A SON CAPITAINE
Permettez-moi , mon capitaine , De re'clamer contre un abus Qui, depuis quatre mois et plus, Franchement me fait de la peine.
, Quand je reçois, chaque semaine, Mon billet de garde, )'y vois ; Bannère de la Chopinette.
Je m'y trouve toutes les fois ; Mais c'est pour me pnnir, je crois j Et j'en veux avoir l'ame nette.
Pourquoi toujours, et de quel droit M'envoyez-vous au même endroit?
Ne fais-je pas bien mon service?
Je vais au poste après midi , Le regard fier, le pas hardi.
i68 MÉLANGES.
Tel qu'on me voit à l'exercice ;
Je ne vais pas me promener,
Comme tant d^autres camarades,
Qui , trop souvent , font les malades :
Je prends cinq heures pour dîner,
Tout au plus, et je n'ose croire
Qu'on y mette plus d'action.
Des qu'on m'appelle , il est notoire
Qu'une heure, sans manger ni boire,
Je reste assis en faction ,
Bouche close.... Est-elle finie,
En patrouille faut-il trotter?
Je marche , et l'on m'entend chanter
Pour e'gayer la compagnie....
Ce que je vous dis est certain ;
Et, malgré mon humeur gaillarde,
Je ne quitte le corps-de-garde
Que lorsqu'arrive le matin....
Or, cessez, je vous le re'pète ,
D'écrire sur tous mes billets :
Barrière de la Chopùiette.
Ces billets me font honneur ; mais
Je les refuserai sans crainte ,
Si je n'y lis pas désormais :
Barrière de la Grande-Pinte (i).
(t) La barrière de la Chopinette est près de laCourtille; celle de la Grand'Pinte est sur la route de CbarenU)»'