit Parlement et autres juridicions cours et sièges dudit seigneur en ceste ville de Dijon, et pour aultres affaires et assemblées touchans les affaires du pays^et duchié de Bourgongne. » Ces dernières paroles méritent d'être relevées. Il est certain qu'elles peuvent et doivent peut-être s'appliquer à l'intervention politique qui appartenait au Parlement dans la question des affaires publiques; mais ne pourrait-on pas aussi y reconnaître l'indication que, dans la pensée des premiers créateurs de ce palais, il devait servir aux réunions des Etats de la province. Pas plus que le Parlement, les Etats n'avaient alors de local spécial affecté à leurs assemblées, et, moins heureux que lui, ils attendirent deux siècles qu'on leur construisît un palais. 11 est très raisonnable d'admettre que dès les premières années du xvi^ siècle, on ait songé à localiser les tenues d'Etats, qui se faisaient alors tantôt en un lieu et tantôt en un autre, et à leur procurer cette fixité de siège que leur dignité réclamait.
Il ne reste que vingt -quatre folio du premier
compte de Claude Duchamp, pour Tannée commençant en novembre 1519 et finissant en septembre 1520. Les premiers sont occupés par les lettres de commission dudit receveur, données par le roi à Paris le 22 janvier 1519 (nouveau style), en remplacement de feu Jehan Fournée, Viennent ensuite les attaches de Raoul Hurault, général des finances , et de la Chambre des comptes , le serment du comptable, et la production de deux cautions.
Le chapitre des recettes ne contient qu'un seul article concernant les 1 ,200 livres annuelles concédées en 1516 par les lettres du roi. C'est au chapitre des dépenses que commencent, comme toujours, les renseignements utiles. Les articles qui nous restent ont rapport surtout à la maçonnerie, lambroisserie, charpenterie, verrerie, etc., et renferment les procès-verbaux d'adjudication au raval des travaux de maçonnerie et de lambroisserie, dont nous donnons plus loin des extraits.
L'emplacement du palais est désigné sous le nom de pourpris ou de meix de la Chambre des comptes. Parmi les confins, outre les bâtiments de la Chambre des comptes, sont cités : l'hôpital Saint-Fiacre, la Madeleine et la maison de Talemet.
Les constructions mentionnées forment un ensemble de plusieurs salles, placées proche du Pignon et de la Vis, et désignées sous les noms de Grant- Salle, Audience, Chambre des procès, Chambre du conseil , Chambre des buvettes (ou burettes) , Chambre du scel, Chambre du greffe , et Trippot. Près de ces salles étaient la tour du Trésor et la
Chambre des élus qui dépendaient de Thôtel de la Chambre des comptes.
Voici ce qui concerne chacun de ces lieux :
La Grant'Salle, — Elle était alors terminée, et l'on n'eut plus qu'à la blanchir d blanc et d bourre, c'est-à-dire qu'on en acheva les enduits, comme on le fit du reste pour la plupart des autres chambres. On la nommait aussi le Pourpns. C'était une sorte de salle des pas perdus, qui fut remplacée plus tard par la salle actuelle.
U Audience, — Cette belle salle, qui existe encore, a été quelquefois confondue avec la Chambre des procès. On y entrait par une grande porte à deux venteaux, ouvrant dans la Grant-Salle, qu'un arc en tiers-point surmontait. Ce n'était point une façade véritable, et on avait pu se dispenser de faire un couronnement à son esguillette. L'Audience était pavée de dalles en pierre blanche. Ce qui faisait son plus bel ornement était le plafond que nous pouvons admirer encore, et qui fut termmé cette année. Nous donnons un extrait du procès-verbal d'adjudication de cet ouvrage qu'exécuta maître Antoine Gaillard, lambroisseur dijonnais : on y trouvera une description des lieux, qui, malgré son étendue, laisse désirer les patro7is et portraicts qui y sont mentionnés. On pourra facilement, cette pièce à la main, vérifier si les lieux sont restés en leur état primitif. Cet ouvrage de menuiserie coûta 315 Uvres, non compris la valeur des trente-cinq sommiers placés à l'avance, estimés en tout 7 livres 5 sous 10 deniers,
DU PARLEMENT, A DUON. 9
et 60 SOUS 6 deniers pour le sciage. Il ne s'agit dans ce marché que du plafond de l'Audience, le reste des lambroisseries fut adjugé, avec celles des autres chambres, au prix de 414 livres 5 sous, à d'autres ouvriers. Un fait vraiment curieux, c'est que ce plafond fut fait à l'imitation de celui qui ornait la maison du grand- archidiacre de Lan grès. Evidemment c'était une nouveauté architecturale qui faisait alors sensation. Nos feuilles incomplètes ne fournissent aucuns détails sur les peintures et les verrières historiées. Il n'y est point question non plus des sièges qui furent exécutés plus tard; mais •on construisit les gradins qui devaient les supporter au moyen de murettes^ ou petits murs dont les intervalles furent remplis avec de la terre et des déblais. Un seul comble couvrait l'Audience et la Grant-Salle, ce qui indique que ces deux vaisseaux avaient la même largeur. Une vaste cheminée occupait une des faces de l'Audience.
Chambre des procès, — Cette salle était voûtée : ses murs furent blanchis. On l'orna de menuiserie et l'on plaça ses verrières.
Chambre du conseil, — Cette salle lambrissée avait une cheminée. Elle était éclairée du côté de Saint-Fiacre par trois fenêtres de trois pieds sur chaque face, et trois autres semblables du côté du soleil couchant. Son grand bureau était surmonté de quatre fenêtres, outre celle qui donnait le jour au bureau du greffier. Onze fenêtres en tout garnies de verre blanc.
Chambre des buvettes (ou burettes). — Cette salle, contiguë à celle du conseil, était ornée d'une cheminée et lambrissée.
Chambre du sceL — Aussi lambrissée.
Chambre du greffe, — Contiguë à l'Audience, avec une cheminée.
Le Trippot. — Terminé cette année. On communiquait directement du Trippot dans la Vis.
Le Pignon, — C'était la façade principale du palais qui faisait face à l'hôpital Saint-Fiacre. Elle était déjà construite, et on ne fit qu'ajouter aux trois fenêtres croisées qui l'ornaient, les montans et transversains qui manquaient.
Outre ces salles à peu près terminées en 1520, il est encore fait mention de la Chapelle qui n'était encore qu'en projet, et devait être construite à côté de la tour du Trésor. Comme on le voit , il n'est question ni de prison, ni de chambres pour la torture, les archives, etc.
Voilà ce que mes feuillets épars ont paru contenir de digne d'être signalé ; mais je veux, avant de terminer, exprimer mes regrets sur ce qu'ils ne contiennent pas. Parmi ces desiderata je place avant tout les articles de ferronnerie, peinture, vitrerie, etc. Il est à croire que les travaux d'art proprement dits, les peintures, sculptures, dorures, etc., furent faits plus tard. Quant aux verrières, les restes du chapitre qui les concerne ne mentionnent que les verres blancs. Jehan Dorrain, de Dijon, qui en prit
la charge, s'intitule bien verrier et peiîitre, mais il n'est pas certain que les verrières historiées, celles, par exemple, de l'Audience, lui aient été confiées. C'est malheureusement au milieu du chapitre de la verrerie que se termine notre fragment.
Le reste ne serait que conjecture ; je m'arrête donc ici, laissant aux extraits qui suivent le soin de parler mieux que moi.