LA FAUSSE AGNÈS
COWTE-ANECDOtE.
Le duc de Richelieu, l'élite des bons drilles, Le trompeur des maris , des femmes et des filles. Parcourant la campagne un beau soir de l'été ,
Fit rencontre d'une beauté, Qu'à son gentil corset, sur Sa taille ajusté,
A son jupon de siamoise,
A son air de simplicité ,
Il prit pour une villageoise.
Eh quoi! la belle enfant, dit le noble égrillard, Sans guide, en ce moment, vous sortez du village!
On ne court seulelte et si tard
Qu'après un amant, et je gage.....
— Jen'savons pas, monsieur, ce que c'est qu'un amant.
— Quoi ! vous n'aimer point ; c'est dommage I — J'aimons le gros Lucas, j'y songeons en dormant; C'est tout c'que je savons, monsieur,pour le moment. Peut-être ben qu'un jour j'en saurons davantage. —Mais à l'heure qu'il est où portez-vous vos pas? — Je yons cheux noas, monsieur, tout là-bas, tout là-bas ;
5o CONTES
Vous Voyez? — C'est bien loin : toute seule, il me semble
Qu'il serait imprudent à vous...
Venez jusque chez moi, nous souperons ensemble, Puis après... — Oui, monsieur, je m'en irons cheuxnous — Je vous ferai conduire. On cède, on s'abandonne, £t le duc, en amant heureux, Couvre de baisers amoureux Le bras arrondi qu'on lui donne.
On arrive au château... L'on sert.
Abrégeons le souper , et passons au désert : C'est là que les Amours et Momus , de concert, Se mêlant aux vapeurs du pétillant Champagne, Et du galant seigneur secondant les désirs , 1É|
Ecartent la Pudeur, appellent les Plaisirs
Autour de l'aimable compagne Qui leur répond par des soupirs.
Tout favorisait le mystère.
L'horloge avait sonné minuit ;
Un calme heureux, un doux réduit...
Le duc , enfin , fut téméraire ,
Et la belle' s'en offensa : C —
« Laissez-moi donc! (Il l'embrassa.)
« Je n'sis pas v'nue ici pour ça !
tt Je voulons m'en aller! Qu'c'est bête! 6 ciel ! que faiijj '' « Holà ! monsieur, voulez- vous bien vous taire?
« Finissez, ou je vais crier! I ^
« Si ma mère sayait qu'avant d'me marier. . . ? »
ET ANECDOTES. 5ï
Mais , quels que soient son trouble et sa colère. Fillette, en pareil cas , n'appelle point sa mèi^e;
Et le duc sut concilier
Ses goîits et la pudeur sévère.
N^obtenant rien par ses galans discours, L'or et les diamans vinrent à son secours ; Une bague , un collier , une croix, une bourse f
Que de motifs pour insister!
Pourtant , maigre cette ressource , Elle résiste encore, ou feint de résister ; Mais sa pudeur, enfin, devenant moins farouche,
Elle se rend , et.... Ton se couche....
Les je le sentons befi, jVous aimons sans détour, hesj'o7ts et les j'awons s'échappant tour à tour
De la bouche de Tinconnuc ,
Du galant excitaient l'amour
En la rendant plus ingénue j Mais lorsqu'avec la nuit, le plaisir envolé Fit place à la raison dans l'esprit de la belle , Minaudant avec grâce, et d'un air désolé ,
Ah! que le temps est we^uZeux.' dit-elle. Nébuleux! dit le duc. Grand Dieu! je suis Yolé!,,^