LE CHAJXÏRE ET SON CURÉ
Grégoire, bas-^normand, et pourtant honnête homme , L^ami de son curé, pasteur plein de vertu ,
Préférait au jus de la pomme Le jus du bois torlu :
Il était chantre enfin. — Eu ce cas rien d'étrange ,
Dira-t-on, il est avéré Que lorsqu'en sa demeure un chantre est retiré.
Il faut ou qu'il boive , ou qu'il mange
Pour ne pas être désœuvré.
— D'accord ; mais il buvait le vin de son curé. Et ce trait est, je crois, indigue de louange. Voici le fait : j'ai dit le pasteur vertueux , El vraiment il était de la classe qu'on vante , Car il n'avait chez lui ni nièce ni servante , Point de société , de dîners somptueux j Grégoire le servait ; bref, ib n'étaient que deux. Quoique le bon pasteur eût la clef de la cave, Le chantre y descendait avant chaque repas , Et, bien qu'il reconnût commettre un péché grave. Sans boire sa bouteille il n'en remontait pas. Grégoire est soupçonné : le pasteur suit ses pas ;
Il l'entend , il le voit. . . Ah ! diantre , C'est lui qui boitmonyin!... dit-il. Oui... Ton ycrraj
Et le soir il délibéra Qu'en allant en chercher le très-honore chantre
Entonnerait le libéra.
En même temps chanter et boire
Ne vous paraît pas fort aisé ;
Mais de ce mauvais pas Grégoire
Sortit pourtant en vrai rusé :
ïl commença le chant en se mettant en route,
Et si bien il le calcula
Qu'il en était juste à l'absoute
Lorsqu'à la cave il arriva Pater Jioster.... Ici le repos ordinaire
Dans l'office de requiem ,
Pendant lequel Grégoire , hem , hem , But son flacon , puis reprit à voix claire : Et ne nos inducas in tentationem
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