‹ Contes à ma filleChapitre 9 sur 43 · LB PARUR DE FRAISES · texte numérisé non relu

LB PARUR DE FRAISES

un cri dans l'aveaue , regarde et aperçoit une jeune fille , nu-jambes et sans chaussures , dont le pied venait de glisser , et qui , en tombant , avait répandu sur la route plusieurs paniers de fraises qu'elle portait sur sa tète. Des pleurs coulaient en abondance sur les joues de Babet (c'était le nom de la jeune fille). Elle s'écriait avec l'accent du désespoir : u Que je suis malheureuse ! entrée c'matin au service de Jean- Pierre , la première fois que j'vais cueillir dans ses jardins , il faut que j'aie le malheur de répandre le produit de son travail et de ses soins. J'suis hors d'état d'iui en rembourser le prix: il va me chasser d'chez lui; peut-èlre m'faire passer dans l'village pour une malhonnête fille.. Ma pauvre mère, qui n'avez

q'moi pour soutien , 6 ma pauvre mère ! qu'allez-vous d'venir? »

En achevant ces mots , Babet ramassait à la hâte le peu de fraises échappées au désastre , et dont à peine elle put former un panier , tout le reste se trouvant écrasé dans sa chute et confondu dans la poussière.

Ces touchantes paroles : Ma pauvre mère!

qu^ allez-vous devenir! péuétrèrent jusqu'au fond du cœur de Laure. <( Jeune fille , lui dîtelle en rappelant du doigt y à combien pouvaient monter les paniers de fraises que vous regrettez si fort! — Hélas ! ma belle demoiselle, de six il ne m*en reste qu'un : cinq , à quatre francs pièce , vu que c'est dans la primeur , ça

fait .... n £lle comptait sur ses doigts

« Vingt francs ! s'écria Laure. — Tant qu'ça ! reprit Babet. C'est pus que je n'gagne en deux mois. Comment frai-je? 0 ma pauvre mère ! qu'allez-vous d' venir?

» — £hbien ! dit Laure , ouvrant doucement la grille , confiez-vous à moi , jeune fille , et je me fais fort de réparer l'accident qui vient de vous arriver. Donnez-moi ce seul panier qui vous reste , et prenez ce louis : c'est justement le prix des six que vous aviez. Vous direz à votre maître que vous avez vendu le tout aux habitans de l'Ermitage : par ce moyen , vous ne lui ferez éprouver aucune perte; vous serez toujours l'appui de votre mère , et moi je n'aurai jamais fait un meilleur usage de mes petites économies. »

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Babet, émue, surprise, remit à Laure son dernier panier de fraises , baisa plusieurs fois ses bienfaisantes mains , ainsi que le louis qui la sauvait de tant de malheurs , et regagna le village. De sou c6té, Laure, heureuse et fière d'avoir aussi utilement employé son argent, emporta dans sa chambre le panier qui lui était devenu si cher, se proposant bien de manger les fraises qui lui appartenaient à si juste titre , et surtout d'augmenter le prix d'une aussi bonne action en la tenant secrète pour tout le monde.

Mais le père de Laure avait vu à travers la jalousie de son cabinet tout ce qui s'était passé. Suivant sa fille des yeux , il l'avait aperçue emportant furtivement le panier de fraises , qu'il alla prendre dans la chambre de Laure dès qu'elle en fut descendue , et la rejoignit bientôt au salon oii elle brodait auprès de sa mère. Il leur annonça que la plupart de ses amis devaient se réunir le lendemain à dtner chez lui ; que parmi ces amis il se trouvait un petit nombre de personnes de distinction ; et que , étant flatté de les posséder , il désirait que le repas

fût aussi splendide que la société serait brillante.

Après une assez longue conversation , dans laquelle le père de Laure ne put s'empêcher de prodiguera sa fille les plus tendres caresses, celle-ci remonta dans sa chambre pour revoir son cher panier , et manger quelques fraises , qui lui semblaient lès meilleures qu'elle eût croquées de sa vie. Mais combien elle fut surprise de ne plus trouver ce précieux dépôt ! Elle cherche , s'inquiète , fait des questions indirectes à tous les gens de la maison : personne ne savait ce qu'elle voulait dire; son père seul jouissait de son aimable embarras.

Le lendemain se réunirent de nombreux convives. Le dessert le plus somptueux leur fut offert. Il était composé de tout ce que le luxe peut inventer : des sucreries les plus rares , de superbes ananas , des glaces à Titalienne ^ de belles pyramides de fruits de toute espèce, mais chacun remarquait avec étonnement qu'il n'y avait point de fraises , si recherchées à cette époque. La mère de Laure, surprise comme tout le monde de ce que ses ordres n'avaient

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point été suivis , se disposait à gronder celui de ses gens qui était chargé de cette partie du service , lorsqu'un laquais vint déposer sur le plateau de fleurs qui était au milieu de la table le panier chéri de Laure. Elle ne put, en le voyant, s'empêcher de jeter un cri de joie, et son aimable rougeur annonçait que ce panier renfermait quelque mystère. Son père alors raconta l'aventure dont il avait été l'heureux témoin : (c J'ai cru , dit-il , que je ne pouvais offrir à mes amis, à mes convives, d'autres fraises que celles-ci ; non , je ne connais point de corbeille , fût-elle de porcelaine du Japon , et remplie des productions les plus rares, qui puisse être comparée au simple panier de Babet. »

Chacun applaudit et prit Laure dans ses bras. Sa mère surtout la tenait pressée contre son sein , ne pouvant exprimer tout ce qu'elle ressentait. On la pria de distribuer elle-même à chaque personne les fraises que contenait le panier : ce qu'elle fit en recevant les plus douces félicitations. Mais quel fut son étonnement lorsque 7 en distribuant les dernières fraises, elle trouva au fond du panier un collier de co-

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rail , ayant un écusson d*or entouré de perles fines , et sur lequel étaient gravés ces mots : JBabety à sa bienfaitrice !

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