SIXIÈME JOURNÉE
Du pardon.
Lorsqu 'arriva le sixième jour, la colère des vizirs augmenta de n'avoir pu atteindre le but qu'ils s'étaient proposé ; de plus, ils craignaient pour eux-mêmes. Trois d'entre eux allèrent trouver le roi, se prosternèrent devant lui et dirent : « Prince, nous sommes dévoués à ton pouvoir et pleins d'affection pour toi ; voici que tu prolonges l'existence de ce jeune homme sans que nous sachions quelle utilité tu peux en retirer; chaque jour il comparaît devant toi et reste vivant, tandis que, chaque jour, les murmures augmentent. Fais-le donc mourir pour couper court aux propos. »
A ces mots, le roi s'écria : « Par Dieu, vous avez raison et vous parlez selon la justice • ; puis il ordonna d'amener le prisonnier et lui dit lorsqu'il fut en sa présence : « J'ai beau examiner ton affaire, je n'y trouve rien de favorable pour toi et je vois que tous sont altérés de ton sang. »
« Prince, répondit le jeune homme, je n'attends de secours que du Dieu Très-Haut, et rien de ses créatures; s'il me vient en aide, personne ne pourra me nuire, et, si le Tout- Puissant est avec moi, grâce à mon bon droit, qu'ai-je à redouter des calomnies? J'ai toujours, conformément à sa volonté, rendu mes intentions pures et sincères; j'ai détourné mes désirs du bonheur des créatures; quiconque recherche le secours humain, il lui arrive comme à Bakht-Zémân 34 par sa faute. »
« Quel est ce Bakht-Zémân, demanda Azâd-bakht, et que lui arriva-t-il ? •
Le jeune homme commença ainsi :