ACTE I, SCENE VII I
LE DUC
Le baron Stefano d'Agrigente ! — Ah! j'espère Que vous lui ressemblez, Silvio, car vraiment C'était un noble ccitair. Sous son commandement Je fis près de Tunis une chasse au corsaire; J'étais jeune, il m'aima d'une amitié sincère. Et je bénis le sort qui met sur mon chemin Son fils, pour qu'à mon tour je lui tende la main.
Il lui tend la maiji, que Viola baise.
Restez en lUyrie et devenez mon page.
» VIOLA, avec regret.
Monseigneur, il m faut poursuivre ce voyage !...
LE DUC
Où cela ?
VIOLA
Chez notre oncle Hermann.
LE DUC
Il n'est point temps !
Votre oncle Hermann est loin : malgré ses soixante ans Ce héros a toujours l'épée à la besogne : Contre les Esclavons il se bat en Pologne. Vous l'attendrez chez nous !
VIOLA, avec modestie et embarras.
C'est donc vrai, monseigneur, Que vous voulez de moi pour votre serviteur ? Je brûle d'accepter, et cependant je n'ose... A quoi puis-je être utile ? A rien, à peu de chose ! Je suis bien ignorant, allez, pour un garçon: Je n'ai jamais appris l'escrime, le blason; J'ai les goûts... d'une fille, et, pour talents suprêmes. Je sais un peu chanter et dire des poèmes !
LE DUC, ave: ravissement.
Des vers et des chansons ?... ]\Iais cela, c'est sans prix,
Et tu sais tout, alors, n'eusses-tu rien appris.
Des vers et des chansons ? — Par avance je t'aime !
^lalheureux qui n'a pas de musique en lui-même !
Malheureux qui jamais n'écouta dans son cœur
Les inspirations chanter leur divin ch(cur !
De ceux-là, quels que soient leur visage et leur vie.
Il faut que l'on s'écarte et que l'on se défie ;
Mais tu peux approcher des autres, car, vois-tu.
Quand on admire on est bien près de la vertu.
i\e crains rien de tous ceux qui chantent, car leurs âmes
N'ont point de noirs complots ni de replis infâmes :
Le don mj'stérieux peut leur être compte
Comme un signe certain d'honneur et de bonté !
VIOLA, très émue. Monseigneur, je serai votre page.