SCÈNE VI
Les mêmes, M. LABILE
M. LaBice (sonne et Baptiste va lui ouvrir. En entrant, il salue et demande :)
M. le docteur Brisbois ?
BAPTISTE vient d’sortir m’sieu, pour un’ minute : si vous voulez vous asseoir i tard’ra pas d’rentrer ! (Il présente une chaise.) LABILE C’est bien : dans c’eas-là, j’vas attendre. On m'a dit tant d’hbien du docteur Brisbois, on en parle tant dans la ville que jai tenu à le consulter. .... (Michel écoute attentivement.)
BAPTISTE C’est malheureux, m’sieu ! d’puis hier, le docteur ne donne plus des consultations gratuites que trois jours dans la semaine, et aujourd’hui est réservé à ses malades.
LABILE Mais il ne refusera pas de me soigner, si je le paie bien..... moé, j'ai gagné quinze mille piastres dans le barreau. ....
MICHEL
M’sieu est avocat ?
LABILE
Non : tourneur de barreaux d’chaises !
MICHEL Ah lire La dt
LABILE
Je suis venu voi: le docteur pour qu’il me donne une tisane pour mon estomac.....lJ’ai quelque chose là, qui monte, qui descend, puis qui r’monte et tout l’temps comme ça.....
BAPTISTE (interrompant).
Dites don’ ! m’sieu ; vous auriez pas envalé un élévateur, par hasard ?
LABILE
Comment, un élévateur ?
BAPTISTE
Ben, oui ; un’ affaire qui remonte, qui descend, et pis qui remonte.....et pis qui r’descend.....
LABTLE (à Michel).
Je ne me comprends plus, m’sieu. Je ne me prive de rien ; je me soigne bien, et ça ne va pas. Hier, par exemple, j'ai pris au moins une vingtaine de verres de gin, j'ai mangé quatre ou cinq fois, et cependant, ce matin, je suis plus mal !
MICHEL
J’cré, m’sieu, qu’vous mingez trop.
LABILE
Pourtant, j’ai toujours suivi le même régime !.... Il y en a qui m'ont dit que l’eau froide est bonne pour ma maladie, ..,
BaprisrTe (iaterrompant)
Pas toujours ; un homme que j’eonnais a été sérieusement mis à mal par l’eau, y a quelques jours. ....
LABILE Ah !
BAPTISTE Oui sil s'est noyé, et l'on n'a pas r'trouvé son corps.
LABILE (un peu vexé) Vous m'avez pas compris : j'voulais parler d'la eure d’eau froide de l’abbé Kneïpp.....
Barrisre (faisant semblant de com prendre).
Ah !ah ah !..... vous avez jamais essayé la cure d'eau chaude ?.....
LABILE Non ; qu'est-ce que c’est ?
BAPTISTE C’est merveilleux, et j'ai encore rien trouvé comme médecine qui vaille ça..... J’mélange l’eau avec un peu de sucre, du citron et du whiskey.....
(11 fait le geste de boire.) C’est ben bon !.....(On entend un bruit de pas à gauche.)
BAPTISTE V'là l’docteur ; voulez-vous passer dans ce cabinet, m’sieu (il s'adresse à Labile. — Labile sort et reparaît à la porte de gauche sous les habits du docteur au moment indiqué plus loin.)
SCENE VII 3APTISTE, MICHEL MICHEL (montrant la pancarte “ICI ON ARRACHE LES DENTS SANS DOULEUR ”).
C’est-i vrai, ça, s’qui a su’ c’te carte-là, qu’vous
arrachez les dints sins douleur ?
BAPTISTE
Rien d’plus vrai. (C’est dommage qu’vous ayez pas de mauvaises dents à vous faire extraire, pour voir si j'vous mens pas.
MICHEL
Pour ban dire, j'en ai t’une dint qui m’gêne et
n.’fait pâtir de timps en timps !
BAPTISTE
Eh ben ! m’sieu ; l’occasion est bonne, faites-la ÔLcr.
MICHEL (à part)
C’est ben ça, j'vas la faire ôter, et pis après jme déclarerai, et l’p’tit Daniel me chargera rien, à moé son père..... Ensuite j'frai la réconciliation avec lui. (Haut.) Ban ! mn'’sieu, j'me décide. Mé vous êtes sûr qu’i me l’arrach’ra sins douleur ?
BAPTISTE
Prenez ma parole !
MICHEL
Eh ban ! qu’i vianne, alors, vot’ docteur.
BAPTISTE C’est drôle au’il soit pas encore entré : c’est pour-
ide.
tant ben lui qu'j'ai entendu t’à l'heure. .... (IT va à La porte, l'entr'ouvre et regarde dehors, puis rentrant, su dit :) Ah lil est là à parler avec un m'sieu....il m'a fait signe qu'il va entrer tout d’suite.
MicHeL (à part)
* J'aurais ban aimé qu'le p'tit fasse un prêtre...
! mais pisqu'i fait ban son affaire comme docteur,
“ c'est don’ sa vocation ! Eh ban ! faut s’raccommo-
der ! (A Baptiste.) C’est dins c'te chaise icite que l'docteur i arrache les dints sins douleur ?
BAPTISTE Oui, oui.