‹ Contes, anecdotes, chansons et poésies diversesChapitre 91 sur 221 · LE CHIEN ET LE CHAT · texte numérisé non relu

LE CHIEN ET LE CHAT

FABLE

RATOif , chat angora , fier, sournois, indocile,

Avec Castor , honnête chien ,

Partageait l'humble domicile

D'un franc bourgeois, homme de bien.

Raton avait pour ordinaire Du 7nou , des échaudës , du lait , du biscotin ; Un pain de seigle noir, trempe' dans de l'eau claire,

Du chien composait le festin.

De l'Amitié parfait modèle.

Castor, en compagnon fidèle.

Suivant partout son maître dans Paris, Rentrait souvent chez lui crotte jusqu^à réchlne ,

Tandis que, tranquille au logis.

Tantôt dans le salon, tantôt dans la cuisine, Mangeant, dormant, filant, ou léchant son hermine. Raton s'arrondissait et le ventre et la mine. Parfois même , dit-on , sans craindre nul témoin ,

Raton , au mépris de la règle , Bien plutôt par caprice encor que par besoin , Du bon Castor, alors qu'il était loin.

Mangeait aussi le paio de seigle ;

MELANGES. i5i

Si hien que , rentrant affame , Et ne trouvant plus rien , souvent le pauvre diable, Pour surcroît de malheur, était encor blâmô

S^il demandait des os k table.

« Va , va , disait-il , chat maudit ,

« Perfide ami, flatteur et traître ; « Va , crains de voir un jour éclater mon dépit ! » Puis il se consolait eu caressant son maître , Et disait tous les soirs , en tournant sur son lit :

Demain je serai mieux peut-être ; Car le chien comme nous est philosophe , on dit , Et, prenant patience , au destin il se fie :

Bon principe, sans contredit; Mais qui ne peut long-temps soutenir son crédit.

Patience et philosophie

Ne satisfont point Fappétit.

Castor en fit bientôt une épreuve assez dure ;

Un jour qu''il rentrait fatigué ,

Ne trouvant rien pour nourriture , Bien plus que de coutume il entend qu'on est guit C'était Raton qui , par malice pure ,

Du pain de seigle , en ce moment, Achevant de bourrer son estomac gourmand , En grognant de plaisir, criait outre mesure , Fier du pouvoir toujours voler impunément, tt Ah ! c'en est trop, dit Castor en colère ,

Sur le traître fondant soudain j « Tu me braves , maraud , tu te ris de ma faim ....

r52 MÉLANGES.

« Laisse-moi le seul bien que le sort me défère, « Ou si tu dérobes mon pain, « N'insulte pas à ma misère !... »

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