LE CONTRAT DE MARIAGF
IVloNDOR, financier de l'e'lat , Etablissant sa fille aîne'e.
Voulut , par un dîner d'éclat, Fêler cette heureuse journc'e.
Or, vous saurez que du contrat.
En faveur du futur Dorante, Cent mille francs de bonne rente Devaient être le résultat.
Figeac, soi-disant gentilhomme, Voulait dîner, sans savoir où.
(On peut être fort honnête homme Et ne pas posséder un sou. ) Figeac, ayant frotté sa tête Et réfléchi quelques instans , Dit : J'aurai ma part dé la fctc.
Il prend donc, sans perdre de temps, Son habit rouge à boutons blancs, Sa belle culotte noisette , Ses bas gris, sa bourse, sa brette, Son claque, sa canne, ses gants, Et dans cette alTaire pressante.
Cheminant à pied pour raison , Il court, arrive, et se présente Vite au maître de la maison :
— Monsieur, une affaire importante Se prépare dans ce moment j
Il faut la traiter promptément , Car la Fortune est inconstante j Vous lé savez, et l'épargner....
— Qui moi I.., — Lé coup est immanquable i Cinquante pour cent à gagner
Sans crainte d'accident. — Ah, diable!
— Mais, je lé dis, soyez trai table.
Dé vous dépend tout lé succès....
— On sonne pour se mettre à table j Dînons ; nous causerons après.
— J'accepte pour vous satisfaire f Car aussi bien dans tout ceci Dîner chez moi , dîner ici
C'est une chose qu'il faut faire; Et d'ailleurs je né pense pas Que jamais un charmant repas M'ait fait manquer aucune affaire
Ainsi, dînons.... On est assis, Et déjà par des mains actives Les mets coupés, offerts, servis Circulent devant les convives, Et sont tour k tour engloutis.
De Figeac mange comme six ; Quand je dis qu'il mange, il dévore Les différons mets qu'on lui sert , Et voudrait , quand vient le dessert , Pouvoir recommencer encore , Au risque d'en être étouffé j Mais on annonce le café , Et l'on passe au salon de Flore (i).
— Eh bien , monsieur, reprend Mondor, Parlons de l'affaire importante
Qui vous occupait aussi fort.
— Qui m'occupait ! qui mé tourmente, Sandieu ! c'est une affaire d'or.
Il né faut que votre parole, Et, sans débourser une obole.
Vous gagnez cinquante pour cent ; Mais lé moment il est pressant ; Décidez-vous — Que faut-il faire?
— Lé voici sans plus dé mystère :
(i) Dans quelques maisons du haut rang , c'est dans un «al on décore' de fleurs et orné de la statue de Flore que l'on prend ba]ï>itueUeinent le café ou le thé.
Écoutez, monsieur ; entre nous C'est bien de' marier sa fille Quand elle de'mande un ëpoux, Et la -vôtre est toute gentille j Mais , en bon père dé famille , On doit ménager son argent :
Lé futur, en homme exigeant, Reçoit cent mille francs dé rente j Hé bien , je vais vous étonner; Si vous voulez mé la donner.
Moi je la prendrai pour cinquante.