LE BIEN DE FORBAC
GASCONNADE DIAIOGUÉE.
— VoDS avez quitté le pays ?
— Oui , je' l'ai quitté , cadédis ; Je veux enfin vivre tranquille ; La campagne né mé vaut rien ; L'an dernier je vendis mon bien , Et Je veux habiter la ville.
— Quel bien ayez-vous donc vendu?
— Ce bien qu'un cousin prétendu Mé disputait près dé Toulouse, Et que la justice , jalouse
Dé donner à chacun son dû, Dépuis trois ans m'avait rendu....
— Près de Toulouse, ça in'élonne ; Je ne vous en connaissais pas.
— Il n'en était qu'à trente pas; Sur la route dé Carcassonne,
A gauche, en allant par ici —
— Pouvez-vous donc mentir ainsi !...
— Vous croyez que c'est une charge?
Il avait, parole d'honneur.
Douze cents arpens dé longueur,
i32 GASCONNADES.
Sur deux mille cinq cents dé large ; Et tout en prairies.... — C'est faux!
— Pourquoi ? — Menteur des plus insignes! On ne voit là que des coteaux, Quelques champs , des bois et des vignes....
— On y voit ce qu'on veut, sandieu j Mais je sais bien ce que j'y laisse ! On distingue encore au milieu
Dé ce bien d'une rare espèce, Un moulin à vent qui né cesse Dé moudre pour les gens du lieu.
— Vous mentez encore; je passe Dix fois par an dans cet endroit ; Et, pour voir ce moulin en place , Il faudrait être bien adroit.
— Lé cruel Temps, qui tout dévore.
L'aura détruit ; mais, au surplus ,
Si lé moulin n'existe plus, Lé vent doit exister encore.
GASCONNADES. i33
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