CHEZ LA FEMME
L'entérite chronique muco-membraneuse s'observe avec une telle fréquence chez la femme qu'elle peut figurer dans le cadre des affections gynécologiques.
Presque toujours liée à une affection utérine, conséquence presque inévitable de la pelvi-péritonite chronique, l'entérite muco-membraneuse est une des maladies les plus rebelles et les plus pénibles qui puissent atteindre la femme.
Avant de formuler le traitement, il importe de bien définir l'état morbide qu'on veut combattre. Par enté- * rite muco-membraneuse, j'entends une affection caractérisée :
Par de la constipation ;
Par un empâtement légèrement douloureux de l'abdomen;
Par l'élimination, à certaines périodes, d'un enduit glaireux tapissant le gros intestin ; éliminations accompagnées de douleurs plus ou moins vives ;
Par la formation plus ou moins permanente de gaz et de fermentations dans l'intestin.
Cette description indique la thérapeutique qui a pour but :
1° Évacuer régulièrement l'intestin;
2° Calmer la douleur;
3' Combattre le tympanisme et les fermentations intestinales ;
4° Favoriser la résorption des éléments morbides < des adhérences intestinales.
\' Fonctionnement régulier de l'intestin.
Le nombre des purgatifs proposés est infini, mais je m'empresse de dire qu'il faut proscrire les purgatifs drastiques (coloquinte, gomme gutte, julep, scamroonée, etc.) et les nombreuses spécialités qui en contiennent.
Il ne faut prescrire une spécialité purgative que lorsqu'on en connaît parfaitement la composition et II doses.
Les évacuants qui donnent les meilleurs résultats dans l'entérite chronique de la femme peuvent être ainsi classés :
Graisses oléagineuses agissant comme lubrifiants;
Séné;
Huiles ;
Composés sulfureux et salins.
Dans la plupart des cas, il faut avoir successivement recours à chacune de ces substances.
THAITEHENT DE L'ENTÉRITE CHKOMIQL'E 39
I. Oléagineux. — La graine de lin, d'un usage si répandu, est particulièrement recommandée chez la femme parce qu'elle est à la fois nutritive et lubrifiante. Je fais prendre à la malade, avant chacun des trois repas, une cuillerée à soupe de graines de lin préalablement trempées pendant quelques minutes dans un demiverre d'eau.
On a substitué récemment à la graine de lin les semences de psyllium. Cette substance est plus agréable à prendre, mais elle m'a paru moins active. Dans tous les cas, on pourra alterner les deux semences selon le goût des malades. Ce qui est certain, c'est qu'elles favorisent les garde-robes et que j'ai obtenu la guérison de constipations opiniâtres en substituant ces simples adjuvants aux purgatifs les plus réputés.
II. — Le séné est indiqué dans les cas où l'entérite n'est pas accompagnée de douleurs et où l'irritation intestinale est nulle. Je le prescris sous forme de thé (une pincée pour une tasse le matin à jeun) ou sous forme de lavements, mais sans l'associer au sulfate de soude, comme on le fait généralement (une pincée pour un lavement de 4 à 500 grammes). Les thés composés au séné sont, en général, bien appréciés par les malades. Voici une bonne formule :
Fenillr- de eén^ 50 grammes.
Fruits d'anis j
Fruits de feiiomi. j ™ 10 —
Bi./arbouiito de potasse pulvérisé. . 1
Divisez en paquets de 5 grammes. Chaque paquet sert à préparer une tusse de thé, qu'on prendra malin et soir.
On peut préparer le séné sous la forme pilulaire et lui associer l'hydrastis canadensis, comme le conseille M. Germain Sôe :
Pour faire 30 pilules. Une a la fin de chaque repas.
III. Huiles. — Je ne fais que signaler l'huile de ricin, dont l'effet est trop connu. C'est à peu près le seul pui gatif qu'on puisse employer à haute dose (de 30 i 60 grammes) chez la femme atteinte d'affections périutérines. C'est à lui que j'ai recours chaque fois qu'il y a lieu d'obtenir une évacuation complète de l'intestin. Cette évacuation donne souvent lieu à l'élimination de membranes ; il faut prévenir les malades de cette pos sibilité.
Chez la femme atteinte d'entérite chronique, je conseille l'usage quotidien d'huile de ricin à petite dose: une cuillerée à café, ou deux capsules avant le premier déjeuner du malade; les hautes doses doivent être réservées pour les cas où une grande évacuation, une débâcle est jugée nécessaire.
L'huile d'olioe, employée dans le traitement des coliques hépatiques, est utile chez les femmes constipées. Elle est généralement redoutée et j'ajoute que, pour être efficace, elle doit être prise à la dose de trois ou quatre cuillerées a soupe par jour, et cela pendant une semaine. Il y a cependant des malades qui n'ont pas de répugnance pour avaler l'huile; dans ce cas, on peut espérer la guérison de l'entérite chronique en
TRAITEMENT DE L'ENTÉRITE CHRONIQUE 4i
appliquant le traitement pendant une semaine chaque mois.
IV. Composés sulfureux et salins, — Je désigne sous ce nom certaines préparations composées dont j'élimine systématiquement les sulfates de soude et de magnésie , qui ne conviennent pas dans l'entérite.
Voici la formule qui m'a donné les meilleurs résultats :
Fleur de soufro )
Crème de tartre | ââ 15 grammes.
Magnésie calcinée )
Une cuillerée à café tous les matins dans un peu d'eau, immédiatement avant le premier déjeuner.
2° Calmer la douleur.
La femme atteinte d'entérite chronique souffre chaque fois qu'elle a une garde-robe ; elle est exposée à des crises aiguës, survenant à des intervalles plus ou moins rapprochés, chaque fois que survient la débâcle entraînant l'élimination muco-membraneuse.
L'indication consiste à calmer la douleur sans employer les opiacés, qui amènent fatalement la constipation et troublent la nutrition.
Je me fais une règle de proscrire l'opium ; cependant, je reconnais que cette règle souffre quelques exceptions dans les périodes aiguës de la maladie que je désigne sous le nom de périodes d'élimination. Il y a donc à distinguer, parmi les sédatifs, ceux qui conviennent à la période d'état ou période chronique et ceux qui convien-
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nent aux périodes aiguës, qui sont en général de courte durée.
Je suis les excellents conseils donnés sur ce point par M. Germain Sée, qui conseille, comme sédatifs dans la période chronique, les bromures de strontium ou de calcium.
Les bromures alcalins de sodium ou de potassium ne doivent pas, en effet, être employés, et cela pour plusieurs raisons : ils irritent l'estomac, ils affaiblissent son pouvoir digestif, ils diminuent les forces générales. Ces divers inconvénients existent bien peu avec le bromure de strontium, ou mieux encore de calcium, qui convient parfaitement à Pestomac ; 2 à 3 grammes par jour suffisent largement pour calmer la sensibilité de la muqueuse stomacale, à la condition de faire prendre 1 gramme en solution pendant chacun des trois repas. Voici la formule :
Bromure de calcium (ou de strontium). 30 grammes. Eau distillée 300 — .
Une cuillerée à dessert avec deux fois son volume d'eau après avoir commencé à manger.
Bien que la débilitation générale soit beaucoup moins marquée avec les bromures alcalino-terreux qu'avec les bromures purement alcalins, elle n'en existe pas moins à un certain degré. C'est pour la supprimer ou la réduire à son strict minimum que je remplace une partie du bromure de calcium par du chlorure de calcium dans les proportions suivantes :
Bromure de calcium ) 5Q mme8
Chlorure do calcium ( e
Eau distillée 500 —
TRAITEMENT DE i/ENTÉRlTE CHRONIQUE 43
A défaut des bromures, je prescris souvent l'extrait gras de cannabis iridica, de la façon suivante :
Potion gommeusc : 120 grammes.
Extrait gras de cannabis indica 10 centigr.
Prendre trois grandes cuillerées par jour, une avant chaque repas.
Au moment des grandes douleurs, un des meilleurs moyens de soulagement, c'est le menthol :
Menthol 10 à 15 centigr.
Alcool Q. s. pour dissoudre.
Eau distillée 180 grammes.
A prendre par cuillerée à bouche.
Tels sont les sédatifs utiles en temps ordinaire ; ma : s, lorsque surviennent les débâcles douloureuses, ils sont insuffisant? et les malades veulent être soulagées. Voici comment je procède :
Après chaque garde-robe douloureuse, avec ou sans expulsion de membranes, je prescris un lavement destiné à laver l'intestin et à entraîner les mucosités :
Acide borique. . . 10 grammes.
Jaune d'œuf N° 1 .
Eau . . 300 grammes.
Une fois ce liquide expulsé, j'emploie soit les lavements iaudanisés (X à XX gouttes de laudanum pour 100 grammes d'eau), soit des suppositoires :
Chlorhydrate de cocaî ne \ ~ . r . nti r
Extrait thébaïque } M * centlgr '
Beurre de cacao Q. s.
Pour un suppositoire.
Lorsqu'on redoute l'influence de l'opium, on peut le remplacer par la belladone :
Chlorhydrate de ci Entrait de hHIadn:
Beurre do cacao. . .
Pour un suppositoire.
Cette dernière formule est préférable parce qu'elle n'expose pas à la constipation.
3° Combattre les fermentation».
La plupart des femmes atteintes d'entérite chronique présentent les symptômes habituels de la dyspepsie: dyspepsie, tyrapanisme, flatulence, etc. Je ne puis ici établir la thérapeutique des affections de l'estomac.
J'exprimerai seulement une opinion, a savoir : que la plupart des médicaments anlisepliquesou prétendus tels (naphtol, salol, benzonapbtol, etc.) sont plutôt nuisibles qu'utiles dans les diverses variétés d'entérite.
La plupart des malades confiées à mon observation qui avaient été soumises aux traitements modernes ont été heureuses de revenir aux an ti-Qatu lesta de l'ancienne école.
Voici les formules que j'emploie le plus souvent chez \a entériques et qui m'ont paru efficaces :
Phosphate de suudc
Salie jlnte Je soude
.Magnésie calcinée
Pour dix cachets. Un après chaque repas,
Ou, lorsqu'il n'y a pas de douleurs :
r i il*
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Phosphate de soude 5 grammes.
Salicylatc de i)ismuth ) - 2
Charbon de peuplier i
Hhubarbo en poudre 1 gramme.
Pour dix cachets. Vl| éprhs chaque repas.
4° Favoriser la résorption des éléments morbides.
Lorsque l'entérite muco-membraneuse a pour point de départ une affection utérine, il existe presque toujours . des adhérences. '", ' «■
C'est dans ces cas et lorsque l'élément inflammatoire douloureux a complètement disparu qu'on appliquera avec succès le massage, qui aura pour but la destruction des adhérences et là guérison de la constipation.
Les eaux minérales chlorurées et bromurées sodiques (Salins, Chatel-Guyon, etc.) sont très indiquées dans l'entérite chronique de la femme.
Je ne m'occupe ici quede la (hêrapeutique médicale, laissant volontairement de côté toute intervention chirurgie aie.
II importe de distinguer, au point rie vue thérapeutique, trois variétés de dysménorrhée :
La dysménorrhée eongestive ou inllammatoire ;
La dysménorrhée membraneuse;
La dysménorrhée par rétention de corps étranger {dysménorrhée obstrue tive'
A. — Dysménorrhée eongestive
S'observe surtout chez les chloro-anémiques.