‹ Contes, anecdotes, chansons et poésies diversesChapitre 17 sur 221 · LES PELOTONS · texte numérisé non relu

LES PELOTONS

Riche d'appas , Simple et novice, La jeune Nice Ne savait pas ( Tant au village Fillette est sage Avant quinze ans ! ) Qu'il fût d'amans.

Et moins encore Qu'il fût d'amours { Car tous les jours A la pëcore Alix disait Et re'pétait :

« Ma chère fille, c( Suis mes leçons, « Fuis les garçons ; « Dans not' famille « J'avons l'honneur j « Et cette fleur , « Sans la conduite , « Passe bien vite ;

« J'ons , par malheur , « La connaissance « Que c'est surtout «t Avec la danse o Qu'on pousse à bout « Et l'innocence', <t Et la de'cence ; « Car, plus d'un' fois, « En tapinois , « Un malin drille « Y fait , vois-tu , « Sauter la fille «Et la vertu.... »

Tant sur Nicettc Fit de l'efFet Ce dernier trait , Que la pauvrette Plus ne voulait Aller seulette.

Cruelle peur , Faux bavardage , Las ! son malheur Fut votre ouvrage !

Dans le village , Nice n'allait Et ne venait

Qifavec sa mère , Ou bien son frère....

Son frère ?.... Non j Mais c'est le nom Que dés l'enfance Son cœur aima j Qu'elle donna De préférence "' ^ '^'^ AubonLubin, " Jeune orphelin '

D'humeur légère , A qui Laurens (i) Servait de père Depuis seize ans.

Pendant ce temps , On voit d'avance Que l'amitié, La confiance , Avaient lié Leur existence.

Advint qu'un jour, De par nature , Amitié pure Devint amour, Non chez Nicette ,

(i) Père de Nicette.

4o CONTES

Mais chez Luhia , Qui veut soudain Au dieu malin Payer sa dette.

Or, du hameau C'était la fête , Et , sous l'ormeau , A l'air nouveau Du chalumeau Qu'Amour apprête, Chacun dansait , On re'pétait La chansonnette.

Seule , Nicette Avec Lubin, Près de la danse , Gardaient silence , Alors qu'enâij , Prenant la main De son amie :

Qu'ils sont heureux l Dit-il I leurs jeux , Leurs chants joyeux, Tout nous convie ; Faisons comme eux :

Ah ! je fen prie !

Coulerona-nous

ET ANECDOTES. 4ft

Des jours plus doux ^'p » ' Daus notre vie ? '""'^ t'''

— Qui , moi , danser I

N'y faut penseÉ jin'juuiiol) - Viens-t'en, raonfrèce..'..'

— Mais... — Non, du tout.

— Pourquoi, ana chère?

— (( Las ! dit ma mère , « Que c'est surtout

« Avec la danse

« Qu'on pousse à bout

« lit l'innocence ,

«( Et la décence ;

«Et qu' plus d'un' fois,

u En tapinois,

« Un malin drille

K Y fait , vois-tu ,

« Sauter la fille

« Et la vertu, n

L'air ingénu De la fillettjB , Dans son dessei|i Servit Lubin. .-.>.■ Viens sur l'herbett^ , Nicette : tien , 3'ons un moyeu ( Moyeu modeste }

Pour qu'en dansant ,.,;.? ^ jO Pour qu'en sautant •

La vertu reste. .

— Comment?... Poiirtantr.*,

— Laisse-moi faire , • ' J'yons l'attacher ,

Pour rempêcher D'tomber à terre.

— Oh ! dans ce cas, Dit la bergère , Plus d^ embarras....

Sur la fougère, Ton serviteur , Ami , lecteur , N'observait guère Leurs doux ébats f Là n'e'tait pas , Et ne doit croire De cette histoire Ou de ce bruit , Que ce qu'on dit.

Fais tout de même , Et revenons A nos moutons.

Quand le système Fut démontré , Zeste , eu cadence...»

ET ANECDOTES. 4i

Rien sur la danse Ne vous dirai :

Fille à cet âge Trouve à son gré Ce badinage , Et sais surtout , Sais qu'au village, Comme partout , Est difficile Qu'une sur mille N'y prenne goût ; Mais la nouvelle Que ne tairai , Et donnerai Pour vrai modèle A jouvencelle, C'est que la belle , Craignant encor Pour son trésor, Sans plus attendre, Fut dans un coin Y faire un point j Puis vint reprendre , Tant bien que mal, Se place au bal , ( Très-rassure'e Sur son destin ) , Jusqu'au déclin De la iournée.

Le bal fini , Et désuni , On se sépare j Et la bagarre , Hors de raison , Saute, lutine, Et s'achemine Vers sa maison Ou sa chaumière.

Bien plus pensans , Nos deux amans Restaient derrière , Et discouraient Sur la manière Dont ils avaient Du ridicule Et du scrupule Franchi le pas.

« Je ne crois pas , « Répétait Nice , « Que l'sacrifîce « De notre honneur, « De not' bonheur j « C plaisir qu'on trouve^ « Dans Tfaux penchant, « Soit plus piquant, « Plus séduisant « Que c' qu'on éprouye

« En l'empêchant.

« Combien mon père , « Ma bonne mère « Seront contens !

« J'avons le temps , « Voyons encore.... »

Mais c'est en vain :

Cruel chagrin Qui déshonore Et qui de'vore L'ingrat Lubin , L'oblige à feindre (i).

Plus n'as a craindre Rien sur ce point , Dit-il , Nicette.

— Si , si, re'pète ; Encore un point N'est pas nuisible.

— Je ne puis point.

— Bah ! pas possible :

Quel mal subtil ,

Ou quelle cause....

— C'est.,.. — Quoi?— Je n'ose.

— ^ncor faut-il....

(i) L'lii^loire dit rfué c'est la faligue occasionuée par la danse qui empêcha Lubin d'obéir à Niccltc ; mais , par res • pccl pour les mœurs, nous aimons mieux attribuer ce refu» ù uu remords de comcieacc.

— N'ai plus de fil.

— Oui ! c'est un leurre , Vous en avez!....

— Non , que je meure.

— Mentez , mentez !

A vot' ceinture , Quand j'cousions , Tantôt j'voyons , J'en sis ben sûre f Deux pelotons.

Page 1