‹ Contes à ma filleChapitre 6 sur 43 · I.E SANSONNET · texte numérisé non relu

I.E SANSONNET

De tous les oiseamx qui répètent le langage de rhomme, le sansonnet est celui qui parle le plus distinctement. <( 11 peut , dit Buffon , » apprendre à parler indifféremment français , » allemand, grec, latin, et à prononcer de » suite des phrases un peu longues. Son go- )* sier délicat se prête à toutes les inflexions , » à tous les accens. »

Jacques , savetier , dont Téchoppe était adossée au coin d'une des principales rues de Paris , avait élevé un de ces oiseaux' qui, joyeux et bavard , quoique renfermé sans cesse dans

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une vieille cage d'osier, faisait les délices de son maître, et répétait ^ans cesse tout ce qu*il entendait dire. » Où donc est Jacques ? demandait souvent telle ou telle pratique qui ne le trouvait point à son échoppe. — Au cabaret du coin, répondait aussitôt le sansonnet. — Combien vous dois-je , père Jacques ? disait une autre personne. — Vingt sous tout au juste, répondait encore le sansonnet. » Enfin le babil de Toiseau était en si grande renommée dans le quartier, que le savetier voyait chaque jour s*augmentçr le nombre de ses pratiques, et trouvait dans son élat obscur l'aisance , le bonheur et surtout la gaieté.

Au-dessus de l'échoppe du savetier, son unique fortune, donnaient les croisées de l'appartement d'un capitaine de cavalerie, militaire distingué , dont la ûUe unique , nommée Flore , âgée de douze ans, et de la plus jolie figure , prenait plaisir à écouter le sansonnet. Souvent elle l'avait fait remarquer à son père , et depuis quelque temps elle le sollicitait d'acheter cet oiseau qui chaque jour lui causait plus de surprise.

LE SAIfSOlflfET. 3

Le capitaine , fatigué des instances de sa fille, fît monter un matin Jacques, et lui demanda combien il voulait vendre son sansonnet. « Vendre mon sansonnet! s'écria le savetier; non , mon capitaine : ce serait vous vendre ma vie. C'est lui qui me procure tous mes chalands , qui fait venir à ma boutique les plus jolies voisines ; c'est à lui que je dois mes chansons, mes bons mots, ma santé, le bonheur dont je jouis. Tout l'or que vous avez, mon capitaine^ ne suffirait pas .pour payer mon sansonnet. »

u Vous l'entendez , dit l'officier à sa fille. Ce brave homme ne peut en efiet se séparer d'un oiseau qui lui est aussi cher, et je ne puis qu'approuver ses refus. »

A ces mots, Jacques retourna à son échoppe, plus joyeux que jamais , et s'applaudissant d'avoir conservé son cher sansonnet, qui semblait en cet instant même vouloir reconnaître l'attachement que lui portait son vieux maître , en répétant ce que souvent il entendait dire

dans la rue : Jacques, brave homme J

Jacqiies, brave homme J

4 GOimS A HA FILLE.

Peu de temps après , le savetier , instruit par un domestique du capitaine que sa fille désirait toujours l'oiseau , s'imagina d'en dégoûter la jeune personne ^ en faisant prononcer à son cher élève plusieurs mots qui se trouvaient analogues à tout ce qu'il apprenait sur le caractère et les usages de la jeune demoiselle.

Avait-elle fait gronder quelque domestique , dès le lendemain , en se mettant au balcon . elle entendait le sansonnet qui répétait : Flore

est méchante ! Flore est méchante /

Avait-elle fait à son père quelque mensonge pour abuser de sa bonté , de sa confiance , bientôt elle entendait dire au sansonnet : Flore a menti!..,. Flore a menti!... Enfin, chaque fois qu'elle avait mal fait , elle était sûre de recevoir de l'oiseau une leçon qui blessait d'autant plus son amour propre , que cette leçon faisait sur elle une profonde impression.

Ce que Jacques avait prévu arriva. Autant Flore avait désiré le sansonnet^ autant elle le prit en aversion. Elle la poussa jusqu'à se plaindre à son père de l'audace du savetier, exigeant qu'il fût puni de son insolence. En ce

LE SAIfSOIllfBT. »

moment même le sansonnet répéta plusieurs fois : Flore est méchante I Flore est méchante!

« Vous l'entendez ! s'écria-t-elle. Non , vous ne souffrirez point qu*on insulte ainsi votre fille : ce n*est pas à moi seule que ce vilain petit animal dit des injures , on lui en fait répéter contre vous ; oui y mon père , contre vous-même.... Flore a menti! reprit encore

le sansonnet ; Flore a menti

Cet heureux à-propos, que le hasard seul fit naître , mit le comble au dépit , à la colère de la jeune personne; mais en même temps ouvrit les yeux de son père , qui , réprimant en secret sa surprise , se proposa bien de mettre à profit cette singulière aventure.

Quelques jours après, le capitaine apprit que pendant son absence la nourrice de Flore était venue la voir , et qu'elle en avait été reçue avec une indifférence et un ton de hauteur qui avaient blessé cette digne femme , au point qu'elle s'était retirée tout en larmes , se promettant bien de ne revoir jamais l'ingrate qu'elle avait nourrie de son lait , et à qui pen-

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dant deux ans elle avait prodigué ses soins et sa tendresse.

Marthe (c'était le nom de cette bonne nourrice ) avait caché son chagrin et ses pleurs à tous les gens de Fhôtel , voulant encore ménager la réputation de Flore , et lui conserver les égards dont elle était environnée ; mais , de retour à Romainville où elle demeurait, elle ne put s'empêcher de raconter ses peines à quelques voisines , dont le babil transmit bientôt jusqu'aux oreilles du capitaine ce qui s'était passé. Furieux, indigné contre sa fille , il s'entendit secrètement avec Jacques pour donner à Flore une leçon salutaire.

Un jour qu'il avait réuni chez lui beaucoup de monde , chacun après le dîner , s'empressa de prendre l'air aux balcons qui donnaient sur la rue. Le sansonnet excité par les ris et la conversation qu'il entendait au-dessus de sa cage , se mit à jaser de toutes ses forces. Quelqu'un adressait-il un compliment à la fille du capitaine , l'oiseau répétait : Flore est méchante ! Flore est méchante /

<( Quel est donc l'insolent , dit alors quelque

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