LE PATER
vTros Guillot, bas-normand, ignorant par nature
Et berger par besoin, D'apprendre son Pater n'avait jamais pris soia. .
Mais , trois fois sotte créature !
Lui dit un jour son bon cure' ,
Aurais-tu donc enfin juré De ne point prier Dieu ? Malheureux ! ame impure f
Rëponds-moi , que dois-je en conclure?
— Prier Dieu, je le voulons bien ; Mais je n'avons jamais su lire.
— Je vais t'enseigner un moyen.
— Ah ! jârni , vous n'avez qu'à dire.
— Il faut donner à tes moutons —
— Quoi ? — Les mots du Pater pour noms.
i4^ CONTES
— Oui , monsieur le curaz. — Tu conçois mon idée ?
— Oh qu'oui! — Ce grand cornu s'appellera Pater /
Cet autre, gros et gras, noster ; Ce tout petit qui es.... Par ces noms-là guide'e, Ta mémoire. . . — J'entends ; rien n'est plus simple «ju'ça ; Et pis ma sœur sait lire j aile m'enseignera....
— C'est bon... Au bout de six semaines Le cure' l'aperçoit conduisant ses moutons. Ah! voj^ons , lui dit-il , puisque tu les ramènes, Si tu sais ton Pater.... — Si je l'sais ! j' l'espérons ; Allûw, monsieur l'curai, ça n'est point difficile : J'ies appelons si bien qu'on dirait que je lis. — Voyons. — Pater? noster? — Bien ! — Qui es? in cœlis?
Nomen ? tuum ? ad?... — Imbécile !
Et sanctijicetur? — Ah ! jârni , c'est bien vrai :
J'ons tout not' Pater dans la manche ; Mais sanctificetur, mon bon monsieur l'curai,
Le loup me l'a croquar dimanche.
ET ANECDOTES. i5
%»vvwvx wwwwx-vx w^ www www vvwvww www
LES DEUX PÉKITENS.
Pendant une nuit de Noël,
Un "vieux Procureur et sa feinrae ,
Voulant purifier leur ame
Et s'ouvrir le chemin du ciel.
Conduits par l'austère Sagesse ,
Allèrent ensemble à confesse.
Ils arrivent , il fait très-noir ;
Et la circonstance est heureuse ,
Puisque l'on ne peut pas les voir.
Bref, madame la Procureuse
Passe la première au parloir;
Mais elle en dit tant , la commère ,
Et tant et tant, que le bon père ,
Fatigué de tous ses aveux.
Baille, s'e'tend , n'écoute guère,
Et s'endort comme un bienheureux.
Lors la pénitente , arrivée
Au bout de sa confession ,
Croyant que l'orgue l'a privée
D'entendre l'absolution ,
Fait deux ou trois pas en arrière
S'amende et poursuit sa prière.
Au même instant le Procureur
i6 CONTES
Tout contrit et plein de ferveur, S'agenouille auprès du saint homme , Lequel ronflait de tout son cœur.
Hélas! dit-il , il fait un somme.
— Vous dormez , mon cher directeur ?
• — Non, non, vous êtes dans Terreur, Dit le béat à barbe grise , En se réveillant en sursaut , Je vous entends plus qu'il ne faut} Mais, je l'avoue avec franchise, * Depuis huit jours dans cette église Nous sommes tous exténués.,..
Vous me disiez donc, ce me semble , Que vous couchiez souvent ensemble Avec le clerc... Continuez.
'».'».'% wwwwww'vww'vvvx^'vx www w\w\ v\v w\ xv^