LA CONFESSION DE NINON DE JLENCLOS
NiiToiï , à qu3tre-vingl-dix ans , Regrettant encor son printemps, L'Amour et sa brillante escorte , Entendit l'inflexible Temps Frapper à grands coups à sa port*.
Hélas ! lui dirent les amis Qui l'entouraient dans sa demeure , Aux lois du Temps tout est soumis ; Il faut qu'ici-bas chacun meure !
Mais si l'homme a quelques remords, Avant que son ame captive Traverse le fleuve des morts , Il doit les laisser sur la rive.
Trêve donc aux malins propos ; Votre esprit est encor dispos , Madame , écoutez la sagesse i Résignez-vous, le Temps vous presse :
Employez l'instant qu'il vous laisse A mettre votre ame en repos! —
i64 MÉLANGES.
— Tenlends ce que vous voulez Jire^ Dit Ninon avec un sourire , Que je me confesse.... Il le faut ?
Sans peine on m'y verra souscrire :
Je veux descendre au sombre empire Sans lâche comme sans défaut....
^ Un prêt: e vient, chacun s'évade.
' — Restez , restez , dît la malade , Je puis me confesser tout haut , Et sans scandaliser personne :
Prenez place, je vous l'ordonne.
« Discret et sage directeur, « Par qui le ciel punit , pardonne, « Usez du pouvoir qu'il vous donne 5 « Ninon va vous ouvrir son cœur :
« Mais si, dévoilant ma carrière, «« Je m'écarte de la manière « Prescrite pas vos saintes lois, « Que votre bonté me rassure :
« Car, sur mon honneur, je vous jure « Que c'est pour la première fois. »
Parlez, madame ; je vous crois.
— « Je ne dis rien de mon enfance ; « C'est l'âge heureux de l'innocence , « L'âge des pieux sentimens ; a Et dans ce monde, je le pense, « Femme ne pèche qu'à quinze ans j « Or, voici donc où je commence ^
MÉLANGES. t^
« Quand dans le monde je parus.
« J'e'tais belle, aimable, jolie ^ « Chacun me le dit, je le crus :
« Jugez du reste de ma vie !...
« Mais, pour obtenir mon pardon, « Je compte suf votre indulgence.
« De tout pe'ché faire abstinence , <t Songez , monsieur, que pour Ninon ■ «c C'est la plus forte pe'nitence ! »