‹ Contes biographiques: Par Mme. Eugénie Foa. Avec vocabulaireChapitre 12 sur 21 · ANTOINE WATTEAU · texte numérisé non relu

ANTOINE WATTEAU

couvi^eur en se servant de la soupe. . . si le petit n'est pas ici... c'est qu'il est ailleurs...

— ^Comme il dit ça... quelle tranquillité... répliqua Bobinette, se croisant les bras devant son mati, conune il mange sa soupe... la... en la soufflant... encore... comme...

— ^Comme si elle était brûlante, et elle Test, dit le couvreur en souriant.

— Comme si Antoine n'était pas aussi bien son fils que le mien ! dit la femme dû couvreur en éèlatant.

— Qui te dit le contraire, femme ? répondit le couvreur, dont la tranquillité formait un contraste frappant avec la pétulance de la grosse femme.

— ^Alors, d'où vient que tu n'es pas plus inquiet que ça, dis?...

— ^Parce que Valenciennes n'est pas si grand et Antoine si petit, que l'un puisse se perdre dans l'autre. . . ma bonne Bobinette.

— S'il n'est pas perdu, tu sais donc où il est. . . Watteau?

— ^A peu près... Bobinette.

— Mais que signifie donc cette manière de me répondre, Watteau, et ces airs de mystère que depuis quelque teinps, le petit et toi, vous jpren/Bz £^vec moi... ce sont des signes... et puis des deim-mots. . ./et puis des sourires... et puis un tas de simagrées auxquelles je ne comprends rien. . . Le petit ne te quitte pas, et il n'est jamais avec toi... Ah ! tu as b eau me regarder avec tes grands yeux. . .

— ^Avec quoi veux-tu donc que je te regarde, femme?

ou, LE PETIT COUVBETTB. 121

interrompit son mari, sans ralentir ni accélérer sa mar nière de manger.

— Jem'entends, je me comprends... ça mie suffit... et je sais bien ce que je veux dire, quand je dis que le petit ne te quitte pas et qu'il n'est jamais avec toi...

— Alors, explique-toi, car je te jure...

— ^Que tu te moques de moi, Watteau, et que je ne souflrîrai pas qu'on se moque de moi.

— ^Ni moi non plus, femme, et quiconque s'en aviserait aurait affaire à mQi, maître Watteau, coâtreur.

— Alors ne commence pas... toi-même.

— ^Dieu, m'en préserve, femme I

— Voyons, Watteau, dit Bobinette s'asseyant en face de son mari, dis-moi où est Antoine, je t'en prie ; non, tais-toi, tu vas me faire un mensonge... tu ris... vilain homme.

— ^£t qui ne rirait, ma pauvre femme? dis-moi où est le petit; non, n^ me le dis pas; que veux-tu que je réponde à cela, dis, Bobinette...

— C'est vrai, je suis une folle, répliqua Bobinette ne pouvant s'empêcher de sourire aux observations de son mari; — mais c'est qu'aussi j'aime tant Antoine^ que l'idée que lui ou toi vous me cachez quelque chose...

' — ^£t que veux-tu que nous cachions, chère fenune? dit le couvreur avec amitié.y

— Je vais te le dire... Depuis quelques jours Antoine sort très-proprement vêtu, et il rentre tout aussi propre.

— ^n n'y a pas de mal à ça, répliqua Watteau ;— <5ela prouve qu'Antoine ne se salit pas en route.

— Cela prouve qu'Antoine ne travaille pas sur les

122 AinOINE WATTKAU;

toits ! a^t^^olj^ette, dans avoir l'air de remarquer le sourire railleur de son mari.

— Cest que p^bablement il travaille dessaos, dît le couvreur.

— ^Mais son état n'est pas d'être dessous les toits, mais bien dessus, ditBobinette avec vivacité,— et puijLeticore, car il faut que je dise tout ce que j'ai sur le cœur... depuis ce temps dont je parle, je suis sûre, m<»:alement sûre, qu'Antoine ne te suit pas à la construction du bourgeois Millot... Bien plus, veux^tu que je te dise tout, Watteau? je sais où est Antoine.

— Si tu le sais, pourquoi le demaûdes-tu? dit le couvreur ayant achevé de manger sa soupe, se levant et se disposant â sortir. . .

— ^Parce que... parce que... Où vas-tu? répliqua Bobinette se mettant en travers devant la porte pour empêcher son mari de sortir... Mais je laEiis bien où tu vas^ tu es inquiet, comme moi, bien que tu ne veuilles pas en avoir l'air... et tu vas le chercher... Mais le voici, ajoutar t-elle en voyant entrer un grand enfant maigre, pâle et blond... Enfin I

LA LETTBE.

— ^TTne lettre, mon père, dit Antoine en entrantebonjour, maman.

on, LB PETIT COUTBSUB. 123

-Bonjotur, d'oi. yiens tu? que «igçifle ^ lettre? qui te l'a remise? demanda coup bur coup Bobinette.

— C'est le commis de M. BimbeH, répondit Antoine.

— ^Da fabricant de dentelle où est placée ta sœur... Ah ! mon Dieu I que lui serart-il arrivé?... s'écria madame Watteau avec cette spontanéité d'émotion qui for- "^ \ mait le fond de son caractère.

-*'men de f&cdieux probablement, répondit Antoine ; car, ayant demandede ses nouvelles, Jules, le commis, m'a dit que Madelaine se portait bien, et qu'elle était toujours la m^dUeure ouvrière en dentelle de tout l'atelier.

— ^Ah I tant mieux... lui dit sa mère... c'est singulier, une lettre me fait toujours un effet dont je ne puis pas me défendre.

-Î^Tout te feit de l'effet, pauvre femme, dit Watteau prenant la main de sa femme avec amitié.

— ^Allons, lis-nous ça, Antoine, lui dit sa mère... car après j'ai à te parler.

— ^£t moi avant, Btfbinette, lui dit son mari. — ^Te souviens-tu, Bobinette. de la petite guerre que nous eûmes ensemble, lorsqu'iise fut agi de donner un maître d'écriture au petit ?^

— Oh I en iait de petite guerre, Watteau, je crois que nous en avons toujours eu, et que nous en aurons toujours.

—Commençons par celle-là, Bobinette.

— ^La première, Watteaii, data du jour de la naissance de ce cher enfant... c'était un dimandie de l'hiver 1684, un rude hivear... .'^ , y • ( (

124 AKTOIKE WATTEAU;

— ^Ta étais malade, faible, languissante... l'enfant était mourant, tu voulais le nourrii*, ce n'était pas le moyen de vous renfordér ni l'un ni l'autre... je tins bon pour le mettre en nourrice, une bonne et grosse nourrice de la campagne... l'enfant s'en trouva bien, toi aussi... Vois ta bonne grosse mine dans ce trumeau, Bobinette, et dis-moi que j'ai eu tort.

— ^Non... cette fois tu eus raison, Watteau... mais les autres... • ^/

— ^Voyons, Bobinette, veux-tu parler? quand Antoine eut six ans et que je parlai de l'envoyer chez les frères ^IgnomitB]» pour qu'il apprît à lire... que me dis-tu, alors ?

— Que le petit n'en avait nul besoin, Watteau, et je le soutiens encore, que, je ne sais pas lire, toi non plus ; que ma mère ne savait pas lire, la tienne non plus, nos pères pas davantage, et gna nr^i^g ^y^pp tn^in hîon v^cn - ^ la même chose...

— ^Eh bien, Bobinette, mettons que le petit ne sache pas Hre, que cette lettre soit bien de Bimbert, comme elle l'est, mais qu'au lieu de me commander quelque ouvrage pour ses maisons, pour reboucher une crevasse au toit, ou un tuyau crevé, ce soit pour nous dire da mal de notre fi|lç Ma^elaine, une chose fibnteuse pour des parents enfin, et qu'Antoine ne sachant pas lire, pas plus que toi ni moi, nous allions prier un voisin de cela, un voisin moqueur et jjavard, comme Pillet, le doreur, et qu'il allât chantonner dans tout Valenciennes... pa ta ti, pa ta ta, la Madelaine au Watteau... et autre chose comme 9a... hein! comme ce serait régalant...

on, LE PETIT C0UTBET7B. 125

tandis qu'Antoine... c'est de la famille... s'il y a du mal dans la lettre, il se taira.

— ^Mais s'il y a du bien...

— ^Dieu le^vÂiiUe.^. lis, mon fils," ditWatteaa d'un ton qui marquait une certaine inquiétude. , - '^ Antoine ouvrit la lettre ; elle commençait ainsi: .

** Jacques RimbeT% fabricant de denûéHes, dites ^^ Yalenciennes, â Watteauj couijreur.

<*Taleii<deiines, le 10 ma» 1098.

^'Yotre fille Madelaine est la meilleure travailleuse de mon atelier...*'

"C'est bien ce qu'avait dit le commis â Antoine, dit Bobinette en interrompant son fils.

— ^Laisse-le donc achever..." lui dit son mari. Antoine continua:

"Elle est aussi la plus sage, la plus soigneuse, la plus exacte de mes ouvrières... ce que mon fils Charles ayant vu, tout conmie moi, tout comme tout le monde... il a résolu de l'épouser, et..."

"L'épouser I... interrompit encore une fois madame Watteau, l'épouser ! Madelaine serait la femme du fils Bimbert, le fabricant le plus riche de tout Yalenciennes. . . ohl Je ne suis pas fière, je donne mon consentement... et toi aussi, Watteau... et toi aussi Antoine... n'est-il pas vrai?

-n ne 8'agit pas de consentemen^, ma mère, dit An. toine, qui avidt achevé la lettre tout "bas avec iin senti-

126 AiraoïKE wâttkjjt;

ment de smprÎBe etj^^nBtesse snccesâTement SOT son pâle et b^RTmage, écoutez la fin.**

Le père et la mère se turent, comme si rizxqpressîon du fils s'était communiquée aux parents- Antoine acheva.

*'Et je vous écria pour vous dire tout cela, et aussi que je ne donnerai pas mon consentement à un pareU mariage. Ce n'est pas parce que Madelaine est la fille d'un couvreur que je la refhse pour femme à mon fils... Je n'ai pas de préjugés : tous les états sont bons, et l'état de maître couvreur est tout aussi bon qu'un autre ; mais je ne reconnais dans le monde qu^ deux espèces d'hommes, les hommes qui ont de l'argent et les hoiomes qui n'en ont pas. — Je ne dirai pas que j'estime plus les uns que les autres, non^ gjque j'estime les uns, et que

je méprise les.autres, n^plus ; je n'estime ni ne méprise, mais je fra^ avec les premiers, et je laisse les autres de côté, voilà tout ; dé même, lorsque je trouve deux chemins sur ma route, je prends le meilleur, et je laisse l'autre ; en fait de chemin, le meilleur est celui où il y a le moins de pierres et de trous ; en fait d'hommes, les meilleurs sont ceux qui ont le plus d'argent...

"Voilà pourquoi, mon cher monsieur Watteau, je vous prie dç vouloir bien reprendre votre fille' chez vous, et d'interdire votre porte à mon fils : en ne voyant plus Madelaine, il l'oubliera, et moi je tâcherai de trouver pour mon fils une femme plus ridie, ce qui ne sera pas difficile, et pour mon atelier une aussi bonne ouvrière qu'elle, ce qui sera bien plus difficile, je l'avoue.

"Agréez, je vous prie mon cher monsieur Watteau,

ou, LB PEUT COUVBKUB. 127

tous mes regrets snr ce que voas n'êtes pas plus riche ; et présentez mes respects à madame votre épouse pour moi.

''«Tai l'honneur d'être, comme on met toujours, je ne sais pourquoi, au bas de toutes les lettres, arec la plus haute considération,

"Jacques Rimbebt. ?.y>^' ^

*'A l'enseigne de la Seine BerOe, Buei des Denz-Booles, Ne. 904." '^

» 1 wn t^à

"Va, l'insolent ! dit Watteau le père, lorsque son fils eut ce^sé de lire... Ma pauvre Madelaine I" ajouta-t>il un moment après.

Quant à Bobinette, suffoquée qu'elle était par toutes les émotions qui l'avaient successivement c^tée pendant --^^k levure de cette lettre, elle resta un moment comme anéantie ; mais son caractère violent reprenant le dessus, elle éclata :

"Ah ! il ne connaît que deux espèces de gens, ce monsieur : les gens qui ont de Targent et ceux qui n'en ont pas... Ah! si tu voulais, Watteau, tu lui en ferais bien connaître une troisième espèce, à ce monsieur^ là!... celle qui a de bons poings et qui sait cogner avec..;

— ^D'abord, femme, les miens ne sont pas assez forts pour cette espèce do lutte, dit Watteau, dont la cofaplcxion paraissait débile, et dont les membres étaient grêles... et puis ce serait un mauvais moyen de marier notre fille, que de rosser les pères des prétendants qui la recherchent... Que fais^tu donc encore là, les yeux

128 ASTOINE WATTEAU;

sur la lettre, Antoine? n'as-ta pas tout lu? ajouta le père en s'adresdant à son enfant, qjoi semblait plongé dans une sombre méditation.- - ^

— ^Non, dit Antoine, il y a unjDoa^^cnpftim...

— ^Et que chante-t-il, ce pot... je ne sais qudi? répliqua la mère.

— ^Voici, dit Antoine, tout n'est pas désespéré, et, si ma sœur aime le fils Bimbert, cela peut encore s'ar« ranger. Écoutez le post-^criptumy^

"Conune je réfléchis que votre fille est une bonne ouvrière, et qu'une bonne ouvrière sage et laborieuse a toujours une partie de sa dot dans ses doigts, voilà ce que je demande pour l'autre partie de la dot.. 7 peu de^ chose, vous allez voir, et, à ce prix, mais je n'en rabattrai pas un d^jgr, je nommerai volontiers votre fille ma bru. . . avec ça que je l'aime déjà comme si eUe était ma fille... LmVous promettrez de lui donner, après votre mort et celle de votre femme, la maison que vous habitez et qui vous appartient; mais, en attendant ce moment... ce qui peut être long.!jf

"Je le crois bien ! je n'ai pas envie de sitôt d'aller voir ce qui se passe dans le royaume des taupes, interrompit madame Watteau... Parler de notre mort!... ça - - ^0. V s'est-iî jamais vu?... est-il grossier, ce personnage I

— Oui, femme, dans le^^trats de mariage^ lui dit Watteau doucement, — ça se dit toujours ainsi ; il ne faut pas en vouloir au père^feimbert pour cela. . . ce n'est pas par malice, c'est un usage de notaire.

— A la bonne heure, mais je n'ai pas fini de parler pour cela, dit madame Watteau ; — continue, Antoine.'*

on, LX PETIT 00XTVBET7B. 129

Antoine reprit :

"...Ce moment, ce qnî peut être long.^ vons compterez à votre fllle trente écns par an, payés dans mes mains pour le loyer de l'appartement qu'elle occupera chez moi/* /

"Est-ce tout? demanda madame Watteau\âe Taîr exaspéré de quelqu'un qui se modère^j^^

—Tout... répondit Antoine; et, de la manière que le père Kimbert demande la maison, cela n'est pas

impossible. ^U y^ f -^

— Mais il la demande tout entière, la maison, Antoine I tu n'as donc pas compris?

— ^Parfaitement, ma mère, et il faut la lui donner...

— ^Et toi. 4. toi, Antoine, es-tu notre fils, ou es-tu le fils du premier venu, ou es-tu un mauvais fils, pour que nous te désb^tions mon pauvre enfant! dit madame Watteau prenant la tète de son fils à deux mains et la balsaat au front.

— ^Moi, Je suis un homme, ma mère, répondit Antoine, — et si, comme le dit le père Rimbert, la moitié de la dot d'une fille est dans ses doigts, la fortune entière d'un homme est dans ses bras et dans sa tête... Moi, Je ne demande que la moitié de votre amour, mes chers parents... mais, oh! par exemple, je ne veux pas qu'on me rogne cette part-là... ajouta-t-il avec une câlinerie pleine d'enfantillage et de grâce.

— ^Bien, bien, mon fils, dit Watteau les larmes aux

yeux, — oh ! bien !

^ — Ah ! tu trouves cela beau, toi ! dit madame Watteau

à son mari ; donner la maison tout entière à notre fille

180 jlutoine watteau;

lorsqae, an contraire, c'est tont entière qu'elle appartient à notre fils.

— Qooi ! elle m'appartient tout entière? demanda Antoine.

— ^N'es-to pas notre seul fils? et, puisque l'aîné de nos enfants n'est qu'une fille, ne te trouves-tu pas ainsi l'ainé de la famille?... La justice le veut ainsi, ajouta madame Watteau, voyant l'étonnement se peindre sur le visage d'Antoine.

— ^La loi, probablement, ma mère, mais pas la justice, dit Antoine, — et, du reste, puisque la loi me la donne tout entière, j'ai bien le droit alors de la donner à ma sœur ; et c'est ce que je fais, ma mère.

— ^Et toi, Antoine?

— Oh ! ne vous inquiétez pas de moi... ma mère.

— Oui, ne f inquiète pas de notre fils, femme.

— ^Ne pas m'inquiéter, Watteau! un enfant faible comme lui, et qui n'est bon à rien qu'à brosser ses habits!...

— ^11 brosse autre chose... femme... rassure-toi, dit le couvreur se frottant d'aise les mains.

— Et quoi donc? ses souliers peut-être... Dans le fait. Us sont assez luisants pour cela... Notre roi bien-^dmé Louis XTTI n'en porte pas de mieux cirés.

— ^Non... non... encore autre chose, femme!" dit Watteau...

Et, comme le père et le fils se faisaient des signes, la mère s'écria :

"Ah çà, qu'est-ce que tout cela signifie?... suis-je de trop ici, et d'où vient qu'on se cache de moi ?

ou, J3& PETIT GOUYBEnB. 181

\^^^^rJje petit me fait signe pour aller faire un tonr par

la ville, et réfléchir aux propositions du père Bimbert,

dit Watteau.

— ^Eh bien, allez, et ne réVënéz pas trop tard," dit la

mère.

H y avait â peu près un quart d'heure que le père et

le fils Watteau avaient quitté la maison, lorsqu'un grand

coup fut frappé à la porte de la rue.

"Déjà ! dit madame Watteau, — est-ce qu'il leur serait

arrivé quelque accident ?'' Et elle alla ouvrir.

UN ÂTBAKOBB.

Celui qui avait frappé était un homme de haute taiUe ; son costume, noir de pieds à la tête, donnait à ses traits un aspect beau et étrange â la fois.

"Est-ce ici chez M. Watteau ? demanda l'étranger en saluant poliment la maltresse du logis.

— Oui, monsieur, et je suis sa femme, répondit celle- —Y esiril?

— ^Non, monsieur.

Et son fils?

182 AKTOniE WATTE^U;

— Son fils? répéta madame, Watteaa avec Tétomie- 2iieiit que cause mie datunâeimpiéyne.

*Oai, son fils, Antoine Watteaa, répéta Tétranger.

—-C'est bien son nom, répondit madame Watteaa, — il est sorti avep son père.\mais si voos Toolez me dire

— Volontiers, répondit Tétranger en suivant madame Watteaa dans une pièce sur la rue, assez claire, mais pas dans ce moment,' attendu que la nuit approchait.

— ^Madame, dit l'étranger en s'asseyant, j'ai va des ouvrages de monsieur votre fils.

— ^L'ouvrage !..." dit la mère.

L'étranger la regarda et continua.

^'Chez maître Yan Heims.

— Je ne savais pas que mon fils travaillât à ce chantier, dit madame Watteau.

—A cet ateUer, reprit réteaïig^..y^^ ^^ r/^/iu^ ce V/^ ^4i

— ^Atelier, ou chanti^ le nom n'y fait rien, dit madame Watteau. ^

^Et je vous avoue, madame, que j'ai été enchanté de ce qu'a fait monsieur votre fils...

— Jecrovais que mon fils ne faisait rien«

— Comment I U est plus fort que son maître.

— Son maître!... répéta madame , Watteaa avec un sourire^ d'incrédulité^-, oh I sauT fe respe<^ que je* vous dois, faites excuse, monsieur, son maître est son père...

— Je croyais que monsieur Watteau le père était maître couvreur.

— ^Et vous croyez juste, monsieur.

OU) LE FETIT OOXTTBfiTTB. 133

— ^Âlors, s^il est maître oaavreur, il n'est pas peintre, madame* — Qui vous dit qu'il le soit, monsieur?

^ — ^Pardon, madame, mais nous ne nous entendons pas

I du tout ; Voulez-Yous me prêter un moment d'attention. . .

î Je m'appelle Célestin Morin, et je suis un des dééofa^ *^ ' "* *

teurs de l'Opéra, à Paris.

— ^Alors monsiem* est Parisien, dit madame Watteau, j . quijprofl^ait une grande admiration pour tout ce qui «^ '"" JKpt efvenait de la capitale de la France.

^ — ^Non, madame, je suis d'Avignon... ce qui ne m'empêche pas, comme je vous le disais tout à l'heure, d'être peintre décorateur de l'Opéra à Paris.

— Après, monsieur? dit madame Watteau, sur le gros visage de laquelle on voyait tous les efforts qu'elle fEiisait pour comprendre.

Célestin Morin contmua. — J'ai connu dans le temps

â Avignon un peintre nommé Van Heims, de mon 6ge, mi bon garçon, pas fort sur la peinture/par exemple, ni sur le dessin non plus, mais oozmaissant assez la perspective...

—Ah I ah ! dit madame Watteau sans savoir ce qu'elle disait.

Vous comprenez, madame, dit alors Célestin & madame Watteau, qui ne comprenait rien du tout, quel a été mon étonn^nent de ret3X>uver â Yalenciennes mon compatriote, maître de peinture,' et surtout faisant des portraits... Or, en examin|int tout â l'heure son atelier, j'avisai un petit tal>leau d'intérieur coquet, suave, d'une

134 AinOINE WATTEAU;

élégance fine et gracieuse. — Ce n'est pas toi qui as fait cela, dis-je à Van Heims. — ^Non, me dit-il, c'est un de mes élèves. Et il me nomma votre^ls. -x

— ^Vous vous trompez, monsieur|je le disais bien) lui répondit la femme du couvreur... mon fils suit le même état que son père, il est couvreur, tout comme son père«

— ^Alors il y a d'autres Watteau à Yalenciennes, madame?

— Je n'en connais pas, monsieur, et je ne le crois pas.

— ^Pourtant; lorsque j'exprimais mon admiration sur la manière facile avec laquelle ce petit tableau était peint, et que Van Heims me dit : — C'est l'ouvrage d'un enfant bien extraordinaire, et qui m'intéresse fort, car il en sait plus que moi, et je suis plutôt tenté de lui demander son avis sur mes dessins que de corriger les siens... je lui demandai le nom de ce jeune artiste, comme vous pensez bien, madame, et il me répondit : Antoine Watteau.

— C'est bien le nom de mon fils, dit madame Watteau ;

j^maismon fils n'est^pas peintre. Dieu merci I oh I ce n'est pas^pour dire, le petit avait bien quelque idée de le devenir, mais je n'ai pas voulu, j'ai tenu4x>n... Le père, voyez-vous, étaif de l'avis du fils... Le père disait: —

, Puisque c'est sa vocation, à cet enfant, pourquoi le contrarier ?- . . un peintre ! . « . c'est un bon état. . . et puis c'est. .

plus relevé qu un couvreur... VJjb m'en moque pas mal^P relevé ou pas relevé, mon fils sera couvreur,^que jd lui dis, e1^ cela est.

-^Puisque je me suis trompé, je vais, madame, prendre

ou, LB FBTIT COlTyBEXJR. 135

congé de Yoas et ne pas vous ennuyer plus longtemps, dit Celestin Morin erïmJ,eYSLû.t. * > '

— ^Et sansCTopyfle cunositOv^onsieur, que luiT0iilie25vous, â cet Antoine Watteaa qui porte le même nom que mon fils ? demanda la fenune du couvreur, allumant une lumière pour reconduire le jeune étranger, la nuit étant venue.

— ^Lui offrir un beau sort, madame, répondit le peintre de Paris ; j'ai besoin d'un aide, non d'un élève, je n'ai pas assez de patience pour enseigner, et ce jeune artiste m'aurait fait une partie de mes décorations d'opéra, il en sait assez pour cela... je lui aurais donné chea)>, moi la tîuSfeffe logement, et cent écus par an. wY^jdJ

— Cent écus I vous lui auriez donné cent écus I s'écria madame Watteau, à qui la lampe trembla dans les mains... ohl conune cela-. aurait été heureux!... mon/ Dieu !...*^cre je me repëns I..^>iEçj3n^^ quoi sert de dire tout cela!... Bien le ï)onsoir/ monsieur. Ah! si mon fils eût été peintre I dit la pauvre femme en revenant après le départ de Celestin Morin... nous aurions été tous heureux!... Antoine, je le connais, aurait fait lés ' trente écus par an pour la dot de Madelainé, et ce vilain marchand de dentelles ne lui refus^ait plus son fils... Ah ! mon Dieu I on a bien raison de dire, dans ce monde, qu'on ne sait pas ce qu'on veut ou ce qu'on ne veut pas, ce qu'on refuse, ce qu'on ne refuse pas ; hier, je ne voulais pas, aujourd'hui je. voudrais/., i.

Madame Watteaujoie se faisant faute ni de comug^entaires ni de réfiexionSjGEPi était depuis une gran^ heure à compare» ce qu'elle perdait avec ce qu'elle aurait

136 ANTOINE WATTEÀU;

gagné fii son fils eût été cet Antoine Watteaa cherché par le décorateur de TOpéra de Paris, lorsqu'elle entendit la Toix de son mari, qui rentrait avec son passepartout.

LBS BBMORD8 D'uNB BONKB M^BB*

w**Oh ! mon ^^^ait-elle en courant â «a rencontre, — je mérite d'être battue, d'être chassée, d'être appelée mauvaise mère. Je n'ai pas plus de bon sens qu'une linotte I Tu vas me détester, mon fils aussi... hélaa I... .le pauvre ^ifant ne me maudira pas, il est trop bon pour eela; mais dans le fond de son fime il m^en voudra, et, 8'il ne m'en veut pas. Je m'en voudrai toute ma vie, moi... îmaginé-toî qrniPâort d'ici un homme..."

Mais àce moment la loquacité de la bonne femme ftit

' ^ aéfauf, eue aperçut derrière son mari, et à côté de

son fils, l'homme dont elle allait parler... Toutefois elle

ne se découragea pas, e^reprit après le premier moment

causé par la surpriseS^

"Eh bien, n'importe, l'homme... pardon... le monsieur que voila... '^

Était venu, interrompit Watteau le père, pour offrir an jeune artiste qui avait fiEdt un petit tableau d'Intérieur

ou, LE PETIT COUYBEUB. 1^7

chez Tan Heims de le. suivre à Paris, avec promesse de lui donner la table, le logement et cent écus par an...

— Comment sais-tu cela? demanda la femme étonnée.

— ^Et ta te rappelles, Bobinette...

•—Oh ! je sais tout ce aue Iju vas me^dire, Watteau ; mais, si tu avais bi^ fait, ^u né maùrais pas plus écoutée pour la peinture que tu ne m'as écoutée lorsqu'il s'est 1^ de fair appendre à lire et à écrire à notre enfant!... é / ^ ^

— ^£t si JQriys l'avais pas fait, Bobinette? dit Watteau en souriant ; si, sans te le dire, j'avais conduit Antoine chez un peintre?... si ce peintre était Yan Heims, et si le tableau que M. Célestin Morin a vu ce matin était bien réellement de notre fils, de cet Antoine Watteau-là... et si^i^m...

"Ôh I je serais une heureuse mère ! dit madame Watteau avec tendresse. ^/

— ^£t vous ne m'en voudriez plus, ma mère,"^ejyusoir que je brosse mon habit et mes souliers comme ceux du roi Louis XTTI, dit Watteau à sa mère... et qu'en outre je brosse encore quelques toiles ; car, à force de brosser, je pourrais payer sur mes économies la dot de ma sœur.

— Je savais bien que tu le ferais... dit la mère.

— Ainsi armistice général ! dit le père.

— ^Et bonheur complet I dit la mère.

— ^£t réussite pour tous, puisque j'emmène Antoine i Paris, dit Célestin Morin.

-/—Me séparer de mon fils ! s'écria ma(^me Watteau, s'att^ichaiit à son fils comme si on allait le lui enlever.

—Que veux-tu, ma mère? dit Antoine, les larmes aux

138 AMTOIKË WATTBAU.

yeax il n*y a pas de joie qui ne coûte q!iel<]^e8 peines.

— ^AloTs iqgrci, je n'en veux plus de cette joie là, dit miKlame Watteau.

1 ' , y^ — Ma bonne femme, lui dit Wattean avec cet air de condescendance qu'on prend avec les enfants ou avec tout être faible et déraisonnable, nous devons aimer nos enfants pour eux, et non pour nous : voici M. Célestin Morin un homme èduqué^ et (xnî \X\ Miûti Inii^j qui veut bien remmener avec' lui ; notre fils, dans les longues soirées d'hiver, nous a raconté rhietoire de quelques peintres qui étaient tous des enfants de pauvres, et qui, à force de génie, de talent, de patience, étaient devenus de grands peintres, des hommes célèbres... Eh bien, dis, ça ne te fera-t-il pas t)ien plaisir? ça ne te rendra-t-îl pas bien fière, lorsque ' dans dix ans notre fils sera revenu, de te promener avec lui dans les rues de Valenciennes, et d'entendre dire: — Vous voyez bien ce jeune homme vêtu de noir, qui donne le bras â cette dame ? c'est Antoine Watteau, un grand peintre ; son père n'était qu'un couvrair, mais lui, c'est un homme célèbre... et il est de Valenciennes... dis, n'en seras-ta pas bien fière, Bobinette ?. . .'*

Soit ce raisonnement, soit parce qu'elle vovgitbien qu'elle n'empêcherait rien, madame Watteau se resigna à laisser partir son fils^ et, M. et madame Watteau ayant accédé aux exigences^' du père Eimbert, le mariage de Madelaine avec le fils du fabricani; de dentelles eut liéuf

Quant à Antoine, il partit pour Paris avec le peintre décorateur de l'Opéra, Célestin Morin, qui le fit travail-

ou, LS PETIT COUVKEUB. 18ft

1er avec lui ; mais Célestin Morin, congédia au bout de quelque temps, fut obligé de retourner dans son pays, et Antoine se trouva tout seul â Paris ; il avait alors dixsept ans. Son talent n'était pas encore connu, et, ne voulant pas retourner malgré cela à Valenciennes, il 'ién fut réduit, comme Lantara, â faire des dessins et des tableaux qu'il vendait vingt francs, quinze francs, plus souvent six francs, ce qu'il en trouvait ennn. £^ V

LBS TABLEAUX ^A SIX FBAKC8.

j U«n jour même il arriva qu'A ne trouva pas six francs

d'un tableau qu'il venait d'achever. . . Déjà il l'avait porté chez deux marchands qui l'avaient refusé, et il hésitait à entrer chez un troisième... Enfin il entra, mais le . marchand n'était pas seul, un jeune homme causait avec

lui. Antoine resta un moment sur la seuil de la boutique, avec ce charmant embarras qui sied si bien à la jeunesse ; il retournait sa toile dans ses mains, ne pouvant se décider à s'exposer à un nouveau refus en présence d'un étranger, lorsque le marchand l'interpella.

"Que désirez-vouSi jeune homme ?" lui dit-il.

Force fUt alors à Antoine d'avancer. Il présenta sa

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toile et mnrmiira quelques mots dans lesquels le mar- "^ chaud devina plutôt qu'il ne comprit Bon motif.

''Ah! cette toile est à vendre... et monsieur est peintre, dit le i)[iarcband, regardant à peine la toile, mais examinant beaucoup en revanche le jeune artiste.

— Oui, monsieur, dit celui-ci en rougissant jusqu'au blanc des yeux.

-T^t quel est vôtre nom? demanda encore le .marchanda

— Je n'en ai pas encore, monsieur, répondit Antoine, à qui la fierté blessée donna du courage... Mais cela n'est pas une raison, je suppose, pour refUser mon tableau. ^ * '

— Ce n'en est p^ une non plus pour l'acheter, répliqua le marchand avec assez d'insolence.

— C'est bien,, monsieur, je n'insiste pas, dît Antoine, ' avançant lamain pour reprendre son œuvre.

— ^Pardèn, jeune homme, dit l'étranger, qui, jusqn'i ce moment, avait gardé le silence... mais jeJmV oonmis un peu en pemture.

— ^Unpeu... maître Claude Gillotl" dit seulement le marchand, avec le sourire d'orgueil d'un homme, flatté d'avoir chez lui un personnage important.

La confusion d'Antoine Watteau redoubla en entendant prononcer ce nom, qui avait alors une certaine célébrité^

Claude Gillot, né à Langres en 1673, était dans une très-belle position, autant du côté de la fortune que de la réputation ; disciple de J^a,n-Bi°ptifi[tfl ffnmrinn^ il avait beaucoup de génie pour les figures grotesques...

ou, LB PETIT COtrVBEUB. - , 141

BOT lesquelles, du reste, je suis de Tavis de Vitruve, qui appelle les g rotesqu es des impertinences ; et ' c^était Claude Gillot qui dessinait alors avec succès les faunes, les satyres et les scènes d'opéra. — Reçu à TAcadémie en 1715, il mourut â Paris en 1722. A Tépoque dont nous^parlons, en 1702, il avait alors vingt-neuf ans. ^/^Quel âge avez-vous? deman^ Claude Gillot, regardant alternativement et le. tableau et le jeune artiste.

— ^Dix-sept, ans, dit celui-ci, la voix émue.

— ^Et quel est votre maître?" demand^encore Claude.

Antoine Watteau raconta stië^^^ment ses' premières études, le motif qui l'avait conduit à Paris, et de quelle manière il y vivait depuis qu'il y était.

'^Et vous vendez ce tableau ?. . .demanda Claude Gillot.

— ^Hélas ! monsieur, je ne le vends pas, répondit Antoine d'un accent désespéré, — ^puisque je Toflfre pour deux écus et que l'on n'en veut pas.

— Je vous en offî*e cinquante ! dit Claude, jetant un regard m<M gné sur le xoaxchand.

— ^Vous n'y pensez pas, monsieur Gillot, dit le marchand, — ce jeune homme n'a pas de nom.

— ^Mais il a du talent, monsieur I dit Claude,^-et, avec cela d'abord, on se fait un nom ensuite... et je réponds, moi, qu'avant peu 'cet enfant aura un nom... Jeune homme, ajouta-t-il, s'adressant à Antoine, vous ne sauriez croire quelle joie me cause votre ouvrage... Votre costume... votre timidité... votre extrême jeunesse... la modicité du prix auquel vous estimez vous-même votre ouvrage, et dont vous vous contentez, tout me prouve que vous n'êtes pas heureux... Comme votre aine...

142 AKTOINE WATTEAU;

comme professant le même art que yoQs, je vous dois mon appui, et je vous l'offire ; Tenez demeurer chez moi, avec moi, vous serez mon frère... mon ami."

Watteau accepta, comme vous vous Timaginez bien, mes jeunes lecteurs ; et, si d'abord le d^iple égala le maître, bientôt il le surpassa: Gillot s'en aperçut, et ^plaça alors son jeune protégé chez Claude Audrau, fameux peintre d'ornements qui demeurait au Luxembourg. Watteau peignait les figures de ses.ouvrages, et, se trouvant, par le voisinage, à portée d'admirer la galerie de Bubens, il l'étudia, et puisa dans les ridies compositions du grand maître et le délicieux coloris et le bon goût qui le distinguèrent dans la suite. A cette époque, Watteau concourut pour le prix de l'Académie, et le remporta; le tableau qu'il exposa 3 cet effet reiv^' / fermait déjà lés 4tincelles du beau feu qui ne l'a jamais abandonné. ^(/<N^É ,

Mais la fortune de ce jeune peintre n'en était pas plus brillante ; il quitta Paris pour aller passer quelque temps dans sa famille. H y continua ses études, et y fit deux tableaux qu'il rapporta l'année suivante à Paris, et qu'il exposa dans une salle du Louvre par où passent ordinairement les peintres de l'Académie.

Le célèbre Lafosse était alors à Paris.

Charles de Lafosse, né en 1640, dont le père, Antoine de Lafosse, était joaillier, sentit, tout enfknt, un tel goût pour la peinture, que son père le plaça à l'école de Lebrun, et qué'^s progrès furent si rapides, qu'il obtint, en peu de temps, ime pension du roi et la faveur d'être envoyé en Italie, Charles de Lafosse était alors

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directenr de rAcadcmie de peinture : en passant par la galerie où étaient exposés les deox tableaux de Watteau, il les remarqua^ demanda le nom de l'artiste, et désira le connaître, Antoine vint :

"Que désirez-vous, jeune homme? lui demanda Lafosse.

— ^Aller à Bome me perfectionner! lui répondit Antoine.

— Vous perfectionner, monjeune ami/ répliqua Lafosse, — mais vous en savez plus que nous tous, et vous feriez grand honneur à notre Académie; présentez-vous, votM serez reçu!*

EfEectivement, Antoine Watteau se présenta, et tous ses concurrents, ayant reconnu sa supériorité, se retirèrent ; il fut reçu" à une grande majorité.

En 1720, il fit un voyage en Angleterre \ mais, Tair de ce pays ne convenant pas à son tempérament délicat, il fut obligé de revenir en France, et, son état de langueur augmentant, on lui ordonna d'habiter la campagne. Il se retira alors à Nogent, près Paris, où il mourut, en 1721, à l'âge de trente-sept.ans.

La Mottè-Houdard fit les vers suivants, qui indiquent assez la manière dont peignait Watteau.

Parée à la française, un jour dame Nature Ent le désir coqnet de voir sa portraiture.

V Que fit la bonne mère ? Elle enlanta Watteau. Fout elle, ce cher flls, plein de reconnaissance, Kon content de tracer partout sa ressemblance, Fit tant et Ht si bien, qu'il la peignit en beau.

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